Bienvenue à vous !

"Qu'en est-il de notre savoir s'il reste sans conséquence ? A l'heure de quitter ce monde, il ne s'agira d'avoir été bon, cela ne suffit pas. Il s'agira de quitter un monde bon." Bertolt Brecht

25.11.09

Pour aider les aidants : la proximologie !

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Lorsqu'une maladie grave frappe une personne, c'est tout son entourage qui est touché. Il faut alors repenser les liens entre les membres de la famille et apporter du réconfort et des conseils à la personne malade. Mais à force d'aider, les proches peuvent eux aussi se laisser déborder par la maladie et ne plus réussir à remplir leur rôle. C'est l'objet de la proximologie, une discipline qui étudie les relations entre les malades et leurs proches. Avec un constat simple : les personnes qui aident doivent, elles aussi, être aidées. Ci-dessus un reportage sur la proximologie diffusé sur M6 le 24 novembre lors du 12.50.

Samuel Duhamel

22.11.09

Lens progresse !

Au terme d'un match débridé, le Racing Club de Lens a battu l'Association sportive Nancy Lorraine hier soir (2-1). C'est pourtant les Nancéiens qui ont marqué les premiers grâce à Paul Alo Efoulou à la 53e. Mais les Nordistes se sont accrochés et ont égalisé par Jemma (80e) avant que Monnet-Paquet ne donne la victoire aux siens (84e). Au classement, Lens est 16e avec 15 points et Nancy 11e avec 17 unités.


Lens_Nancy_Samuel Duhamel.mp3



Déclarations d'après match :

Jean- Guy Wallemme, entraîneur de Lens : "Ca fait du bien d'autant qu'on méritait de gagner. Ca aurait été cruel de perdre ce match là, on est revenus dans un moment difficile.
On a fait 20 très bonnes premières minutes mais Nancy est difficile à manoeuvrer à l'extérieur, on a eu une belle réaction d'orgueil.
On est allés les chercher haut, on les a fait déjouer. C'est cruel d'avoir pris ce but mais on devait mieux négocier l'action qui amène le but. On a manqué d'efficacité notamment avec la barre de Romain Sartre. On a réussi à renverser le cours du match, c'est bien !
Maintenant, il faut optimiser cette victoire contre Marseille.
On a confiance dans notre jeu désormais même si leur but nous a fait mal. On est allés chercher la gagne alors qu'on avait pas beaucoup de réussite, c'est bien.
C'est important de gagner dans ces conditions, on a pêché dans la finition, on était trop alignés devant leur but.
C'est dans la continuité des matchs contre Lorient et à Sochaux. On fait 7 sur 9 sur ces 3 matchs et on aurait même pu faire 9 sur 9. Je pense qu'il y a quelques semaines, on aurait pas gagner ce match. Lens progresse !
Séb Roudet nous fait du bien, il a une belle capacité technique mais il faut le piquer dans son orgueil pour qu'il soit au top et ce soir, il l'était !
On espérait l'embellie qu'on connaît aujourd'hui, on est en adéquation avec ce qu'on fait avec l'entraînement. Rien n'est fini. Il nous reste des matchs difficiles jusqu'au 23 décembre. C'est pour ça que les points d'aujourd'hui sont très importants pour la confiance."

Pablo Correa, entraîneur de Nancy :"On vit des moments délicats, le contenu du match était bon mais on prend 0 point. C'est la suite de notre match à Saint-Etienne, on tient le choc, on tient le ballon et en 5 minutes d'absence, on perd le match. Pour moi, il n'y a pas de défaite encourageante, ce soir, c'est juste une défaite amère. La sortie de Paul Alo Efoulou, ça ne change rien ! Quand on joue bien et qu'on perd, ça m'emmerde. Quand on joue bien, je m'en fous. Ce qui compte, ce sont les points !
Les buts de Lens viennent d'une absence générale de notre équipe. On doit travailler là-dessus, on manque de maturité pour gérer moments forts et moments faibles.
Mon impression, c'est que c'est Nancy qui a donné la victoire à Lens !"

Propos recueillis par Samuel Duhamel

Wali Mohammadi, de Kaboul à Calais

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Ci-dessus un reportage sur Wali Mohammadi, jeune migrant afghan devenu citoyen engagé français. Ce portrait a été diffusé sur M6 le samedi 21 novembre lors du 19.45. L'histoire de Wali, c'est l'histoire de ces millions d'Afghans qui préfèrent l'exil à la misère et à la guerre. Pour Wali, le voyage s'est bien terminé. Alors, pour rendre hommage aux personnes qu'il a cotoyées durant son périple et aux migrants qui n'ont pas eu la chance d'arriver à destination, il a écrit un livre De Kaboul à Calais. Un récit d'exil passionnant pour comprendre la situation en Afghanistan et les raisons qui poussent des minots de 15 ans à quitter leurs racines.

Samuel Duhamel

De Kaboul à Calais, de Wali Mohammadi et Geoffroy Deffrenes, éditions Robert-Laffont, 252 pages, 19 euros

28.10.09

Pour en finir avec l'atome !

"Il est criminel de développer une technologie qu'on ne maîtrise pas, surtout quand elle engage les générations à venir."
Théodore Monod, savant et naturaliste

On présente souvent l'énergie nucléaire comme une solution de compromis. Dangereuse ? Oui, mais elle assure notre indépendance énergétique. Produtrice de déchets radioactifs ? Oui, mais elle n'émet pas de gaz à effet de serre. Difficile à maîtriser ? Oui, mais sans elle, nos besoins en électricité ne pourraient pas être satisfaits.
L'atome serait un moindre mal, un pis-aller, une contrainte salvatrice. Ne tournons pas autour du pot : tout cela est faux ! Le nucléaire ne dispose d'aucun avantage spécifique dont les autres sources d'énergie ne pourraient prétendre. Le nucléaire est une énergie mortifère, polluante et coûteuse et surtout elle n'est en aucun cas indispensable pour assurer l'avenir énergétique de la France et du monde.

L'atome tue. L'Histoire nous l'a appris en août 1945 avec le bombardement d'Hiroshima et de Nagasaki par le président américain Harry Truman. Mais le nucléaire civil est également une plaie pour l'humanité. Lors des catastrophes évidemment (l'explosion de réacteurs à Tcheliabinsk en 1957 et à Tchernobyl en 1986 ont entraîné la mort de centaines de milliers de personnes), mais pas seulement. Les matières radioactives (uranium, plutonium, tritium, césium, strontium...) nous contaminent en permanence. Lorsque ces matières sont présentes en masse dans notre environnement, elles nous irradient et provoquent des mutations au sein de notre organisme pouvant déboucher sur des cancers. En France, depuis l'installation de la première centrale en 1975, les cas de cancer de la thyroïde ont été multipliés par trois. Par ailleurs, différentes études sur la radioactivité montrent que les citoyens habitant à proximité de centrales nucléaires ont statistiquement beaucoup plus de "chances" d'attaper une leucémie. Cette contamination insidieuse a des effets dévastateurs. D'après les experts du CERI (comité européen sur les risques de l'irradiation), le nombre total de morts dues au nucléaire sous toutes ces formes depuis 1945 dépasse les 60 millions. C'est autant que le bilan des deux guerres mondiales réunies... Et ce chiffre pourrait gonfler davantage si d'aventure, des terroristes écrasaient un avion sur une centrale en activité. En France, les usines atomiques n'ont pas été conçues pour supporter l'impact d'un avion de ligne. D'après le World Information Service on Energy, si un tel appareil se crashait sur les bassins de refroidissement de l'usine de retraitement de La Hague, c'est l'équivalent de cinquante fois la quantité de radiations émise par Tchernobyl qui serait libérée...

Et si l'énergie nucléaire tue, c'est aussi par la faute des déchets radiocatifs qu'elle engendre. Car contrairement à ce qu'on entend parfois, le nucléaire pollue. Les déchets radioactifs sont toxiques et contaminent tout ce qui les touche. D'après l'Agence internationale sur l'énergie atomique, plus de 100 000 tonnes de matières radioactives ont été déversées en mer depuis 1945. Aujourd'hui, l'usine de retraitement de La Hague déverse chaque jour 650 000 litres d'eau contaminée dans la Manche. C'est considérable mais c'est pourtant douze fois moins que ce que rejette quotidiennement l'usine de Sellafield (Angleterre) dans la mer d'Irlande... Evidemment, cette pollution a un impact direct sur la biosphère : les homards pêchés en mer d'Irlande présentent ainsi un taux de radioactivité treize fois plus élevé que celui considéré comme acceptable pour la consommation. Autre problème : certains déchets radiocatifs ont une durée de vie quasiment infinie. Ils peuvent être dangereux pendant plus de 200 000 ans, ce qui veut dire que l'arrière-petit-fils de votre arrière-petit-fils pourrait être contaminé par des radiations émises aujourd'hui. Et ce sur près de 6 000 générations...
Le pire dans l'histoire, c'est que même l'argument préféré des nucléocrates ("au moins, l'atome n'émet pas de CO2 !") est inexact. L'énergie nucléaire émet des gaz à effet d'au moins deux façons. D'abord, de manière directe car chaque étape de production d'énergie nucléaire émet du dioxyde de carbone (construction des centrales, extraction et transport de l'uranium, transport des déchets de la centrale à l'usine de retraitement de la Hague puis de l'usine de retraitement à celle de réenrichissement située à... Tomsk en Russie). Puis, de manière indirecte car la France importe de l'éléctricité allemande, majoritairement d'origine fossile, lors de ses pics de consommation. L'énergie nucléaire n'a donc rien de durable, comme le revendiquent parfois ses défenseurs. Le retraitement des déchets ne peut pas être considéré comme un recyclage. Seuls 10% de l'uranium appauvri (déjà utilisé pour produire de l'énergie) peut être réutilisé après une étape de réenrichissement lointaine et dangereuse. Ceci explique sans doute pourquoi seulement trois pays (France, Grande-Bretagne et Japon) sur les trente-deux qui font fonctionner des réacteurs choisissent de retraiter leurs déchets.

Tout cela a un coût. Elevé évidemment. Le prix officiel d'un kilowattheure émis par une centrale nucléaire avoisine les trois centimes d'euro. Mais ce coût ne comprend pas le coût de l'investissement de départ, celui de la recherche, celui des dépenses publiques de sûreté, le coût du combustible, celui du retraitement, de la gestion des déchets, du démantèlement... Si bien que certains spécialistes estiment le coût réel du kilowattheure d'origine nucléaire a six ou sept centimes d'euro. Or, des modèles récents d'éoliennes ont permis de générer de l'électricité au prix de 2,4 centimes d'euro le kilowattheure. Et ce n'est pas tout ! Le nucléaire a également un coût social non négligeable. Aujourd'hui, en France, il concentre 90% des investissements en recherche énergétique contre seulement 2% pour les énergies renouvelables. Or, le nucléaire génère moins d'emplois que toutes les autres énergies. D'après le centre international de recherche sur l'environnement et le développement, pour un million d'euros investis, le nucléaire crée 19 emplois, contre 23 pour le solaire, 27 pour l'éolien, 47 pour le microhydraulique et plusieurs dizaines pour l'efficacité énergétique (consommer autant en produisant moins). Ces chiffres ne sont valables qu'en période dite normale, c'est-à-dire sans accident. Mais outre les conséquences humaines, le coût d'une catastrophe nucléaire serait apocalyptique pour les finances d'un pays comme la France. Pour mémoire, l'accident de Tchernobyl a coûté 240 milliards d'euros à l'URSS. Aujourd'hui, le coût d'un accident nucléaire majeur en France est évalué à environ 400 milliards d'euros. Soit plus d'un quart de la dette de l'hexagone...

Bonne nouvelle malgré tout : le nucléaire n'est en rien indispensable pour couvrir nos besoins en énergie. Une étude de l'institut pour l'énergie et la recherche environnementale, sortie en 2006, montre que la France, pays le plus nucléarisé au monde, pourrait sortir du nucléaire d'ici 2040 tout en réduisant de 40% ses émissions de gaz à effet de serre. Evidemment, cette mutation passe par des changements radicaux dans nos comportements mais aussi dans nos modes d'approvisionnement d'énergie. Il faudrait investir massivement dans les énergies renouvelables, miser sur les transports les moins polluants et augmenter notre efficacité énergétique. Mais cela est possible. Autre étude encourageante : celle de l'association Virage Energie en 2008. D'après elle, la région Nord-Pas-de-Calais peut sortir de l'ère de l'atome d'ici 2050 tout en couvrant ses besoins électriques et en divisant par quatre ses émissions de CO2, si des investissements massifs sont faits dans le solaire photovoltaïque, l'éolien terrestre et offshore, le bois et le biogaz. Bref, le nucléaire, à l'origine de seulement 8% de l'énergie vendue sur la planète, peut rapidement devenir de l'histoire ancienne si une volonté politique forte se fait entendre. Aujourd'hui, quasiment plus personne ne croit aux beaux discours des nucléocrates. D'après une étude récente de l'Union Européenne, 75% des Européens pensent que les tenants de l'industrie du nucléaire mentent. C'est vrai, ils mentent. Alors à quoi bon continuer à les écouter ?

Samuel Duhamel

Sources :
Agnès Sinaï, Yves Cochet, Sauver la Terre, éd. Fayard, 2003, Paris, p. 213-248
Laurent de Bartillat, Simon Retallack, Stop, éd. Seuil, 2003, Paris, p. 154-183
Philippe Quirion, "Sortie du nucléaire : y a du travail !", Ecorev, n°10, septembre 2002, Paris, p.39-43
Laure Noualhat, Eric Gueret, Déchets, le cauchemar du nucléaire, prod. Arte et La bonne pioche, 2009
Synthèse du rapport Virage Energie Nord-Pas-de-Calais, 2008
Rapport de l'Institure for energy and environmental research, 2006

23.10.09

Lille décidément bien tourné vers l'Europe !

Hier soir, Lille a largement battu le Genoa (3 buts à 0) dans le cadre de la 3e journée de la phase de poule de l'Europa League. Les buts ont été inscrits par Obraniak, Vittek et Hazard. Avec ce nouveau succès, le Losc prend seul les commandes du groupe B avec sept points contre trois pour leurs adversaires du soir. Valence, tenu en échec par Prague, est deuxième avec cinq points. Les Tchèques ferment la marche avec une seule unité au compteur.

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Echos et déclarations d'après match :

Et de 8 pour le LOSC ! Après leur succès face au Genoa (3-0), les Lillois viennent d'enchaîner leur huitième match consécutif sans défaite. Leur dernier revers remonte au 30 août dernier, c'était au Parc des Princes face au PSG (3 buts à 0). La tendance est tout autre pour les Italiens qui viennent d'encaisser leur 4e défaite en 5 matchs. Les Lillois sont par ailleurs toujours invaincus en 7 matchs d'Europa League cette saison (6 victoires, 1 nul).

Gian Gasperini, entraîneur du Genoa : "Notre équipe n'y était pas du tout tactiquement. En 1ere mi-temps, on était bien place jusqu'au but. On a eu quelques occasions mais en deuxième, on a tout raté. Le mérite en revient à Lille qui a bien joué vers l'avant, avec beaucoup de précision et de vitesse mais on a encore l'espoir de se qualifier puisqu'on va recevoir Valence et Lille à domicile lors de la phase retour. Sur le premier but, on n'a pas eu de chance avec ce poteau rentrant. On a aussi des soucis en attaque, c'est ma préoccupation majeure ! Lille a déroulé en seconde mi-temps, on a senti une équipe en pleine confiance. Lille a pris une option sérieuse pour la qualification, nous on doit faire le maximum mais ça va être très dur !"

Rudy Garcia, entraîneur du LOSC : "Je suis satisfait. C'était un match abouti. On a eu la réussite qu'il nous a manqué à Rennes. On a fait une super seconde période. Il y a beaucoup de satisfactions ce soir, notre prestation d'ensemble était de grande qualité. On a plus de réalisme en coupe d'Europe, Gênes n'a pas fermé le jeu, ça nous a aidé. Tactiquement, on a été meilleurs qu'eux. C'est une excellente préparation pour dimanche à Auxerre. C'est un match référence !"

Propos recueillis par Samuel Duhamel

11.10.09

Avec Le syndrome du Titanic, Hulot ose (enfin) l’écologie radicale !

Des mouches perdues sur des yeux d’enfants hagards. Des visages fatigués d’adolescentes africaines. Un clan désœuvré au milieu d’un désert. Et en face, les appareils qui crépitent. Bienvenue dans le village de Kamanjab dans le nord de la Namibie. Ce n’est pas un zoo mais ça y ressemble. Des femmes Himbas se laissent prendre en photo par des Occidentaux obèses. Quand le « pas assez » rencontre le « trop », les images sont saisissantes. C’est une séquence forte symbole d’un monde à deux vitesses, un monde qui perd la tête.

C’est ce monde sans repères qu’ont voulu montrer Nicolas Hulot et Jean-Albert Lièvre dans leur documentaire Le syndrome du Titanic. Un film simple, sans artifices qui ne veut montrer qu’une chose : le modèle économique dominant[1] conduit l’Humanité dans le mur. Les plans sont fixes, les images parfois prétextes. Mais certaines séquences font mal. Une Etats-unienne plus ridée qu’un damier vit dans sa voiture depuis 22 ans, de vieux Chinois sans ressources habitent dans des cages de fer à l’ombre d’hôtels luxueux, des ouvriers nigérians se cassent le dos pour recycler les vieilles télévisions des pays riches. Et puis cette voix… La voix étouffée d’un homme enfin lucide, d’un journaliste qui dit non, d’un écologiste qui s’assume.

On peut reprocher mille choses à Nicolas Hulot : ses voyages en hélicoptère, ses partenaires financiers qui polluent la planète[2], ses revenus[3] en inadéquation avec la modération qu’il appelle de ses vœux, sa niaiserie devant Sarkozy ou ses déodorants jugés dangereux pour la santé[4]. Mais dans ce documentaire, il touche au but. Il explique simplement que l’Humanité est arrivée au bout d’une logique destructrice et qu’un ralentissement ne suffirait pas pour qu’elle s’en sorte. S’appuyant sur les pensées vives de Reeves, Yunus ou Rahbi, il réclame un changement de cap afin que « chaque once de notre intelligence soit mis au service du miracle de la vie » et non plus de l’exigence de profit. Dans son film, les ennemis sont clairement établis : le transport aérien, le milliard de voitures en circulation, les grandes surfaces destructrices d’emplois… Tous les symboles du matérialisme roi sont montrés du doigt. Hulot souhaite plus de justice, plus d’équité et plus de morale. En un mot, Hulot adhère à la sobriété heureuse telle que la définissent les écologistes depuis quarante ans. Comprendre que l’on vit dans un monde fini, accepter les limites, renoncer à la vitesse, résister à l’illusion de l’abondance. Si l’écologie est un combat de tous les instants, le syndrome du Titanic constitue un premier round salutaire.

Et maintenant ? « A vous d’agir ! » semble nous souffler Hulot en épilogue. Il a raison. Mais l’inverse est aussi vrai. Depuis quelques années, le télé-écologiste, comme l’appellent ses détracteurs, a progressivement changé. Il est passé d’ « éteignez la lumière et fermez vos robinets » à « sortons du capitalisme ». Hulot aussi est arrivé à un tournant : ou il reste perché au-dessus de la mêlée distribuant les bons et les mauvais points aux acteurs publics, ou il s’engage fermement sur le terrain avec les écologistes et donc contre la droite et le statuquo mais aussi parfois contre une certaine gauche productiviste au logiciel obsolète. Après la réalisation d’un film politique comme Le syndrome du Titanic, il est temps pour Hulot de descendre dans l’arène. Car après tout, le petit Nicolas, ce n’est pas lui, c’est l’autre !

Samuel Duhamel

Le syndrome du Titanic de Nicolas Hulot et Jean-Albert Lièvre
Documentaire, 1 h 33, produit par Mandarin Cinema, Studio 37 et mars distribution

[1] Le fameux capitalisme libéral-productiviste mondialisé cher à Yves Cochet et Agnès Sinaï dans Sauver la Terre, Ed. Fayard, 279 p., 19 euros.
[2] Le syndrome du Titanic est soutenu financièrement par EDF, Orange, la fondation Bettencourt Schueller et la SNCF. La fondation Hulot est notamment aidée par EDF, les hôtels Ibis, la fondation L’Oréal et TF1…
[3] D’après Le Parisien, Hulot toucherait 30 000 euros par mois pour son émission Ushuaia sur TF1.
[4] Greenpeace a placé certains des produits de la marque Ushuaia sur la liste rouge des cosmétiques à éviter en 2007.

Le syndrome du Titanic, bande-annonce


LE SYNDROME DU TITANIC - BANDE-ANNONCE

13.9.09

Enfin une victoire lilloise en L1 !

Il aura fallu attendre la cinquième journée pour assister à la première victoire lilloise en championnat. C'est l'ancien banni, Pierre-Alain Frau, qui a donné la victoire au LOSC au terme d'une action collective de premier plan. Les Sochaliens n'ont jamais démérité mais ont dû s'incliner devant le réalisme nordiste. Au classement, Lille est seizième avec quatre points, Sochaux reste à la onzième place avec six points.


Lille - Sochaux _ 1-0 _ Samuel Duhamel.mp3

Echos et déclarations :
De Melo touché : l'attaquant brésilien du Losc Tulio De Melo a été contraint de céder sa place à la 42e minute du match contre Sochaux. De Melo est sorti suite à une blessure au genou droit qui avait déjà cédé en 2006 (rupture des ligaments croisés). Depuis De Melo a gardé une certaine fragilité au niveau du genou et a rechuté à de nombreuses reprises ces dernières saisons. Rebelote aujourd'hui. L'ancien Manceau est sorti en se tenant la tête entre les mains, signe que la blessure doit être grave. Il a été remplacé par Pierre-Alain Frau.
Francis Gillot : "Il faut reconnaître la supériorité de Lille. Lille a été plus athlétique que nous. On n'a pas fait un mauvais match mais on n'a pas été très bons non plus. On a eu subi un gros impact physique des Lillois. Le fait de ne pas avoir pu s'entraîner pendant 15 jours nous a pénalisés. Le but déclenche tout, j'étais sûr que le premier qui marquait gagnait. Il y avait peut-être un pénalty pour nous à la fin mais la logique a été globalement respectée. Certains joueurs étaient fatigués après la trêve internationale. Sur l'ensemble du match, ils méritent de gagner. C'est une équipe européenne. Ils ont la puissance, le gabarit, la vitesse. Nous avec Boudebouz, Butin, Nogueira, on est un peu légers mais ils sont jeunes, il faut leur laisser le temps de progresser."

Frau a inscrit son premier de la saison pour son premier match. Il était entré à la 42e minute à la place de De Melo qui souffre d'une entorse du genou.

Rudy Garcia :"On a enfin démarré notre championnat. On a eu beaucoup d'occasions, on aurait pu inscrire un 2e but. Les garçons ont été admirables, on s'en est sortis par le jeu. Je suis content pour le président. Ce n'est qu'un match de gagné. On souhaite maintenant faire une série. Un match se gagne à 14 joueurs, les remplaçants ont été très bons ce soir : bravo à Frau, Aubameyang et Vittek. On a besoin de tout le monde. L'état d'esprit est bon, pourvu que ça dure. Ce soir, j'ai aligné 4 joueurs à vocation offensive, c'est un de plus que d'habitude mais on devait absolument gagner. Ludovic Butelle a également très bon, la défense aussi."
Propos recueillis par Samuel Duhamel

30.8.09

Un petit point pour l'AJA

Ca y est, il est arrivé ! Il aura fallu attendre 36 matchs pour voir le premier 0-0 de la saison 2009-2010. Boulogne-sur-Mer et Auxerre n'ont pas réussi à se départager au terme d'une rencontre de qualité moyenne. Si l'AJA n'a toujours pas marqué dans ce championnat, les hommes de Jean Fernandez récoltent leur premier point de la saison. Un moindre mal car ce sont eux qui se sont procurés les occasions les plus franches. Mais à l'image de Daniel Niculae, les Bourguignons sont trop brouillons devant la cage adverse pour gagner des matchs. Au classement, Boulogne est désormais 8e, Auxerre 18e.

Boulogne - Auxerre.mp3



Echos et déclarations :

Jean Fernandez, entraîneur de l'AJA : "Ca nous fait du bien de prendre un point, c'est un nul équitable. On avait peur en première mi-temps mais on a bien fermé les espaces. En deuxième mi-temps, on a pris plus de risques mais ça n'a pas payé. C'est un petit point mais dans la situation où on est, ça nous fait du bien !Les joueurs ont été un peu gênés par le vent mais le problème principal, c'est d'abord un problème de confiance, on ne se crée pas assez d'occasions. On doit faire le dos rond pendant quelques semaines avant le retour de Jelen et de Licata. Sans eux, c'est difficile !"

Laurent Guyot, entraîneur de l'USBCO : "Je suis satisfait du point du nul parce qu'on avait face à nous une belle équipe. Ils manquent d'efficacité mais je ne suis pas inquiet pour eux.Nous, on n'a pas été très tranchants. On a eu beaucoup de mobilité en deuxième mi-temps, on a pêché dans la transmission. On s'était dit qu'il fallait six points après cinq matchs, on en a sept après quatre rencontres donc on est en avance sur notre tableau de marche."

Guillaume Borne est sorti à la mi-temps, il ne sentait pas bien et a dû céder sa place. "J'espère que ce n'est pas la grippe A, on va surveiller les symptomes." a déclaré en rigolant Laurent Guyot.

Anthony Lecointe a remplacé Guillaume Borne, il disputait là son premier match en L1.

Benoît Pedretti, milieu de l'AJA : "On s'est rassurés avec ce point du nul. En attendant le retour de nos attaquants, on voulait prendre au moins un point pour casser leur série de victoire. Tant que nos attaquants Jelen et Licata ne sont pas là, c'est compliqué, donc on fait ce qu'on peut. Mais en même temps, on aurait pu gagner, je ne sais pas si c'est lié à la qualité de nos joueurs, à la confiance ou à l'adversaire mais on manque d'efficacité devant le but. C'est un problème récurrent !"

Propos recueillis par Samuel Duhamel

24.8.09

Le LOSC ne décolle pas !

A la suite d'un match animé, Lille et Toulouse se sont quittés sur un nul (1-1). C'est le Slovaque de LOSC, Robert Vittek, qui a ouvert la marque à la 44e minute. Cheikh MBengue a égalisé pour Toulouse à la 74e. Après 3 journées, Lille ne compte qu'un point et accusent déjà six unités de retard sur le peloton de tête. Les Toulousains, eux, sont dans le ventre mou du championnat avec six unités.

Losc - TFC.mp3
Vous pouvez écouter les meilleurs moments de la rencontre en cliquant sur le lecteur ci-dessus.

Echos et déclarations

Pour son 26e match en L1, MBengue a inscrit son premier but.

Alain Casanova, entraîneur du TFC : "Ils ont mieux joué que nous, ils étaient davantage déterminés au début. On a commis trop de fautes et puis progressivement, lors de la deuxième mi-temps, on a été plus solides, on a montré beaucoup de bonne volonté. Sur l'ensemble de la deuxième mi-temps, on mérite l'égalisation. J'ai fait rentrer Pentecote pour qu'on puisse arracher la victoire, je n'ai pas voulu me contenter du nul mais l'équipe de Lille est très performante, elle nous a agressés tout le match. Un nul reste un bon résultat, le mental de mon équipe m'a plu. On est logiquement récompensés !"

Rudy Garcia, entraîneur du LOSC : "On aurait dû doubler la mise mais même si on n'a pas réussi, ça ne remet pas en cause la bonne prestation des joueurs : je suis déçu pour eux !
On a joué face à une superbe défense. Ils défendent très bien, ils se projettent vite vers l'avant. On a bien tenu Gignac mais ça n'a pas suffi. On a un point après 3 matchs comme l'année dernière. Notre état d'esprit, notre combativité, notre esprit de corps nous permettra de gagner des matchs rapidement. Notre prochain match en championnat, c'est à Paris, c'est difficile mais bon, ce soir, on a eu un très bon niveau de jeu, je ne suis pas inquiet. Au niveau de l'envie et de la maîtrise collective, ça a été notre meilleur match de la saison pour l'instant."

Florent Balmont, milieu du LOSC : "On voulait gagner, on est très frustrés, on avance pas au classement mais on ne doit pas s'inquiéter, va falloir continuer à bosser. On avait fait le plus dur en marquant. On prend un but vraiment con en plus, on a parfaitement muselé Gignac, c'est décevant."

Rio Mavuva, milieu du LOSC : "On a fait notre meilleur match de l'année, on a pas été en danger, on a manqué de réalisme. En 3 matchs, on a mis que 2 buts pourtant on a les occasions. Défensivement, c'est pas trop ça, on a pas encore trouvé le bon équilibre. Ce soir, on a quand même l'impression d'avoir laissé filer deux points."

Propos recueillis par Samuel Duhamel

16.8.09

Ils sont de retour !

Quinze mois après leur dernier match à Bollaert en Ligue 1, les joueurs lensois ont redonné le sourire à leurs supporters en s'imposant facilement contre une équipe d'Auxerre trop limitée (2-0). Les buts ont été inscrits par les deux ailiers Kévin Monnet-Paquet et Razak Boukari. Après deux journées de championnat, le RC Lens est en milieu de tableau avec trois points. Les Auxerrois, qui viennent d'enchaîner deux défaites, sont relégables.

Vous pouvez réécouter les meilleurs moments de la partie en cliquant ci-dessus.

Echos et déclarations d'après match :

Jean Fernandez (entraîneur de l'AJ Auxerre): "On mérite de perdre, on a été en dessous de tout, je ne pense que l'arrivée d'un nouveau joueur changera quelque chose à notre situation. Sur le 2e but (Hengbart blessé, Boukari en profite marquer), on doit se replacer plus vite. On ne peut pas se plaindre, on connaît le réglement ! Les solutions sont à l'intérieur du groupe. On a des blessés, des buteurs, quand ils vont revenir, je pense qu'on va se refaire une santé, on a un groupe de qualité. L'année dernière, on avait mal commencé et on a terminé huitièmes derrière les grosses équipes donc je ne suis pas inquiet. Niculae ? Il a fait une super saison il y a deux ans, depuis il a du mal. On essaie de le mettre dans les meilleures conditions, il est capable de s'imposer et de nous marquer des buts cette saison."

Mecha Bazdarevic était dans les travées de Bollaert ce soir. Deux raisons à cela : Grenoble joue demain à Boulogne-sur-Mer et surtout Grenoble accueillera Lens la semaine prochaine.

Kamel Chafni (milieu de l'AJ Auxerre) : "On a fait une bonne première mi-temps, mais le but nous a mis dedans, on a jamais su vraiment réagir. Quand on pousse trop, on s'expose. Sur le deuxième but, je n'avais pas vu que Cédric était blessé, on a continué à jouer mais Boukari fait un exploit, on ne pouvait rien faire. Il faut s'accrocher, ne pas perdre espoir. On a donné un but à Sochaux, un ce soir à Lens : l'année dernière, on était forts défensivement, en ce début de saison, on est plus friables ! Dans le jeu, à certains moments, on était pourtant mieux qu'eux mais ce but nous a fait vraiment très mal !"

Jean-Guy Wallemme (entraîneur du RC Lens) : "C'était important de réagir après la défaite de Bordeaux où on aurait pu obtenir un point. On a reproduit certaines actions positives malgré des moments de fébrilité. Leurs occasions sont davantage liées à des erreurs individuelles. La seconde mi-temps était plus encourageante, Auxerre n'a pas su profiter de nos erreurs. Après le deuxième but, on a eu une maîtrise intéressante. C'est rassurant de prendre 3 points mais on peut mieux faire ! On a besoin d'un milieu de terrain et d'un défenseur. Vignal et Veselinovic vont nous quitter mais on doit encore vendre pour recruter. Mounier n'est pas forcément le joueur dont nous avons besoin, c'est plus un ailier qu'autre chose. Le but de Monnet-Paquet, c'est une bonne chose, il a besoin de se libérer, il en a besoin, il n'avait plus marqué depuis 8 mois. Il a encore une grosse marge de progression, il ne s'est pas totalement libéré. A lui de défendre le statut de grand espoir qui est le sien !"

Propos recueillis par Samuel Duhamel

10.6.09

Le petit Nicolas n'a pas grandi

41 ans de régime autoritaire.
41 ans de corruption, de népotisme, de simulacres d’élections.
41 ans de violences envers une population meurtrie.
41 ans d’enrichissement personnel sur le dos d’un peuple déshérité.
41 ans de petits arrangements entre amis fortunés et intéressés.
41 ans d’attente pour les Gabonais.
Albert-Bernard Bongo est mort. « Enfin !», diront certains. Tous les citoyens du monde, défenseurs des droits de l’homme, de la paix et de la démocratie, y voient l’espoir d’une société plus juste à Libreville.
Le petit Nicolas, lui, a exprimé sa « tristesse » et son « émotion ». Il déplore la perte d’ « un grand et fidèle ami de la France, un chef d’Etat qui avait su gagner l’estime et le respect de l’ensemble de ses pairs, notamment par ses nombreuses initiatives pour la paix sur le continent africain. »
Le petit Nicolas n’a eu pas le courage de dire que Bongo était le doyen des dictateurs africains, qu’il a instauré un régime de parti unique en 1968 et ne l’a retiré qu’en 1990 sous la pression populaire. Il y a deux ans, le petit Nicolas a dit que « l’homme africain n’était pas assez entré dans l’Histoire. » Aujourd’hui, il regrette la mort d’un autocrate, homme clé de la Françafrique.
Cette fois, c’est sûr, le petit Nicolas n’a pas grandi.

Samuel Duhamel

17.3.09

Mesrine par Mesrine

« Quand on fait le métier que je fais, la moindre imprudence peut coûter la vie et, pire encore, la liberté. »
Jacques Mesrine

Un appétit incommensurable pour la vie… dans un livre intitulé L’instinct de mort. Etrange paradoxe que nous livre Jacques Mesrine, l’ancien ennemi public numéro 1, dans sa biographie écrite en 1976, trois ans avant son exécution par l’antigang à Paris. Etrange mais aussi logique : l’existence du tueur carnassier ne fut qu’une ode à la liberté, à la volonté de vivre pleinement sa vie, sans contrainte et en acceptant les conséquences.

Mesrine était un personnage complexe et fascinant : franc-tireur égoïste, il savait se plier en quatre pour ses amis quitte à y laisser sa peau. Hors-la-loi permanent, il ne dérogeait jamais aux règles de son milieu, celui des gros calibres, des vols et des règlements de compte. Brute épaisse, il avait une réflexion aiguisée sur la vie et montrait par ses coups insensés l’étendue immense de son intelligence. Mesrine, ce sont des centaines de braquages de banques réussis, probablement des dizaines de meurtres prémédités, huit années passées en détention dans la souffrance et la solitude. Mesrine, c’est aussi l’audace incarnée, quatre évasions de prison, une vie de bohème à travers le monde dans le luxe et la volupté. C’est la vie sans limite qui s’offre à la mort certaine.

Dans son livre, le Grand Jacques se raconte sans fioriture. On redécouvre le tueur, le braqueur, le kidnappeur. On fait la connaissance d’un poète insoupçonné qui dompte les mots et vous les offre comme des caresses. Cinquième phrase : « L’ombre des barreaux se reflète sur les murs délavés des cellules comme pour y emprisonner la seule évasion que représente le rêve. » Danton avant d’être guillotiné ? Non ! Mesrine à la prison de la Santé. Une sensibilité à fleur de peau, une haine viscérale pour l’humiliation et l’injustice et pourtant une indifférence froide devant le sang qui coule. Tel était Jacques Mesrine. Tel est le portrait qu’il dresse de lui-même. L’instinct de mort est donc un formidable roman d’aventures écrit à la première personne. Avec l’auteur, on voyage dans les hôtels quatre étoiles de Palma de Mallorca en Espagne, dans le Grand Nord canadien, sur les plages de sable fin du Venezuela. Mais on est aussi souvent enfermé dans une cellule de 9 mètres 2 où on attend seul que le temps passe, où l’on prend des coups sans pouvoir rugir en retour.

Dense, poignant, fascinant, L’instinct de mort est un récit qui vous frappe la gueule comme son auteur savait le faire. Il raconte le flux tourmenté de douze années de vie, de survie et de flirt avec la mort. Par son livre, Mesrine nous surprend, nous prend à contre-pied encore une fois. Mais surtout, il nous indispose car la vie du tueur romantique qu’il était n’est que le reflet d’une société dans laquelle il n’a jamais pu s’insérer. Mesrine représente l’échec de notre mode d’organisation sociale. C’est peut-être en cela qu’il est le plus passionnant.

Samuel Duhamel

L’instinct de mort de Jacques Mesrine, éd. Flammarion, 392 pages, 2008, 21 €







Les mots de Mesrine

Précis avec les armes, Mesrine l’était aussi avec les mots. Tout au long de son autobiographie, il jalonne ses aventures de phrases somptueuses ou de formules adéquates. Sans le savoir peut-être, Mesrine était un grand écrivain. Ces quelques citations en sont la preuve.

« Seigneur, protège-moi de mes amis… mes ennemis, je m’en charge. »
Une phrase que Mesrine répétait souvent à qui voulait l’entendre et qui prit du sens le jour où son collègue Pierre Verheyden le balança à la police. Cette trahison allait lui coûter cinq années de prison avant son évasion de la prison de la Santé en mai 78 avec François Besse.

« Celui qui entrait en prison sans argent ressortait dans les mêmes conditions et n’avait comme seule solution que de commettre un autre délit pour vivre. Psychologiquement, la détention est destructive ; pas d’éducateur pour ceux qui auraient voulu apprendre un métier, pas de service social et des soins médicaux quasiment inexistants. La société nous encageait et faisait de notre détention beaucoup plus un règlement de comptes qu’une dette à payer avec espoir de s’en sortir un jour. »
Durant toute sa carrière, Mesrine n’eut de cesse de critiquer les conditions de détention en France et au Canada. Militant pour la suppression des quartiers de haute sécurité dans les prisons, il obtînt avec d’autres la fermeture de l’Unité spéciale de correction (USC) du Canada, la prison la plus dure du pays.

« Nous savions que ce que nous avions décidé d’entreprendre était presque impossible. […] Il fallait être fou pour tenter un coup pareil… ou fidèle à ses amis et aux promesses faites. C’était notre cas. »
Quelques jours après s’être évadés de l’USC du Canada, Mesrine et son collègue Mercier sont retournés à la prison pour y libérer tous les prisonniers. Face à eux des gardiens armés, des patrouilles de police, des murs infranchissables et du barbelé. Une chance sur un million de réussir. Ils y sont quand même allés juste pour tenir leur promesse. Les deux hommes furent blessés par balle… mais ne réussirent pas leur pari.

« Le passe-temps de certaines personnes, c’est le golf, le ski… Moi, je relaxe sur l’attaque à main armée… Je ne vis que pour le risque. Je sais que c’est con, mais j’aime risquer ma peau. J’ai dépassé le stade de la peur, je ne sais plus ce que c’est… Je suis dangereux pour cette simple raison. »
En plus de cent braquages de banque, Mesrine ne s’est jamais fait arrêter par la police.

« Le milieu n’est pas le monde de l’honneur et de l’amitié à toute épreuve comme trop de films le montrent à tort. Les hommes, les vrais, sont rares. A la vérité, c’est le monde de l’embrouille, de l’enculade, du m’as-tu-vu, de l’orgueil démesuré, un monde de frimeurs. »
Si Mesrine a violé la loi à d’innombrables reprises, il a toujours respecté les règles de son milieu : aide aux amis en difficulté, mise à mort sauvage pour les traîtres, bouche cousue devant la police…

Le principe de la douane m’a toujours fait sourire, car j’ai toujours voyagé avec une arme dans ma valise et je n’ai jamais subi de contrôle. »
De l’audace, un talent d’acteur certain, le sens du déguisement, le verbe facile, c’est aussi cela être l’ennemi public numéro 1.

« Au Québec, j’allais devenir un des pires criminels que la province ait connus. J’allais y kidnapper un milliardaire, y être accusé d’un meurtre que je n’avais pas commis, être acquitté de ce même meurtre, condamné à onze ans de pénitencier pour attaque à main armée, m’évader, être repris, tenter d’autres évasions… puis réussir l’évasion impossible du plus dur pénitencier canadien, attaquer des banques, avoir des fusillades avec la police, abattre des gardes provinciaux, y régler des comptes et, pour couronner le tout, attaquer un pénitencier fédéral pour tenter d’y libérer des amis… Et malgré cela, ma tête mise à prix, je réussis à quitter le pays. »





3.3.09

Zidane, la face cachée

« J’ai 26 ans et je possède tout : une femme, des enfants, de l’argent et une carrière exceptionnelle. Ma vie est terminée. »
Zinedine Zidane, automne 1998

C’est une arabesque, une icône, un rêve matérialisé. C’est un trait de génie dans une forêt de jambes maladroites. C’est un artiste contemporain qui jouait du ballon comme d’autres du pinceau. C’est un but incroyable, une frappe pure, une tête glorieuse, un titre majeur. C’est l’espoir quand l’audience se résigne. C’est la joie d’avant match et d’après victoire. C’est l’insensé qui se réalise. Voilà ce qu’est Zidane.

On le connaît tous. A notre insu, il est entré dans chacun d’entre nous. Il a atteint un tel niveau d’excellence que même les footballophobes ont été contraints de s’intéresser à son cas. Et pourtant, qui connaît vraiment Zidane ? Qu’y a-t-il derrière cette image d’Epinal, derrière ce garçon timide devenu roi du ballon rond ? C’est à ces questions qu’a voulu répondre la journaliste Besma Lahouri dans son enquête, Zidane, une vie secrète. Le livre s’arrête sur les nombreuses parts d’ombre de l’ancien capitaine des Bleus. Reposant sur 40 chapitres très courts, il révèle quelques anecdotes affriolantes sur la vie sportive du natif de la Castellane (Lors de la finale du mondial 2006, Domenech avait prévu de le sortir cinq minutes avant la fin du match… - Lorsque l’arbitre lui montre le rouge, il demande à Zidane : « Que s’est-il passé ? » et l’idole de répondre : « Le rouge, je le mérite ! Ne vous inquiétez pas. » - Zidane change de numéro de portable tous les six mois pour ne pas être harcelé au téléphone - Il a gagné 80 millions d’euros en 17 saisons, soit une moyenne de 13.000 euros par jour pendant 6 200 jours…).

Mais surtout, il met en lumière l’après carrière du meneur de jeu : ou quand l’artiste devient homme d’affaire. Car aujourd’hui, Zidane, c’est une marque qui rapporte. Pour lui d’abord (environ 3,5 millions de contrats publicitaires par an). Pour de nombreuses sociétés surtout : Danone, Adidas, Orange, Grand Optical et une petite demi-douzaine d’autres entreprises profitent de son image de gendre idéal pour apparaître tendance aux yeux de l’opinion et remobiliser les troupes quand il y a lieu de le faire. Avec le temps, Zidane est devenu un habile négociateur. Riche comme Crésus, il ne lâche pourtant pas le moindre euro lorsqu’il s’agit d’utiliser son image à des fins commerciales. Dans la vie comme sur le terrain, Zidane sent les coups et sait jouer juste quand il y a beaucoup d’argent en jeu.

Malgré ces révélations, l’ouvrage de Besma Lahouri nous laisse un peu sur notre faim. D’abord parce que très peu d’anciens coéquipiers (pour ne pas dire aucun) n’ont voulu témoigner. Ensuite parce qu’il ne fait que survoler de nombreuses parties de sa personnalité (comment évoquer son caractère boute-en-train en 3 pages et demi ?). Il est surtout truffé d’erreurs sur l’historique de sa carrière sportive (voir ci-dessous). Dès lors, on se demande si les deux cambriolages dont ont été victimes l’éditeur puis la meilleure amie de Besma Lahouri n’en révèlent pas un peu plus sur Zinedine Zidane que le contenu-même de l’enquête[1]

Samuel Duhamel

[1] Simple hasard ou vraie tentative d’intimidation, deux proches de la journaliste se sont fait dérober leur manuscrit à quelques semaines de la parution de l’ouvrage.





Zidane, une vie secrète de Besma Lahouri, éd. Flammarion Enquête, 2008, 20 €


Une enquête truffée d’erreurs

Zidane, une vie secrète n’a pas été écrit par une spécialiste mais par une journaliste indépendante s’intéressant au phénomène Zidane. Malheureusement cela se voit ! Voici la liste de confusions ou approximations contenues dans le livre.

« En Corée et au Japon, les Bleus n’avaient même pas franchi le deuxième tour. » (page 53)
En fait, ce n’est pas le deuxième tour qu’ils n’ont pas franchi mais bien le premier.

« …alors qu’on croyait la Coupe du monde 2006 jouée d’avance. » (page 53)
Ah oui ! Pour qui ?

« La roulette, c’est cette action qui consiste à enrouler le ballon du pied derrière son dos avant de le lancer en l’air. » (page 55)
Faux. La roulette est un dribble consistant à éliminer un adversaire en roulant sur le ballon tout en effectuant une rotation de 360°, de telle sorte qu’à la fin du geste, le joueur se retrouve exactement dans la même position qu’au début du dribble mais avec l’adversaire derrière lui.

« A la surprise générale, David Ginola et Eric Cantona, les deux chouchous du football français, n’ont pas été retenu pour la Coupe du monde 98. » (page 84)
Cette simple phrase contient à la fois une confusion, une approximation et une erreur. Lahouri confond d’abord tacitement Euro 96 et Coupe du monde 98. En 1996, Ginola et Cantona éblouissent de leur talent la Premier League (le championnat anglais). Beaucoup d’observateurs ne comprennent pas pourquoi Jacquet ne les sélectionne pas pour l’Euro anglais. Toutefois, et c’est là que survient l’approximation, cela ne constitue pas une « surprise générale » car Jacquet a toujours été fidèle à ses convictions : il ne sélectionnera pas ces deux attaquants doués certes, mais aussi difficilement gérables. Enfin, l’erreur, c’est qu’en 1998, Eric Cantona n’est plus un joueur mais un retraité du football.

« Sélectionné pour les phases qualificatives du Mondial 94, il s’est fait remarquer en marquant deux buts. » (page 85)
Faux. La première sélection de Zidane intervient en match amical le 17 août 94, soit après la Coupe du monde. Il marque alors ses deux premiers buts contre la République tchèque.

« [Lors de la séance des tirs aux buts du Mondial 98 contre l’Italie,] Blanc creuse l’écart à nouveau. » (page 90)
Comment peut-il creuser l’écart alors que les deux équipes sont alors à égalité 3-3 ? Blanc ne creuse pas l’écart, il redonne un but d’avance à la France.

«[Lors de la séance des tirs aux buts du Mondial 98 contre l’Italie,] Barthez a arrêté deux buts. » (page 91)
Là-encore, une approximation et une erreur. Les gardiens n’arrêtent pas des buts mais des frappes ou des ballons. Par ailleurs, Barthez n’a stoppé qu’une seule frappe, celle d’Albertini. Le tir de Di Biagio a lui été dévié par la transversale.

« En demi-finale contre la Croatie, la France est menée 1-0 à la mi-temps. » (page 92)
Faux. A la mi-temps, le score est de 0-0.

« France – Brésil : voilà une affiche alléchante pour la finale. Brazil, Brazil ! » (page 93)
Pourquoi s’obstiner à écrire Brasil avec un « z » alors qu’on l’écrit avec un « s » en portugais.

« Jacques Chirac réserve aux champions un accueil enthousiaste, les félicitant d’avoir gagné le championnat de France. » (page 101)
Faux. Chirac commet en effet une erreur. Mais il présente le trophée comme la Coupe de France et non le Championnat de France.

« Michel Platini a été nommé deux fois meilleur joueur de tous les temps par France Football. » (page 215)
Encore faux. France Football a attribué à trois reprises le Ballon d’or de meilleur joueur européen de l’année à Platini. Par ailleurs, Platoche a été élu footballeur français du siècle puis meilleur joueur de l’histoire des Bleus par le bi-hebdomadaire.

« Pierre Ménès mesure 1 mètre 90 pour 100 kilos. » (page 224)
10 centimètres de moins et 25 kilos de plus, voilà à quoi ressemble Pierre Ménès.
NB : Besma Lahouri a corrigé la grande majorité de ses erreurs dans l'édition de poche, après en avoir pris connsaissance sur ce blog. C'est tout à son honneur !

23.2.09

Lille en phase avec ses objectifs !

Hier soir, Lille s'est imposé face à Monaco à domicile, 2 buts à 1. Obraniak et Dumont ont scellé le 4e succès lillois consécutif à domicile avant la réduction du score à l'ultime seconde par Adriano pour les Monégasques. Au classement, le LOSC revient à trois points de la 3e place. Quant aux Monégasques, ils feraient bien de se méfier du retour des équipes de bas de tableau puisqu'ils ne comptent plus que trois points d'avance sur Saint-Etienne, actuel premier relégable.

LOSC - ASM.mp3



Echos et déclarations :

- Première pour Licata au stadium : ancien pensionnaire de l'équipe réserve du Losc, Alexandre Licata n'avait jamais eu l'occasion d'évoluer au stadium Lille-Métropole. C'est désormais chose faite mais l'attaquant a dû changer de maillot pour cela. Remplaçant entré en cours de jeu à la place de Pino, il ne gardera probablement pas un grand souvenir de cette première.

- Un but même pas fêté : c'est assez rare pour être souligné : aucun Monégasque n'a célébré le but d'Adriano. Le coup franc du Brésilien était pourtant somptueux. Mais inscrit à la 94e, il n'a servi qu'à sauver l'honneur. Les joueurs du Rocher en avaient bien conscience.

- Coaching efficace : le but de la victoire lillois est 100% l'oeuvre du banc. Eden Hazard, le passeur, et Stéphane Dumont, le buteur, sont en effet entrés en lieu et place d'Obraniak et de Chedjou

- Pour Ricardo, "il y a eu deux matchs dans le match. Durant les 25 premières minutes, on a clairement subi le jeu et l'ouverture du score lilloise était amplement méritée. Ensuite, on a fait jeu égal avec eux et on aurait presque pu chercher le nul. Mais évidemment quand on ne joue que 65 minutes sur 90, contre ce genre d'équipes, on le paie cash !"

18.2.09

Valenciennes sort de la zone rouge !

Au terme d'un match globalement maîtrisé, les Valenciennois ont battu des Caennais bien pâles dans cette rencontre en retard de la 20e journée. Les buts ont été inscrits par Jonathan Lacourt (10e) et par Gaël Danic (90e). Après quatre mois dans la zone rouge, les Nordistes cédent donc leur 18e place à Saint-Etienne. Les Normands sont toujours 15e mais voient les équipes de bas de tableau se rapprocher à grands pas.

vafc caen.mp3



Echos et déclarations :

Savidan toujours à la maison ! Savidan garde une côte d'amour très élevée à Valenciennes. Son nom a été scandé avant et après le match par quasiment tous les supporters rouges et blancs. Malheureusement pour lui et son équipe, il a été pratiquement transparent durant la partie, parfaitement cadenassé par Bisevac et Schmitz. Il a échangé une bise avec Kombouaré après le match et n'a pas voulu répondre aux journalistes, visiblement très déçu par le résultat.

Saez touché au tendon d'Achylle. José Saez a été malencontreusement blessé par son coéquipier Rudy Mater. Il a dû céder sa place à 15 min de la fin à Karba Bangoura, qui a donné le ballon de but à Gaël Danic.

Enfin ! Après 4 mois dans la zone de relégation (depuis la 9e journée), le VAFC sort enfin de la zone rouge grâce à ce succès. C'est Saint-Etienne qui prend la 18e place. Valenciennes reste sur 7 matchs sans défaite (3V, 4N). Kombouaré :"On n'est plus dans la charette. On voit enfin de la lumière, on voit enfin le soleil. Dorénavant, on a plus peur de personne".

Dumas fataliste : "Dorénavant, on va regarder dans une seule direction : dans le rétro !"

17.2.09

Um dia, o sapo vira príncipe…

Brasília, 1o de janeiro de 2003. 200 mil pessoas alegres foram assistir a posse do novo presidente na Praça dos Três Poderes. O intelectual poliglota Fernando Henrique Cardoso passa a faixa ao ex-engraxate e líder sindicalista Luiz Inácio Lula da Silva. Sorrisos em todos os rostos, tanto na assembléia como na platéia : ambos parecem felizes, quase aliviados. O abraço dos dois presidentes é caloroso. A mudança democrática entre estas duas figuras politicas opostas acontece numa serenidade perfeita. E se o milagre brasileiro residisse nessa passagem de bastão ? De todo jeito, é o sentimento dado pelo livro O sapo e o príncipe de Paulo Markun. O jornalista narra a historia complexa do Brasil contemporanêo através da vida dos dois ultimos presidentes do maior pais da América do Sul. A analise política é fina e o conteúdo estupendo.

De fato, as trajetórias de FHC et de Lula não poderiam ter sido mais diferentes. O primeiro pertence a uma família que inclui generais, ministros da Guerra, um senador, um prefeito do DF e um presidente do Banco Central. O segundo teve um pai analfábeto e irresponsável, um daqueles capaz de deixar mulher e filhos para engravidar uma menina de 16 anos. Enquanto a carreira de FHC foi predestinada (estudos de sociológia, professor de universidade, senador, ministro das relações exteriores, depois da Fazenda e finalemente, presidente da República), Lula conheceu altos e baixos. A vida dele foi dura ! Com a ausência paterna, teve que viver em um sítio sem luz elétrica durante toda a infância. Ainda muito novo, teve que trabalhar como vendedor de amendoins ou como engraxate para ajudar a família a viver. Conheceu o desemprego, a solidão e o sofrimento. Perdeu a primeira mulher quando ela estava dando a luz ao seu primeiro bebê que tambem morreu durante o parto. Foi prisoneiro político durante a ditadura militar por causa das atividade sindicais. Perdeu 3 vezes a eleição presidencial antes de ser eleito, embora todo mundo pensasse que ganharia de primeira[1]. E FHC ? Nem tinha vontade de candidatar-se e foi eleito duas vezes no primeiro turno…

O livro de Markun merece uma certa atenção, graças a um leque de detalhes e um perfeito conhecimento da política brasileira. Markun permite aos curiosos entender não so a historia de Fernando Henrique Cardoso e a de Lula, como tambem a história do pais desde 1954, marcado pelo suicídio de Getúlio Vargas. Por isso, O sapo e o príncipe é um livro indispensável para quem se interessa ao passado e ao presente do país do futuro.

Samuel Duhamel

[1] Miriam, a ex-mulher do Lula, afirmou numa entrevista que o candidato petista era preconceituoso, mulherengo e alcoólatra. O efeito da acusação foi devastador. Mais tarde, uma jornalista denunciou que o depoimento da Miriam foi comprado pelo irmão de Collor (o outro candidato classificado pelo segundo turno) por 123 000 dólares.
O sapo e o principe, de Fernando Markun, ed. Objetiva, 374 paginas, Rio de Janeiro, 2004




Et un jour, le crapaud se transforme en prince…

Brasilia, 1er janvier 2003. 200 000 personnes folles de joie sont venues assister à la prise de fonction du nouveau président sur la place des Trois Pouvoirs. L’intellectuel polyglotte Fernando Henrique Cardoso cède son écharpe d’élu à Luiz Inacio Lula da Silva, l’ancien cireur de chaussures devenu leader syndical. Des sourires sur tous les visages, dans l’assemblée comme sur le podium : les deux présidents paraissent heureux, presque soulagés. Leur étreinte est chaleureuse. La transition démocratique entre ces deux figures politiques opposées se déroule dans la plus parfaite sérénité. Et si le miracle brésilien résidait dans cette transmission de témoin ? C’est en tout cas le sentiment laissé par O sapo e o principe, le livre de Paulo Markun. Le journaliste revient sur l’histoire complexe du Brésil contemporain à travers la vie de ses deux derniers présidents. L’analyse politique est fine et le contenu stupéfiant.

En effet, les trajectoires de FHC et de Lula n’auraient pas pu être plus divergentes. Le premier appartient à une famille composée de généraux, de ministres de guerre, d’un sénateur, d’un préfet du district fédéral et d’un directeur de banque centrale. Le second avait un père analphabète et irresponsable, de ceux capables d’abandonner femme et enfants pour mettre enceinte une adolescente de 16 ans. Alors que la carrière de Cardoso était prédestinée (études de sociologie, professeur d’université, sénateur, ministre des Affaires Etrangères, Premier ministre puis Président de la République), Lula a connu des hauts et des bas. Pendant longtemps, sa vie fut une pénitence. Le papa parti, il dût vivre avec ses sept frères et sœurs sans électricité durant toute son enfance. Très jeune, il dût travailler comme vendeur de cacahouètes ou comme cireur de chaussures pour aider sa famille à vivre. Il a connu le chômage, la solitude et la souffrance. Sa première femme est décédée le jour de l’accouchement de son premier enfant, mort-né. Il fut prisonnier politique durant la dictature militaire en raison de ses activités syndicales. Il a dû se présenter quatre fois à la présidentielle pour être enfin élu, alors que tout le monde s’attendait à le voir gagner dès sa première tentative[1]. Et FHC ? Alors qu’il ne voulait même pas se présenter, il fut élu deux fois dès le premier tour.
O sapo e o principe mérite le détour tant son auteur connaît la politique brésilienne à la perfection. Certains détails sont croustillants. L’ouvrage permet de comprendre non seulement l’histoire de Fernando Henrique Cardoso et celle de Lula mais aussi l’Histoire du pays depuis 1954 et le suicide de Getulio Vargas. O sapo e o principe est donc un livre indispensable pour quiconque cherche à connaître le passé et le présent du pays du futur.

Samuel Duhamel

[1] Miriam, son ex-femme, avait alors affirmé dans une interview que le candidat du PT était intolérant, machiste et alcoolique. Cette accusation fut dévastatrice. Plus tard, une journaliste expliqua que le frère du candidat Collor (également qualifié pour le 2d tour) avait acheté le témoignage de Miriam pour 123 000 dollars.

O sapo e o principe, de Fernando Markun, ed. Objetiva, 374 pages, Rio de Janeiro, 2004

16.2.09

Nantes fait le dos rond !

Au terme d'un rencontre équilibrée, Valenciennes et Nantes se sont quittés sur un score de parité, un but partout. Les Nordistes étaient pourtant bien entrés dans le match avec un but dès la 15e minute inscrit par Rafael Schmitz, puis un deuxième marqué cinq minutes plus tard par Pujol. Manque de chance, l'attaquant rouge et blanc était en situation de hors-jeu. Les canaris sont progressivement sortis de leur torpeur et ont égalisé grâce à Klasnic en deuxième mi-temps. Avec ce nul, les deux équipes restent engoncés dans le bas de tableau.

VAFC - FCN.mp3

Echos et déclarations :

- Darcheville blessé : auteur d'un très bon début de match, Jean-Claude Darcheville a dû sortir à la demi-heure de jeu après une contracture au mollet droit. Il a été remplacé par Johan Audel. L'absence du buteur valenciennois a clairement handicapé son équipe (dixit Jérôme Alonzo). Darcheville devrait être de retour mardi pour la venue de Caen match en retard de la 20e journée.

- Bekamenga décisif : inexistante en première mi-temps, l'attaque nantaise a pris une autre consistance avec la rentrée de Christian Bekamenga à la pause, en remplacement de Faty. Aux côtés de Klasnic, Bekamenga a pesé sur la défense valenciennoise. C'est d'ailleurs lui qui a donné le ballon de but au Croate.

- "En raison de son grand âge", Alonzo a laissé sa place à Guy Ndy Assembé, le 3e portier nantais. Heurtis étant blessé et Alonzo souffrant des adducteurs, c'est le jeune gardien nantais qui est rentré en jeu à 15 min de la fin. "Je jouais sur une jambe, c'était plus correct vis-à-vis de mes coéquipiers de céder ma place".

8.2.09

Lille ne s'arrête plus !

Après avoir été menés 0-2 par de solides Sochaliens, les Lillois l'ont finalement emporté 3 buts à 2 après une seconde mi-temps époustouflante.
C'est le prodige belge Eden Hazard qui a donné le but de la victoire à son équipe. Lille est désormais 5e du classement avec un match de moins et avance à pas feutrés vers la Ligue des Champions.


Lille - Sochaux.mp3


- Bastos absent : touché au mollet, le meilleur buteur (9) et passeur (7) du LOSC n'était pas sur la feuille de match hier soir. Il a été remplacé numériquement par Eden Hazard. Une partie des difficultés offensives du Losc en première période doit sans doute provenir de cette absence. Ne pouvant compter sur Bastos, Garcia a également ménagé Emerson, son compatriote brésilien. Les deux joueurs s'entendent à merveille sur le côté gauche et quand Bastos n'est pas là, le rendement d'Emerson est moindre. C'est donc Tafforeau qui a joué latéral gauche.

- Entraîneurs et joueurs piégés en conférence de presse : une équipe de télévision de Canal + (Canal football club) a piégé joueurs et entraîneurs en conférence de presse en leur posant des questions loufoques. Teddy Richert a dû par exemple expliquer où il avait acheté son maillot, Rudy Gardia s'est fait appeler José puis Andy, Francis Gillot a lui affirmé, qu'en cas de titre cette année, il serait prêt à sauter d'un pont entièrement nu...

- Francis Gillot était terriblement déçu heir soir : "ce n'est pas un point que nous avons perdu mais trois". Il était d'autant plus frustré qu'il avait demandé à Daf de se tenir à carreau à la mi-temps. "Malheureusement, il a fait le contraire de ce que je lui avais demandé." L'expulsion de Daf à la 51e constitue le tournant du match : les 3 buts lillois sont venus après...

- Rudy Garcia refuse toujours de parler de Ligue des Champions. "Nous sommes candidats à une victoire à Auxerre" a-t-il affirmé dans un sourire. Adil Rami lui explique que les joueurs ont reçu pour consigne de ne pas en parler devant la presse.

2.2.09

Valenciennes s'accroche

Au terme d'un match terne et sur un terrain à la limite du praticable, Valenciennes a décroché une précieuse victoire face à des Niçois sérieux mais sans inspiration. Le but est l'oeuvre de Grégory Pujol. A peine entré en jeu, l'ancien Nantais a réceptionné un centre parfait de Jean-Claude Darcheville pour inscrire le but de la victoire. Avec un match de moins, le VAFC revient à 2 petits points de Saint-Etienne, premier non relégable. Nice se laisse décrocher par les équipes de tête et occupe désormais la huitième position, à six points de la 3e place.

Valenciennes - Nice.mp3

Echos et déclarations :

Premières : Julien Sablé a disputé son premier match officiel avec l'OGCN samedi, en remplacement d'Olivier Echouafni, suspendu. Son entraîneur a qualifié sa prestation de "correcte" même "s'il est capable de mieux techniquement et dans la relance". Jean-Claude Darcheville a pour sa part disputé son premier match à Nungesser. Après avoir inscrit un but il y a deux semaines à Lorient, il a adressé sa première passe décisive à Grégory Pujol pour le but de la victoire. "Si on continue de jouer comme ça, le maintien est en bonne voie." a-t-il déclaré en fin de rencontre.

Frédéric Antonetti a ironisé sur l'état du terrain. "J'ai entendu parler d'une commission qui veut supprimer la trêve. C'est bien, ça va dans le bon sens !" Nice a en effet disputé plusieurs matchs dans des conditions extrêmes ces dernières semaines (Arras, Nancy, Valenciennes).

Les sourires étaient de retour sur tous les visages valenciennois. Les Nordistes sont beaucoup plus solides dans le jeu et se projettent déjà dans le match de dimanche prochain à Grenoble. Gaël Danic affirme sans ostentation : "Si on marque les premiers, on gagnera !"

19.1.09

Rennes craque à Lille

Invaincus depuis 18 rencontres en championnat, Rennes a finalement cédé hier soir à Lille lors de la 21e journée de Ligue 1. Nicolas Fauvergue a inscrit le but de la victoire avec la complicité involontaire du défenseur breton, Petter Hansson. Au classement, Rennes se retrouve 4e à un point de Marseille (3e). Avec un match de moins, Lille suit à la 7e place, à trois points des Olympiens. Tout reste donc possible dans la course à l'Europe.

Lille - Stade rennais.mp3
Echos et déclarations :


Inquiétude pour Debuchy : sévèrement taclé par Moussa Sow en première mi-temps, l’arrière droit lillois Mathieu Debuchy a dû être remplacé par Franck Béria. D’après les médecins nordistes, il faudra passer des examens pour connaître l’ampleur de la blessure. Mais, une fracture de la cheville n’est pas à exclure...


Sur cette action de jeu, Moussa Sow a écopé d’un carton jaune. Voyant Debuchy sortir sur blessure, l’arbitre Jean-Charles Cailleux a posé une réserve afin que la commission de discipline puisse sanctionner l’international espoir français, s’il y a lieu de le faire. Pour Guy Lacombe, cette réserve est surprenante. Pour Rudy Garcia, elle est logique. Le coach nordiste estime qu’il est inadmissible que Sow n’ait pas été expulsé sur l’action. « J’ai beau être à 45 mètres de l’action, le rouge me paraissait évident ! »


Fin de série pour Rennes : les Bretons restaient sur 18 matchs sans défaite en championnat. La série avait commencé lors de la 3e journée... et la réception de Lille (2-1) ! Pour Lille, la série d’invincibilité se poursuit avec, toutes compétitions confondues, huit rencontres sans revers (cinq victoires et trois nuls).


Guy Lacombe : "Il fallait bien que ça arrive un jour. On a pas vu la vraie équipe de Rennes aujourd'hui. Ca va remetytre de l’ordre dans la maison, j’espère. Ils nous ont mangés avec nos propres valeurs : discipline, rage dans les duels, rigueur… Lille avait faim de victoitre. C’est bien que la série s’arrête face à une telle équipe même si on aurait aimé la continuer encore un peu".


Fauvergue aime Rennes : même si le but lillois a finalement été attribué Hansson, c’est bien Nicolas Fauvergue qui est à l’origine du but. Remplaçant de Frau, auteur d’un très bon match, il a permis à son équipe de l’emporter. Ce n’est pas la 1er fois que le natif de Béthune fait mal à Rennes. Il y a deux ans, il avait inscrit un but assassin à la dernière seconde du dernier match, privant ainsi Rennes de qualification pour le tour préliminaire de la Ligue des Champions. A l'époque, c’était Toulouse qui avait récupéré le ticket.


Rudy Garcia : "Je suis satisfait. Ca fait partie de nos meilleurs matchs de la saison. Le dogue a été tenace. On peut regretter de ne pas avoir corsé l’addition. Frau aurait mérité de marquer. Il a doublé son temps de jeu de la saison sur ce match. C’est bien pour lui et l’équipe. Concernant, le match dans le match, Emerson - Briand, mon joueur a été très correct. Il n’aurait pas dû prendre de carton jaune, j’en suis sur !"


Samuel Duhamel

8.1.09

Patrick, shutttttttttt !

19h28, hier sur Canal +. Sur le plateau du Grand Journal, Joseph Stiglitz, ancien Prix Nobel d’économie, et Poivre d’Arvor, ancien présentateur du journal de 20h sur TF1. Le débat porte sur la décision de la Russie de ne plus fournir de gaz à l’Ukraine. Diplomatiquement, ce choix est lourd sens : à court terme, c’est une dizaine de pays qui pourraient se retrouver sans chauffage et sans électricité. Les invités discutent de la pertinence de la décision, du risque de pénurie en Europe, des conséquences éventuelles pour la France… Et puis, pour conclure le débat, comme s’il voulait remporter la bataille des idées, PPDA lance : « C’est un problème qui relance la question du nucléaire. Au moins, en France, avec l’atome, nous ne sommes pas dépendants d’autres pays pour la fourniture d’électricité. » Et Michel Denisot d’approuver.

Pourquoi mentir aux gens ? Quel est l’intérêt de défendre l’énergie atomique en dépit du bon sens ? Ont-ils conscience qu’en prononçant ces deux petites phrases devant deux millions de téléspectateurs, ils effacent le travail de fourmi des militants antinucléaires ?

Car, non, le nucléaire n’est pas la solution ! La France a battu son record de consommation électrique hier avec plus de 90 000 MW produits vers 19h. Malgré les 58 réacteurs sur notre territoire, EDF doit importer de l’électricité d’Allemagne… qui sort du nucléaire depuis 2002. Et de toute façon, on ne peut pas dire que la France est indépendante sur le plan énergétique puisque 100% de l’uranium qu’elle utilise pour produire de l’électricité via le nucléaire est importé. Dès lors, les solutions sont simples : sobriété énergétique et lutte contre le gaspi (la consommation électrique en France dans les années 70 était trois fois moindre), panachage des énergies renouvelables et importations de gaz d’autres pays de l’Union.

La leçon de l’histoire, c’est qu’on a beau avoir présenté le journal le plus regardé en France pendant 21 ans, on n’est pas à l’abri d’une belle ineptie. Patrick, règle élémentaire du journalisme : « Ce dont on ne peut parler, il faut le taire ! »

Samuel Duhamel

21.12.08

Lille dans le bon wagon !

Lille s'est imposé face au Havre hier soir au stadium Nord (3-1). Une victoire globalement méritée qui permet aux Nordistes de se rapprocher des places qualificatives pour la Ligue des Champions. Les Havrais, eux, restent derniers de Ligue 1 et devront réaliser une deuxième partie de saison digne d'un club européen pour ne pas descendre en Ligue 2. A signaler, le nouveau festival de Michel Bastos, auteur de son 9e but et de sa 7e passe décisive.

Lille - Le Havre.mp3



Echos et déclarations :

- On n’arrête plus Michel Bastos : le Brésilien a inscrit son 9e but et adressé sa 7e passe décisive face au Havre. Après seulement 19 matchs, les statistiques sont impressionnantes. Les Havrais ont pourtant tout essayé pour l’arrêter hier soir : Maxime Baca a ainsi remplacé Jérémy Hénin peu après la demi-heure de jeu… Pour le même résultat. Bastos s’est amusé toute la partie avec les arrières droits havrais ! Les supporters nordistes ne s’y trompent pas : Bastos a changé de dimension depuis le début de saison. Avant le match, ils avaient d’ailleurs salué l’annonce de la prolongation de contrat jusqu’en juin 2012 par de copieux applaudissements.

Frédéric Hantz est arrivé tout sourire en conférence de presse : « Ca fait plaisir de retrouver la L1 ! » Il a confirmé que la mission qui lui incombe était « difficile, voire très difficile, voire très, très, très difficile ! » Dans une boutade, il a dit que dorénavant, « si un président de club veut changer d’entraîneur, il ne faut pas qu’il le fasse avant un déplacement à Lille » (cf. défaite de Saint-Etienne 3-0 au stadium Nord juste après l’arrivée de Perrin à la tête des Verts), « on a fait mieux que Saint-Etienne », a-t-il ajouté en rigolant.

Mavuba, le capitaine lillois, s’est montré très satisfait du score et du début de saison nordiste. Pour lui, ce qu’il manque aux dogues pour accrocher la ligue des champions pour l’instant, « c’est 1. de la concentration, 2. de l’expérience, 3. un esprit de tueur devant le but, et 4. des attaquants valides (!) » (Frau, De Melo et Fauvergue sont blessés)

Revault est lui arrivé avec une tête d’enterrement : « On méritait au moins le nul. Contre les gros, on se défend bien mais à chaque fois, on repart avec 0 point. Mentalement, on n’y est pas. J’ai l’impression que certains ne sont pas prêts pour jouer la Ligue 1. Globalement, on est trop gentils, trop bien élevés. Ce sont des qualités pour les Hommes en général mais pas pour des footbaleurs. Résultat : on ne nous respecte pas. Les arbitres, les adversaires, la presse, personne ne nous respecte. On nous marche dessus mais j’y crois encore. Pour s’en sortir, il faut faire un parcours de 7-8e en 2e partie de saison. »

Rudy Garcia est satisfait du la première partie de saison de son équipe : « 5-6e, c’est notre place ! »

Nicolas Gillet : « Mentalement, ça devient très dur. On est tous épuisés, on a besoin de souffler et d’analyser tranquillement notre jeu et les raisons de nos défaites avec le coach. Ce qui nous arrive est paradoxal, quand on joue bien, on perd et quand on joue mal (Nice, VA), on gagne. »

14.12.08

Valenciennes se réveille

Les Valenciennois se sont brillamment imposés hier face à Monaco à domicile (3 buts à 1). Malgré une entame difficile et l'ouverture du score des visiteurs par Pino, les joueurs d'Antoine Kombouaré ont renversé la vapeur grâce à des buts somptueux de Carlos Sanchez, Belmadi puis Pujol. Avec ce succès, les rouges et blancs quittent la dernière place du classement et ne sont plus qu'à deux longueurs de Saint-Etienne, premier non relégable.


VA-ASM le best of.mp3



Echos et déclarations :
- Antoine Kombouaré: "Il fallait finir cette année de merde par un victoire, c'est fait ! C'est un beau cadeau pour tout le monde mais rien n'est fini. C'est une bonne bouffée d'oxygène mais dans ma tête, on reste derniers ! On a produit un jeu formidable et sans Ruffier, on aurait pu en mettre 2 ou 3 de plus... L'objectif c'est la 17e place : c'est bizarre à dire mais c'est ainsi !"
- La dernière victoire de Valenciennes remontait au 23 août, contre Lorient (3-1). Les joueurs d'Antoine Kombouaré restaient sur une série de 15 matchs sans succès (14 en championnat, une élimination en coupe de la Ligue à Vannes).
- Ricardo a reconnu la supériorité des Valenciennois après la rencontre : "On n'a rien fait, on n'a rien montré ! Même quand on a marqué, c'était immérité ! Ils nous ont baladé dans le jeu. On s'est fait bouger tout le match. On a perdu 90% des duels. Je pense que c'est dû à un manque de confiance."
- Le président Decourrière confiant : "Je suis sûr qu'on va s'en sortir. A la 20e position, notre équipe n'est pas à sa place." L'ancien élu européen a par ailleurs confirmé la signature prochaine d'au moins un nouveau joueur.

7.12.08

Résumé Lille - Toulouse

Hier soir, Lille et Toulouse se sont quittés sur un match nul 1-1 au terme d'une rencontre fermée et équilibrée. Les Haut-Garonnais ont failli réalisé le hold-up parfait suite à l'ouverture du score de leur capitaine Mauro Cetto à la 65e minute. Mais c'était sans compter sur le talent de Michel Bastos, auteur du but égalisateur sur coup franc dans le temps additionnel. Les deux équipes restent dans la première partie de tableau, à seulement quelques encablures des places européennes.

LOSC - TFC Best of.mp3



Les échos du match :
- L'entraîneur adjoint de l'équipe de France espoir, Patrice Bergues, était dans les travées du stadium Lille métropole hier soir : sans doute pour observer les moins de 23 ans Toulousains : Etienne Capoue, Cheikh M'Bengue et Moussa Sissoko. Le premier a joué toute la partie, le second a été remplacé par Sirieix, le dernier est rentré à la place de Braaten. Côté lillois, l'espoir se nomme Jerry Vandam mais il est resté sur le banc.

- Alain Casanova explique les nombreux matchs nuls de son équipe (6) et du LOSC (8) par la dégradation des terrains en cette période de l'année : "les écarts entre équipes de L1 sont minimes et ces terrains nivellent encore plus le niveau, c'est donc plus difficile d'inscrire des buts et donc de gagner maintenant qu'en début et fin de saison."

Samuel Duhamel

19.10.08

Petit cours d'économie écologique

Non, l’écologie ne se limite pas à faire attention aux petites fleurs et aux petits oiseaux. Non, les Verts ne sont pas que des défenseurs de l’environnement. Non, la protection de la vie future n’est pas incompatible avec l’essor immédiat de l’économie. C’est pour battre en brèche ces contre-vérités que Pascal Canfin[1] a écrit L’économie verte expliquée à ceux qui n’y croient pas. Un ouvrage pédagogique basé sur un dialogue imaginé entre l’auteur et ses amis sceptiques quant au programme économique des écolos.

On y apprend que si l’économie verte est incompatible avec le système économique actuel[2], elle ne repose pas uniquement sur les préceptes traditionnels portés par la gauche depuis 1945. D’un côté : rejet du tout Etat, défense de la liberté d’entreprendre, réforme des services publics… De l’autre, hausse de l’impôt sur les revenus et sur les bénéfices des grandes entreprises, augmentation des minima sociaux, suppression de la durée de cotisation pour bénéficier des allocations chômage… Le dogmatisme n’a pas lieu d’être dans l’économie rêvée par les militants écologistes.

Reposant sur des idées neuves comme le revenu social garanti (sorte de rétribution des activités d’intérêt général), la mise en place d’une dette-carbone dans les pays du Nord (à partir du moment où les Occidentaux empiètent sur les droits à polluer des pays du Sud, pourquoi ne devraient-ils pas les rembourser ?) ou la conversion écologique de l’économie (investissements lourds dans les énergies renouvelables, les économies d’énergie…), l’économie verte frappe surtout par son objectif final. Ici, l’économie est au service de l’Homme et non pas l’inverse. L’objectif n’est donc pas de produire et consommer plus mais de chercher l’épanouissement des citoyens via des politiques économiques audacieuses. Oubliez donc le PIB, préférez l’empreinte énergétique[3]. Oubliez l’organisation ternaire de la vie (études, travail, retraite), préférez un rythme de vie pleinement choisi (année sabbatique, activité d’utilité sociale et environnementale rémunérée, droit à l’apprentissage tout au long de la vie…), oubliez le « travailler plus pour gagner plus », préférez le « travailler moins pour travailler tous et vivre mieux »…
C’est bien beau cette histoire, mais ça coûte cher, non ? Il faut avoir les moyens de ses ambitions et aller chercher l’argent où il est, explique Canfin. L’économie verte est une économie qui n’a pas peur de taxer (les activités polluantes, les très hauts revenus, la spéculation…) et qui s’appuie pas mal sur les modèles nordiques. C’est mieux mais ça coûte cher ! Oui mais c’est mieux ! Oui mais ça coûte cher ! Oui, mais c’est mieux ! Oh, les gars, on se calme !

L’économie verte repose donc sur un programme innovant à mille lieux des réformettes qui font la une des journaux. Le livre de Canfin constitue donc un excellent cours d’économie post-bac et s’appuie sur un argumentaire riche, étayé par de très nombreuses références statistiques. On apprend donc sur les Verts autant que sur l’économie réelle. Evidemment, un dialogue entre potes de 148 pages, uniquement basé sur des réformes économiques, ça fait un peu long… Mais le tout se lit facilement. Les lecteurs qui ne croient pas en l’économie écologique feraient donc bien d’y jeter un œil.

Samuel Duhamel

[1] Président de la commission économie et société des Verts
[2] Le fameux « capitalisme libéral productiviste mondialisé », cher à Yves Cochet et Agnès Sinaï in Sauver la Terre, 2003
[3] L’empreinte énergétique est un indicateur inventé au début des années 90 par les professeurs William Rees et Mathis Wackernagel qui vise à traduire l’impact des activités humaines sur les écosystèmes. On sait ainsi que l’empreinte énergétique d’un Etats-Unien moyen est équivalente à cinq planètes. Cela veut dire que si tout le monde adoptait le mode de vie américain, il faudrait cinq fois plus de pétrole, d’eau, de charbon, de gaz, d’électricité… Or, les ressources de la planète sont limitées.


L’économie verte expliquée à ceux qui n’y croient pas,
Pascal Canfin, éd. Les petits matins, 148 pages, 14 €

27.7.08

Le capitalisme doit mourir (ou alors ça sera nous) !

« Il va falloir apprendre à vivre ensemble comme des frères sinon nous mourrons seuls comme des idiots. »
Gandhi

Un milliard de personnes survivent avec moins d’un dollar par jour[1], 1,1 milliard d’êtres humains n’ont pas accès à l’eau potable [2] , deux milliards d’individus souffrent de carences alimentaires[3], 35 000 personnes meurent de faim chaque jour[4], l’équivalent d’un terrain de foot est déboisé chaque seconde [5]... Vous en voulez encore ? Tant pis ! Six milliards de citoyens ne partent jamais en vacances[6], les 500 capitalistes les plus fortunés sont plus riches que les 416 millions de miséreux les plus pauvres[7], la Chine compte 10 millions de chômeurs de plus chaque année malgré une croissance à deux chiffres[8] , un Terrien sur six vit dans un bidonville[9], le chômage a augmenté de 22% lors des dix dernières années dans le monde[10] … Vous ne voyez aucun rapport entre ces chiffres ? Pourtant, il y en a un ! Il fait l’objet du dernier livre d’Hervé Kempf, Comment les riches détruisent la planète. Un ouvrage simple et pédagogique qui explique que l’écologie n’est pas compatible avec le capitalisme.

La thèse de Kempf, journaliste d’environnement au Monde, tient en une phrase : ce sont les riches qui font de la planète un endroit potentiellement inhabitable et c’est donc à eux de faire les efforts pour maintenir la possibilité d’une vie humaine sur Terre. S’appuyant sur la Théorie de la classe de loisir de Thorstein Veblen, Kempf explique pourquoi le système économique global ne change pas malgré les injustices qu’il génère et l’impasse environnementale à laquelle il mène. Déni de la gravité de la situation, méconnaissances des élites dirigeantes, mimétisme et soif de reconnaissance sociale sont les causes de cet immobilisme aveugle et meurtrier. Car pour Kempf, crises sociales et écologiques sont liées. Les ressources terrestres étant limitées, si un occidental moyen s’enrichit, il empêche un Africain lambda des sortir de la misère. La clé n’est donc pas dans le « travailler plus pour gagner plus » mais dans le « consommer moins, répartir mieux ». Une révolution mentale indispensable pour sortir la majorité de la population mondiale du dénuement et permettre à nos enfants de vivre dignement sur Terre dans quelques années.

Le livre de Kempf repose sur deux éléments indépassables : le savoir et l’humanisme. Kempf est sans doute l’un des journalistes écologistes les plus calés en Europe. En vingt ans de métier, il a rencontré les principaux experts en environnement, a couvert toutes les rencontres internationales sur l’Ecologie avec un œil critique et avisé. Mais Kempf, c’est aussi un penseur du social, un humaniste consterné par le sort réservé aux trois quarts de la population mondiale. Quand les connaissances rencontrent la sensibilité, c’est de l’intelligence pure qui jaillit. Malgré un titre un peu racoleur, Comment les riches détruisent la planète est donc un ouvrage d’intérêt général, un livre qui devrait être distribué dans toutes les classes de sixième. Car qu’on le veuille ou non, si le capitalisme productiviste mondialisé[11] ne tombe pas, c’est bien l’Humanité qui tombera à sa place.

Samuel Duhamel

Comment les riches détruisent la planète, d’Hervé Kempf, éd. Seuil, 2007, 148 p., 14 €



[1] Rapport du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), 2006

[2]Rapport du PNUD, 2006

[3]Rapport de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), 2006

[4] D’après Jean Ziegler, ancien rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, auteur des Nouveaux Maîtres du Monde et ceux qui leur résistent, 2002

[5] D’après Simon Retallack, directeur éditorial de The Ecologist, auteur de Stop, 2003

[6]D’après Rodolphe Christin, auteur du Manuel de l’antitourisme, 2008

[7] Rapport du PNUD, 2006

[8]D’après Juan Somavia, directeur général du Bureau International du Travail (BIT)

[9]D’après l’organisme des Nations Unies chargé de l’habitat

[10]D’après le BIT, 2005

[11] Système économique, apparu vers 1850, reposant sur la propriété privée des moyens de production et dont la finalité est l’accroissement du profit par le biais de l’augmentation continue des rendements et de la consommation.

Une enquête politique royale

« Si Hollande et Royal avaient réussi à travailler ensemble, ils auraient été imbattables. Il tenait le parti, elle avait le charisme et la popularité. Ils ne pouvaient que réussir. Mais leur mésentente les a plombés. »
Raphaëlle Bacqué, journaliste au service politique du Monde, auteur avec Ariane Chemin de La femme fatale

La démocratie des sondages. Voilà ce qui a porté une femme politique élégante et ambitieuse aux portes de l’Elysée. En politique, de bons sondages, ç’est utile, mais pour devenir la première Présidente de l’Histoire de France, cela ne suffit pas. Tel est le constat sévère mais juste que dressent les journalistes Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin dans leur excellente enquête sur Ségolène Royal.

Le livre revient sur la folle envolée de la députée des Deux-Sèvres dans les enquêtes d’opinion, quelques mois avant l’élection présidentielle de 2007. Avec précision, minutie et en évitant d’éventuels détails scabreux touchant au privé ou à l’intime. Dans La Femme fatale, ce sont les arcanes du pouvoir qui sont mis en lumière. On y apprend quelques informations croustillantes sur la manière dont le couple Royal – Hollande s’est désagrégé à mesure qu’avançait la campagne ou sur la haine mutuelle que se portaient Royal et Strauss-Kahn.

Mais surtout on découvre comment l’ancienne ministre de la Famille a perdu une élection qu’elle aurait dû gagner. La campagne de Royal, c’était avant tout la campagne d’une femme seule qui n’a pas eu confiance en son entourage. La candidate s’est construite politiquement en éliminant ses proches, jamais en les rassemblant. Rejet de son compagnon, François Hollande, premier secrétaire du PS, rejet des éléphants, Fabius et DSK, qu’elle n’a jamais souhaité rappeler après leur défaite lors de la primaire, rejet du PS dans son ensemble. Les erreurs furent nombreuses : la fameuse « bravitude » chinoise, les gaffes médiatiques en tout genre, l’éloignement de sa conseillère en environnement lors de l’annonce de la non-candidature d’Hulot, sa trop grande fragilité dans domaines importants comme la politique étrangère ou l’économie… Royal avait des failles. Elle n’a pas voulu s’en rendre compte

L’analyse de Bacqué et Chemin est d’une clairvoyance admirable. Le souci du détail est proprement hallucinant, la distance éclairée avec laquelle les journalistes énumèrent les faits est un modèle du genre. Leur enquête politique se lit comme un roman dont on connaît la fin. Une fin finalement sans surprise quand on analyse d’aussi près le parcours politique de Royal, la femme fatale.

Samuel Duhamel

La femme fatale, de Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, éd. Albin Michel, 240 pages, 18 euros

10.7.08

Domenech, entraîneur sans succès

Comment peut-on devenir (et rester) sélectionneur de l’équipe de France en étant buté, agressif et surtout inefficace ? La question se pose à la lecture de Domenech, la biographie qu’a consacrée Joël Domenighetti à l’entraîneur des Bleus. L’ouvrage revient sur les principales étapes de la vie de l’ancien latéral droit lyonnais : de sa jeunesse catalane jusqu’à la préparation de l’Euro 2008, en passant par son époque patte d’éph’, grosse moustache et « tacles à la hanche », ses échecs répétés comme entraîneur et sa courte carrière de comédien. Son caractère complexe (la fierté des origines, la provocation dans le sang, l’assurance de façade troublée par le doute intérieur…) est disséqué par ses proches, ses collègues et ses adversaires. Domenech, lui, ne dit rien ou presque. Il s’était engagé à donner trois interviews au journaliste de l’Equipe. Il n’en accordera qu’une seule. Absent lors des rendez-vous importants. Un rituel pour le sélectionneur…

Car qu’on l’admire ou qu’on le déteste, Domenech est un éternel perdant. Non pas un perdant héroïque, presque romantique comme le furent Hidalgo en 1982, Zoff en 2000 ou Van Basten en 2008. Non, Domenech est juste un perdant sans talent. Le constat est amer mais il est validé par les faits avancés par l’ouvrage. Le joueur a certes réalisé une carrière admirable ponctuée par deux titres de champion de France, deux coupes nationales et huit sélections chez les Bleus. Mais que dire de l’entraîneur ? Lorsqu’il arrive à Mulhouse, il veut faire monter le club en D1. Trois essais, trois échecs ! Son successeur, Didier Notheaux, réussira lui du premier coup. A Lyon, il achève sa carrière d’entraîneur de club avec une 16e puis une 14e place. Des performances médiocres qui lui permettent d’accéder directement au poste de sélectionneur des Bleuets. Là, c’est l’escalade : aucun succès en six participations à l’Euro Espoir, pas de qualification pour les JO de Sidney, pas de qualification non plus pour les JO d’Athènes. Des résultats consternants qui font de lui le sélectionneur actuel des Bleus.

En 23 ans de carrière d’entraîneur, Domenech a remporté 4 titres : champion de D2 avec Lyon, deux fois vainqueur du tournoi de Toulon et vainqueur du tournoi de Casablanca avec les Espoirs. C’est peu. A la lumière de du fiasco des Bleus lors de l’Euro 2008, la question se pose toujours : comment peut-on devenir (et rester) sélectionneur de l’équipe de France en étant buté, agressif et surtout inefficace?

L’ouvrage de Domenighetti ne répond pas à la question. Mais il a le mérite de la poser tacitement. C’est déjà pas mal.

Samuel Duhamel

Domenech, de Joël Domenighetti, éd. Du Moment, 177 pages, 19,95 euros

15.6.08

L'Autriche avant le derby !

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10.6.08

Oranje fantastique !

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Hiddink pour sauver la Russie

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4.6.08

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25.2.08

C'est çà la gauche !

« Jaurès disait : le courage, c’est de choisir un métier et de bien le faire, quel qu’il soit. […] Je me sens l’héritier de Jaurès. »
Nicolas Sarkozy, le 13 avril 2007 à Toulouse

Nicolas Sarkozy est un menteur et un usurpateur. Rien de nouveau sous le soleil ? En fait si, puisque ce constat est tiré par Jean Jaurès lui-même, dans Jaurès, Rallumer tous les soleils (éd. Omnibus). Dans ce recueil exhaustif d’écrits et de discours, le député de Carmaux se dévoile sans détour : humaniste, anti-capitaliste et citoyen du monde… Aucun risque d’avoir un regard faussé sur l’élu du Tarn : tous les mots imprimés dans le livre sont les siens. Pas d’analyses, pas de commentaires : juste la puissance irrésistible de la pensée jaurésienne. En 941 pages, de la fin de son adolescence jusqu’à son dernier discours, on suit pas à pas l’évolution de la pensée fourmillante et « résolument optimiste » d’un Jaurès toujours préoccupé par le sort de ses semblables.

Car le jeune député du Tarn n’a pas été tout de suite un socialiste révolutionnaire. Jaurès s’est construit intellectuellement dans les idéaux démocratiques de Danton et de la Révolution Française. Les premières années de la IIIe République et l’apparition du suffrage universel sont pour lui un aboutissement : politiquement, tous les hommes sont désormais égaux. Mais la lutte ne s’arrête pas là : les inégalités économiques et l’injustice sociale vont le contraindre à s’engager davantage. La gauche révolutionnaire devient son camp, le réformisme radical, sa méthode. Il n’oublie pas pour autant ses premières amours. Si Jaurès assume son socialisme, il reste presque amoureusement attaché à la République. Pour lui, les deux postures sont indivisibles. Et il s’efforcera, durant toute son existence, de concilier l’impératif démocratique et la nécessité de panser le monde, d’en faire un endroit plus juste et plus acceptable pour les prolétaires.

Mais ce qui frappe chez Jaurès, c’est surtout la profondeur de son esprit. Le style est riche, précis et imagé. Jaurès, c’est l’éloquence incarnée. C’est une pensée vive et épurée car confrontée en permanence au réel et à tous les pans du savoir. Jaurès était un spécialiste de tout ce qui avait un lien avec le sociétal: parlez-lui de la Révolution Française et il s’embrase, évoquez le combat des suffragettes et son cœur s’accélère, soufflez-lui à l’oreille « la dialectique hegelienne chez Marx » et il devient intarissable. Savoir, comprendre pour agir… voilà le triptyque humaniste qui animait l’ancien élève de l’Ecole normale supérieure.

On connaissait Jaurès, député socialiste puis journaliste, on rencontre un Jaurès historien de la Révolution française, avocat d’Alfred Dreyfus, romancier du réel lorsqu’il se prend à imaginer, avec un siècle de retard, l’improbable plaidoyer de Louis XVI lors de son arrestation ! On le découvre aussi fin politologue, tribun magnifique et visionnaire des grandes tragédies du XXe siècle. Lire Jaurès, c’est donc rentrer dans une intelligence supérieure, entre l’utopie des transformations à accomplir et la conscience réaliste de l’état du monde au tournant des XIXe et XXe siècles.

Parce qu’il s’arrête sur de brûlantes questions d’actualité (laïcité, dérives du capitalisme, droit des femmes, imbécillité de la guerre…), parce qu’il est le fruit d’un humaniste convaincu qui n’a jamais dérogé à ses principes (solidarité, sens des responsabilités, refus de l’injustice…), parce que la gauche contemporaine a oublié ce qu’est la Gauche, il est urgent de lire ou relire Jaurès. Il est urgent de rallumer tous les soleils…

Samuel Duhamel

Jaurès, Rallumer tous les soleils, anthologie des écrits et des discours de Jean Jaurès, choisis par Jean-Pierre Rioux, éd Omnibus, Paris, 2005, 28 €

Pour aller plus loin : - Société d’études jaurésiennes : www.jaures.info/welcome/index.php
- Fondation Jean Jaurès : www.fondatn7.alias.domicile.fr

Jaurès, pour l'Humanité

La barbe mal taillée, le cheveu court brossé en arrière et un regard bleu acier qui vous glace le sang quand il vous fixe… De prime abord, Jean Jaurès a plus l’air d’un bûcheron suédois en quête de troncs que d’un éminent responsable politique. Il le sait mais n’en a cure. « De toute façon, ils n’ont ni peigne, ni mousse à raser au paradis alors je laisse pousser… Disons que c’est la seule négligence que je m’octroie. »
Pour le reste l’ancien député de Carmaux se veut intransigeant. Quand certains à l’extrême gauche voient en lui un élu trop prudent et calculateur (Guesde, Vaillant, Lafargue) Jaurès s’emporte : « Oui, je suis réformiste car la réforme, c’est l’œuvre commençante de la révolution. Je ne suis pas un modéré, je suis […] un révolutionnaire. » Pourtant, les disputes avec les collectivistes[1] ont souvent été violentes. Différences de stratégie pour aboutir à la révolution, degrés de radicalité diverses dans l’échelle du socialisme, visions opposées dans l’affaire Dreyfus… Tout ou presque semblait les opposer. Mais quand on lui parle de ses dissensions au sein du socialisme français au tournant des XIXe et XXe siècle, Jaurès rigole : « Je suis toujours surpris de voir à quel point les journalistes dramatisent des différences de point de vue au sein des partis politiques. Dès qu’on sort du rang, dès qu’on soumet une idée neuve, on nous reproche de mettre le bazar, de mettre l’unité du parti en danger. Adhérer à un parti, c’est se reconnaître dans son idéal. Ensuite, il y ait des débats contradictoires, des oppositions, c’est normal. C’est même signe de bonne santé intellectuelle. »

Quatre-vingt-quatorze ans après sa mort, Jaurès est donc en forme. Au paradis, il continue d’agir sans question, ni repos : il enchaîne les discours, écrit dans son journal L’Humanité d’après, raconte la Révolution française à Voltaire et à Rousseau, continue à défendre Dreyfus et à imaginer de magnifiques plaidoyers pour des dirigeants qu’il n’apprécie pourtant pas (Louis XVI, Pol Pot, Mao…). Mais Jaurès ne fait pas tout tout seul pour autant. Sa confiance en l’autre est presque naturelle. Là où la gauche contemporaine fuit les ouvriers et les employés à grandes enjambées, Jaurès s’en rapproche avec malice. « Pour moi, c’est la classe prolétarienne qui est la vraie classe intellectuelle. Ce sont les prolétaires qui, les premiers, ont compris que l’ordre capitaliste n’était pas tenable, que c’était un désordre, que c’était la haine, la convoitise sans frein, la ruée d’un troupeau qui se précipitait vers le profit et qui piétinait des multitudes pour y parvenir. Ce sont eux les premiers qui ont voulu l’avènement du socialisme. Alors, pourquoi s’en détacher et ne pas les écouter ? »

Socialiste il est, socialiste, il n’a pas toujours été. Mais Jaurès s’assume. Passionné par Danton et par la révolution bourgeoise de 1789, admiratif du réformisme de Gambetta, il ne s’est orienté vers le socialisme qu’à la trentaine. « Comme beaucoup, je percevais les socialistes comme des agitateurs irréalistes. Et puis, la misère humaine m’a sauté au visage avec le massacre de Fourmies[2] et la grande grève de Carmaux[3]. Dès lors, je n’avais qu’un seul but : améliorer, simplifier, adoucir la vie de mes concitoyens, de tous mes concitoyens. Car le socialisme ne s’intéresse pas à la seule classe des ouvriers. Il veut fondre les classes dans une organisation du travail qui sera meilleure pour tous. Le socialisme, c’est l’humanité toute entière, en tous ses individus, en tous ses atomes, qui est appelée à la propriété et à la liberté, à la lumière et à la joie.» Pour rallumer tous les soleils, Jaurès a des idées : impôt progressif, éducation publique et gratuite, fin du travail des enfants, abolition de l’héritage, nationalisations des industries de transport…

De l’anti-capitalisme en somme. « Et alors ? On ne peut pas être humaniste et capitaliste ! Aujourd’hui, l’anti-capitalisme est mal perçu. Mais, comment réduire la crise sociale mondiale et les inégalités sans sortir du capitalisme. De même qu’en 1789, le peuple et la bourgeoisie se trouvèrent unis pour abolir les privilèges nobiliaires et les abus féodaux, de même,[…] le peuple et la bourgeoise doivent s’unir[aujourd’hui] pour abolir les privilèges capitalistes. »

De son vivant, l’élu de Carmaux n’aura jamais connu l’idéal pour lequel il s’est battu toute sa vie. Sauvagement assassiné par un jeune militant ultranationaliste, Raoul Villain, il n’en veut même pas à la justice française de n’avoir jamais condamné son meurtrier[4]. « Mon seul regret, c’est de n’avoir pas réussi à avoir empêché le conflit. Ironie de l’histoire, c’est moi, le pacifiste absolu, qui ai été le déclencheur de la Première Guerre Mondiale. Mes camarades socialistes ont eu une mauvaise lecture de ma mort. Ils ont cru qu’en adoptant une attitude belliciste, ils me vengeraient. Mais la seule chose qui pourrait me venger aujourd’hui, c’est l’avènement d’une société plus juste, tournée vers l’Homme et non pas vers l’argent, une société à l’écoute d’elle-même, une société qui sait dire stop aux immondices du capitalisme. Le courage, c’est de comprendre ce [système] et d’aller vers l’idéal ! » Pour l’Humanité ? Sans doute !

Samuel Duhamel


NB : les citations en gras et en italique sont celles de Jaurès, les autres ne sont que pure invention... mais respectent quand même un semblant de réalite !

[1] Groupe de marxistes, dirigé par Jules Guesdes, qui refusent la participation de socialistes aux gouvernements bourgeois de la IIIe République. Ce groupe deviendra le Parti Ouvrier français en 1880.
[2] La fusillade de Fourmies s'est déroulée le 1er mai 1891. L’armée tire sur des grévistes pacifiques tuant neuf personnes et faisant au moins 35 blessés
[3] En 1892, Jaurès soutient les mineurs en grève qui protestent contre le renvoi de leur maire et responsable syndical, Jean-Baptiste Calvignac, pour le seul motif qu’il est… maire et responsable syndical.
[4] Raoul Villain est jugé en 1919, alors que la France vient de gagner la Guerre. Les jurés considèrent alors que si Jaurès, le pacifiste, avait été écouté, la France aurait perdu le conflit. Son assassin, belliciste en 1914, est donc acquitté. La famille Jaurès devra payer les frais du procès.

Jean Jaurès en dix dates

3 septembre 1859 : naissance à Castres
1878 : reçu premier à l’Ecole normale supérieure
4 octobre 1885 : élu député du Tarn, il devient le plus jeune parlementaire de France
29 juin 1886 : mariage avec Louise Bois
21 janvier 1887 : il écrit son premier article dans un journal, La Dépêche de Toulouse
18 avril 1904 : premier numéro de L’Humanité dont il est le fondateur
12 novembre 1908 : discours à la Chambre contre la « peine immonde »
24 novembre 1912 : « Guerre à la guerre », discours au congrès de l’Internationale à Bâle
26 avril 1914 : réélu pour la quatrième et dernière fois aux législatives, à Carmaux (Tarn)
31 juillet 1914 : assassiné au café du Croissant par un militant ultranationaliste, Raoul Villain

Jaurès, un poète révolutionnaire

Si Jaurès est entré dans l’Histoire, ce n’est pas seulement pour son action politique débonnaire, courageuse et visionnaire. Jaurès, c’était avant tout un ton, un style, une voix… De celles qui vous embrasent et résonnent en votre âme pour toujours. Voici quelques unes des plus belles envolées lyriques de l’élu de Carmaux.

« Les hommes n’ont pas besoin de la charité qui est une forme de l’oppression ; ils ont besoin de la justice. »
in La question religieuse et le socialisme, 1891

« Même si les socialistes éteignent un moment toutes les étoiles du ciel, je veux marcher avec eux dans le chemin sombre qui mène à la justice [,] étincelle divine, qui suffira à rallumer tous les soleils dans toutes les hauteurs de l’espace. »
in La question religieuse et le socialisme, 1891

« L’argent, lorsqu’il s’arroge lui-même le droit de gouverner et de dominer, est dans la société humaine, la semence du diable. »
in Luther socialiste, 1892

« Lorsque sera réalisée la révolution socialiste, lorsque l’antagonisme des classes aura cessé, lorsque la communauté humaine sera maîtresse des grands moyens de production selon les besoins connus et constatés des hommes, alors, l’humanité aura été arrachée à la longue période d’inconscience où elle marche depuis des siècles, poussée par la force aveugle des événements, et elle sera rentrée dans l’ère nouvelle où l’homme, au lieu d’être soumis aux choses, réglera la marche des choses. »
in Idéalisme et matérialisme dans la conception de l’histoire, 1894

« La société actuelle, violente et chaotique, même quand elle veut la paix, même quand elle est à l’état d’apparent repos, porte en elle la guerre comme la nuée dormante porte l’orage. »
in Comme la nuée porte l’orage, 1895

« Il n’y a qu’un moyen d’abolir enfin la guerre entre les peuples, c’est d’abolir la guerre entre les individus, c’est d’abolir la guerre économique, le désordre de la société présente, c’est de substituer à la lutte universelle pour la vie un régime de concorde sociale et d’unité. »
in Comme la nuée porte l’orage, 1895

« Le courage, c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel. »
in Discours à la jeunesse, 1903

« Dans le monde capitaliste, il y a guerre permanente, éternelle, universelle, c’est la guerre de tous contre tous, des individus contre les individus dans une classe, des classes contre les classes dans une nation, des nations contre les nations […]. Le capitalisme, c’est le désordre, c’est la haine, c’est la convoitise sans frein, c’est la ruée d’un troupeau qui se précipite vers le profit et qui piétine des multitudes pour y parvenir. »
in Le congrès de Stuttgart et l’antimilitarisme, 1907

« Laïcité de l’enseignement, progrès social, ce sont deux formules indivisibles. Nous n’oublierons ni l’une ni l’autre, et, en républicains socialistes, nous lutterons pour toutes les deux. »
in Pour la laïque, 1910

« Ce qui importe avant tout, c’est la continuité de l’action, c’est le perpétuel éveil de la pensée et de la conscience ouvrières. Là est la vraie sauvegarde. Là est la garantie de l’avenir. »
in Derniers appels, 1914

Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?

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Un magnifique hommage de Jacques Brel à Jean Jaurès

15.2.08

Les ateliers d'écriture ou le plaisir de la page blanche

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Images et commentaires : Samuel Duhamel

8.2.08

Un film qui ne dérange personne

« On peut être un sot avec beaucoup d’esprit. »
François de la Rochefoucauld, Les Maximes

Ovationné au festival de Sundance, présenté au Festival de Cannes, première du festival international du film de Durban, Oscar de la meilleure chanson originale, Oscar du meilleur film documentaire, 25 millions de dollars de recettes, prix Nobel de la Paix 2007 pour Al Gore… Et pourtant !
Une vérité qui dérange, le documentaire d’Al Gore sur les conséquences du dérèglement climatique, a des airs de déjà vu. L’intention est louable : il s’agit de provoquer un choc salutaire pour éviter la disparition de l’espèce humaine dans les prochains siècles. Le défi est immense ; on attendait un film du même niveau. Mais en 1h38, on ne retient que deux choses du cours magistral de l’ancien vice-président des Etats-Unis : 1. le réchauffement climatique s’intensifie, 2. le réchauffement climatique engendre des catastrophes climatiques. C’est peu, trop peu d’autant qu’en marge au documentaire, on a le droit à une biographie détaillée du sexagénaire de Washington : Al Gore et son fils, Al Gore dans son bureau avec son ordinateur Apple (!), Al Gore à la ville, Al Gore à la campagne avec notamment ces phrases surréalistes dans un documentaire sur le futur de l’espèce humaine : « J’ai eu une enfance peu commune. […] J’avais un chien, un poney. Je pouvais tirer au fusil. Je pouvais me baigner dans la rivière. »
On est content de le savoir Al, mais tu ne nous aides pas beaucoup pour faire avancer le schmilblick… Emblématique de ce documentaire qui ne repose sur rien d’autres que des faits scientifiques connus depuis au moins dix ans, cette scène où une étudiante chinoise demande à Gore : « Mais comment pouvons-nous faire pour nous en sortir ? »
Et Albert de répondre : « Quand les menaces sont avérées, […] alors en tant qu’êtres humains, nous devons réagir ! »
Un peu courte l’explication. Pourtant, les étudiants applaudissent et Al, le tribun magnifique, peut repartir dans d’autres contrées prêcher la bonne parole.
Certes, on aura apprécié l’analogie entre l’espèce humaine sur la planète et la grenouille dans la marmite d’eau bouillante (la grenouille qui saute dans de l’eau bouillante s’en dégage aussitôt, mais elle reste dans une marmite qui se réchauffe petit à petit… jusqu’à cuire et mourir), certes, on aura apprécié la citation de Mark Twain reprise dans le film à bon escient: « Le danger, ce n’est pas ce qu’on ignore. C’est ce dont on est certain… et qui ne l’est pas réellement. »
Mais à part cela, qu’est-ce que l’on voit ? On voit Al Gore en hélicoptère, on voit Al Gore prendre l’avion, on voit Al Gore dans son 4*4… De l’indécence assumée en somme.
Yann Arthus-Bertrand a dit après avoir vu le film : « Gore a fait plus avec ce documentaire que moi dans toute ma vie. » C’est faux ! Pour réaliser ce documentaire, Gore a dû émettre en une année autant de gaz à effet de serre qu’une famille burkinabé ou tanzanienne en une vie entière. Une vérité qui dérange est un film consensuel qui plaira à tous ceux qui ferment les yeux depuis les années 70. C’est peut-être cela qui est dérangeant au fond…

Samuel Duhamel

Une vérité qui dérange [An inconvenient truth] de David Guggenheim avec Al Gore, 2006
Documentaire, 1h38, distribué par United International Pictures

Une vérité qui dérange (bande annonce)

Mais alors que faire ?

A la fin du film, Al Gore propose des solutions simples et concrètes pour sauver la planète (il s’agit en fait de sauver l’espèce humaine mais Al n’est pas à une approximation près…).
Ainsi, on vous explique sérieusement (!) qu’il faut « acheter une voiture hybride », « défendre les véhicules qui roulent aux biocarburants », « dire à nos amis de regarder le film » ou encore « prier le Seigneur pour que ça change (!!!) ».

Pour léguer un monde potable à nos enfants, il faudra faire plus, beaucoup plus. Voici quelques pistes :
- N’achetez pas de voiture. Si vous avez vraiment besoin d’une voiture, louez-la. Sinon, achetez-la à plusieurs avec votre femme, votre mari, votre soeur ou mieux avec vos amis ou vos voisins. Si vous ne pouvez pas faire autrement, attendez l’année prochaine avant d’acheter : des voitures solaires seront disponibles. Si vous achetez une voiture, respectez scrupuleusement le code de la route, vous serez moins dangereux et vous polluerez moins. N'oubliez pas non plus de bien gonfler vos pneus et de faire réviser votre caisse régulièrement.
- Ne prenez plus l’avion. Demandez à vos dirigeants de mettre en place un système de restrictions pour les voyages en avion (un aller-retour maxi par an et par personne). Demandez à vos dirigeants de taxer le transport aérien. Demandez à vos dirigeants d’interdire les survols des villes de 22h à 7h du matin. Demandez à vos dirigeants d’abolir les compagnies low-cost. Si vous prenez l’avion, reversez une compensation volontaire pour la pollution engendrée à des associations de lutte pour l’environnement. Si vous prenez l’avion, restez sur votre lieu de destination au moins un mois. Pour aller sur d’autres continents, tentez de prendre le bateau. Pour voyager en Europe, prenez le train.
- A ceux qui disent que vous détruirez de l’emploi, répondez que les productivistes détruisent les conditions de vie des générations futures. Répondez que l’écologie est porteuse d’emplois dans des secteurs innovants (isolation, énergies renouvelables, économies d’énergie, recyclage, transports publics…).
- N’achetez que des produits locaux. Entre des produits bio du Vénézuela et des produits traditionnels de votre région, choisissez les seconds. Demandez à vos dirigeants de surtaxer les produits qui viennent d’autres continents. A ceux qui disent que vous contribuerez à plomber le commerce extérieur, répondez que généralement les producteurs du Sud ne sont mêmes pas capables d’acheter les produits qu’ils envoient chez nous. Au moins, si les produits restent là-bas, les autochtones pourront en profiter.
- Demandez à vos dirigeants de diminuer progressivement le nombre de courses automobiles (Enduropale, rallyes en tout genre, F1, motos, Dakar...) jusqu'à les supprimer totalement dans les années à venir.
- Votez pour les Verts, adhérez à Greenpeace ou aux Amis de la Terre, lisez la Décroissance, Silence, L’âge de Faire, préférez Le cauchemar de Darwin à Une vérité qui dérange.
- Préférez les ouvrages de Cochet, Sinaï, Ellul, Illich, Gorz, Beck, Dumont à ceux de Hulot, Arthus-Bertrand, Juppé ou Lepage.
- Travaillez moins pour gagner moins et vivre mieux.
- Achetez moins. A ceux qui vous disent que vous allez engendrer une récession, répondez que le bonheur spirituel est accessible avec peu de biens matériels.
- Demandez à vos dirigeants de taxer la publicité, activité vaine et destructrice.
- Prenez conscience que l’écologie est une lutte, qu’elle ne fait pas consensus, qu’elle nécessite des efforts et des concessions…
- Réfléchissez bien avant de faire un enfant.
- N’achetez pas d’écran plat.
- Ne jetez plus, ne gâchez rien !
- Ne tirez pas la chasse d’eau pour un petit pipi. Si votre compagne-on est d’accord, installez des toilettes sèches chez vous (une poubelle, un sac et des copeaux de bois suffisent).
- Dîtes vous que le progrès, ce n’est pas forcément synonyme de technologies nouvelles. Dîtes-vous que le vrai progrès en Occident, ce n’est pas plus mais moins.
- Arrêtez de croire que le PIB est un indicateur de référence.
- Doutez de vous, de vos connaissances, de celles des autres. Soyez un(e) citoyen(ne) responsable.
- Faîtes du sport, faîtes l’amour, jouer aux cartes avec vos potes, aller au cinéma, au théâtre, au musée, louez des DVD, rendez visite à votre famille en vélo ou en train, allez vous promener, engagez-vous dans une association, prenez le temps de vivre…

Samuel Duhamel

31.1.08

Sur la piste des jeux

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Images et commentaires : Samuel Duhamel

24.1.08

Découvrez l'aquafeeling !

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9.1.08

Réussir ses photos, c'est possible

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Zidane, le dernier « au revoir »

Ses deux coups de tête rageurs en finale de coupe du monde, son transfert au Real Madrid – le plus cher l’Histoire du football –, sa reprise de volée splendide en finale de la Ligue des Champions, ses deux buts pour sa première sélection en bleu, ses roulettes made in Castellane, sa panenka face à Gianluigi Buffon… Au final, que retenir de l’exceptionnelle carrière de Zinedine Zidane ?

C’est cette question que posent Alix Delaporte et Stéphane Meunier dans leur documentaire, Le dernier match (production 2P2L). En moins d’une heure et quart, ils passent en revue les grands moments de la vie professionnelle du maestro, de ses débuts à Cannes jusqu’à son coup de sang lors de la finale du mondial 2006. On pensait avoir déjà tout vu… Erreur ! Le documentaire ne s’arrête pas seulement sur les principales victoires et les plus beaux dribbles de Zidane. Il va bien au-delà…

Grâce à une complicité tissée durant dix ans, Meunier a pu rentrer dans l’intimité du joueur et saisir comment le petit Yazid est devenu le grand Zidane. Des débuts prometteurs à la Bocca jusqu’aux exploits au stade Bernabeu, le joueur s’est forgé un mental à toute épreuve. Il a puisé sa force dans la fragilité existentielle de ses parents. Il a travaillé d’arrache-pied pour fructifier son talent et rester toute sa carrière un ton au-dessus des autres sur le terrain. Il a réfléchi au sens de sa carrière, de son génie, de sa vie… pour conquérir tous les titres possibles et imaginables.

Dans le documentaire, on découvre un Zidane simple, humble et accessible. Un homme qui a fait rêver des millions de supporteurs mais pas seulement… Pour la première fois, on entend des footballeurs de premier plan raconter leur admiration pour l’ancien milieu de terrain. De Beckham avouant l’éviter sur le terrain par peur d’être ridiculisé, jusqu’à Abidal qui utilisait son pied droit juste pour lui plaire… Mais l’histoire du dernier match est surtout celle de la famille Zidane, venue encourager leur héros pour son ultime rencontre avec Madrid. La séquence est intense, elle dépasse largement le cercle du sport pour entrer dans celle du rêve, un rêve qui s’achève pour ses proches, pour son public, pour tous les amateurs de ballon rond…

Porté par la voix suave de Roschdy Zem et par une entraînante chanson de Delphine Labey, le documentaire mérite donc le détour. Riche en intervenants (Lippi, Ancellotti, Dugarry, Lizarazu, Vieira…), soigné au niveau du cadre et de la lumière, le dernier match rendra nostalgiques tous les supporteurs des bleus, archi-gâtés par leur champion ces dix dernières années. Il donnera des frissons à tous les footeux, transportés par la divine élégance du génie, ballon au pied. Il fera pleurer les supporteurs français, regrettant déjà les partitions inégalables du maestro marseillais… Car comme le dit Yannick Noah : « Sans Zidane, on gagnera peut-être encore… mais plus jamais de la même façon. » Voilà sans doute ce qu’il faut retenir de la fabuleuse carrière du plus grand des numéros 10…

Samuel Duhamel

Le dernier match, d’Alix Delaporte et Stéphane Meunier, 72 min
Prod : 2P2L, 2007
19 € 99

28.12.07

Les Découvertes lilloises

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Images et commentaires : Samuel Duhamel

Léguer à un organisme caritatif

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28.10.07

Promenade filmée de Cormontaigne... au Groland !

En marge de la campagne des municipales, la semaine dernière, une chaîne de télévision a filmé le quartier, de la place Cormontaigne à la rue Roland. Le reportage, destiné au public senior d’un nouveau réseau câblé, a ciblé des propos qui se voulaient sérieux. Mais cela n’a pas empêché une dose d’humour des participants quand, par exemple, le groupe de promeneurs s’est retrouvé dans la présipauté de la rue (G)Roland.

La semaine dernière, au milieu d’une promenade « de campagne » en milieu urbain, une caméra a braqué son objectif sur quelques sites et habitants du quartier. Aux commandes, Samuel, jeune JRI (journaliste reporter d’images) ayant fait ses études à Lille. Il n’a pas oublié la capitale des Flandres en proposant un certain nombre de sujets nordistes aux producteurs d’une émission baptisée « Temps libre » et destinée à être diffusée – via le câble, le satellite ou le web – sur une nouvelle chaîne de télévision parisienne. Le public de ce nouveau média créé à l’initiative de Philippe Gildas ? « Les plus de 45 ans », précise Samuel qui a eu l’occasion de filmer là quelques artères de Vauban plus que d’Esquermes.

Scènes insolites

Au centre de son reportage, un militant évoquant le passé, le présent et l’avenir de ce secteur lillois. Mais la caméra a aussi enregistré les témoignages de riverains qui ont accompagné le groupe. Comme elle s’est arrêtée sur quelques scènes insolites : un chien portant un noeud papillon coloré ou un pélican dessiné sur une façade de bâtiment, non loin de la place Catinat. À signaler, enfin, un arrêt devant les célèbres plaques de la rue Roland, corrigées en « Groland » par quelque étudiant plaisantin. Au final, des prises de vue et des tranches de vie diurnes et nocturnes, que certains téléspectateurs ou internautes découvriront dans quelques semaines. Décidément, la ville n’en finit pas d’attirer les regards... • CH. D. (CLP)

27.9.07

Rencontre du troisième T.P.

Jeudi 27 septembre. 18 heures 46. Par un concours de circonstances extraordinaire, je me retrouve seul-à-seul avec Tony Parker[1], pour une petite interview au Hyatt Vendôme, le luxueux hôtel de la rue de la Paix dans le IIe arrondissement à Paris. A peine le temps de lui poser trois questions…

Tony Parker, vous organisez une soirée de gala ce soir pour l’association Make a wish [2] que vous parrainez. Pourquoi est-ce important de se mobiliser pour la cause défendue par cette organisation ?
TP : C’est quelque chose qui me tient vraiment à cœur. J’aime bien aller au contact des jeunes et il y a deux ans, je me suis engagé après une rencontre avec un petit malade. C’est lui qui m’a donné envie de m’investir dans cette œuvre caritative. Et avec ma mère, on a decidé de donner du temps à Make a wish parce que tu vois, ma vie c'est un peu comme un rêve quand même. J’en ai pris conscience et donc maintenant, j’ai envie d'aider les autres, de recolter de l’argent et de rendre la vie plus douce aux enfants de 3 à 18 ans qui sont en phase terminale.

Vous dîtes que votre vie est un rêve. La prochaine étape de ce rêve, c'est la légion d'honneur que vous allez recevoir du président Sarkozy ?
TP : Oui, ça me fait plaisir ! En fait, c'est plus mon entourage qui est excité parce que moi, j'ai du mal à m’en rendre compte. Jamais j'aurais imaginé recevoir une telle récompense. C'est un honneur, je suis très, très content : c'est pas tous les jours qu'on peut aller à l'Elysée. Ca va être super d’y aller avec ma famille et mes amis...

Le championnat de basket de Pro A (première division française) reprend demain. Vous avez des favoris ?
TP : Je supporte mon frère [3] évidemment et donc je vais suivre Nancy. D'ailleurs, je vais aller les voir jouer ce samedi mais je n’ai pas de favori pour le titre. Je ne m'y connais pas assez... Tout ce que je sais, c'est que tout peut arriver dans ce championnat parce que la finale se joue en un seul un match !

18 heures 49. L'interview a duré trois minutes montre en main. Son souvenir restera gravé dans ma mémoire sans doute plus longtemps...

Samuel Duhamel

[1] Pour les extraterrestres qui ne connaîtraient pas Tony Parker, sachez qu’il est le basketteur français le plus doué de l’histoire. Il a été le plus jeune meneur de jeu titulaire dans l'histoire du championnat américain (National Basketball Association - NBA) à 19 ans et 173 jours, il a gagné trois fois le championnat NBA (2003, 2005, 2007) considéré comme le plus relevé au monde, il a été élu meilleur joueur de la finale 2007 et a été sélectionné en 2006 et 2007 au All-Star Game, le match d'exhibition entre les meilleurs joueurs du championnat américain.

[2] Make a wish est une association sans but lucratif qui fonctionne grâce au travail de bénévoles. Leur mission est de réaliser le vœu d’enfants atteints de pathologies lourdes. L’histoire de Make a Wish a commencé aux Etats-Unis en 1980. Aujourd’hui, l’association a « réalisé plus de 100 000 vœux » grâce au travail de 50 000 volontaires.

[3] Terence Jonathan Parker, le frère de Tony, joue meneur de jeu dans l'équipe de Nancy.

26.9.07

Docteure Roselyne et misses Bachelot

Joviale et avenante comme à son habitude, Roselyne Bachelot a présenté aujourd'hui le budget que consacrera l’Etat à la Jeunesse et aux Sports en 2008. Au total, c’est plus d’un milliard d’euros qui sera consacré à ce ministère, soit environ 0,4 % du budget de l’Etat.

Mais outre ce chiffre brut, l’information principale de la conférence de presse organisée par Bachelot concerne la ministre elle-même. D’un côté, l’ancienne députée de Maine-et-Loire fait preuve de bon sens et de solidarité en assurant que, dorénavant, les athlètes paralympiques toucheront une prime analogue à celle de leurs collègues valides en cas de médaille aux Jeux Olympiques. 50 000 euros pour l’or, 30 000 pour l’argent et 20 000 pour le bronze… Une enveloppe de près de 5 millions d’euros est d’ailleurs prévue pour féliciter et remercier nos futurs champions lors des JO de Pékin. [1]

De l’autre, la Sarkozette annonce qu’elle pense se rendre deux fois dans la capitale chinoise en août et septembre prochains : une fois pour y soutenir les Tricolores valides, une autre pour y encourager les bleus handicapés… Mais quelle mouche l'a donc piquée pour qu'elle ose sortir une ineptie pareille ? Un aller / retour Paris – Pékin représente un voyage de 16 440 kilomètres en avion, soit 264 000 litres de kérosène consommés[2]. Pour une ministre, passe encore ! Mais remettre le couvert deux semaines plus tard, c’est vraiment ne rien comprendre à l’expression « changer de modèle de société ». Si Bachelot tient son « engagement », elle aura, brûlé à elle-seule 1 200 litres de pétrole en à peine deux semaines, juste pour ce double voyage. 1 200 litres de pétrole, c’est ce que consomme le Burkinabé moyen en un an… pour couvrir l’ensemble de ses besoins en énergie.
Décidément Chirac avait raison : la maison brûle et nous regardons ailleurs…

Samuel Duhamel

Ps : Roselyne Bachelot a été ministre de l’Ecologie et du développement durable entre 2002 et 2004.


[1] Le budget alloué aux primes ne semble pas trop mince lorsqu’on sait qu’à Athènes en 2004, les athlètes handicapés tricolores avaient obtenu 74 médailles, soit 41 de mieux que les valides.
[2] Source : www.info.effetdeserre.fr

20.6.07

Bernadette Chirac, madâme de fer

C’est l’histoire d’une première Dame de France qui, grisée par les sirènes du pouvoirs, en oublie son humanité. C’est l’histoire d’une élue corrézienne qui, mariée au Président de la République, se prend pour la Reine du pays. C’est l’histoire d’une pauvre vieille femme qui, restée trop longtemps dans l’ombre, veut prendre sa revanche sur la vie.
L’héroïne de Madâme, le dernier documentaire de John Paul Lepers (Elysez-moi, En avant, marche !...) et de Jean-Sébastien Desbordes, s’appelle Bernadette Chirac. On l’a tous lue, vue, écoutée sans jamais avoir réussi à la cerner. D’elle, on ne connaît vraiment que ses coupes de cheveux déjantées et ses élans de générosité, à coups de pièces dorées. Le film de Lepers lève le voile sur le reste. On y découvre une suzeraine autoritaire qui ne supporte pas la critique ou la remise en cause de son statut de femme d’Etat. Sa méfiance envers les citoyens trop irrespectueux ou pas assez obséquieux est saisissante. Alors, quand Lepers et son équipe débarquent aux réunions publiques où elle se rend, la vieille dame se raidit. Chirac est une bourgeoise réservée et froide. Fille d’aristocrates parisiens, née Chodron de Courcelles, elle contraste singulièrement avec son paysan de mari… A l’Elysée, pendant douze ans, elle s’est comportée en être supérieur avec son entourage alors que la Constitution de la Ve République ne lui garantissait aucun pouvoir. Et pourtant ! Autocensure des journalistes, servilité des employés de l’Elysée, soumission de ses adversaires politiques corréziens… Son influence a été énorme.
Le film est basé sur l’opposition, imposée par la dame de fer, entre elle et Lepers. Ce dernier apparaît souvent à l’image, sans doute plus qu’elle. Mais n’y voyez pas de tentation du « je » ou de narcissisme primaire. Le journaliste se montre parce qu’il souhaite aller l’encontre de Bernadette Chirac, parce qu’il veut la comprendre. Certes, quelques questions révèlent un poil de mauvaise foi ou d’arrogance. Et alors ? L’important est ailleurs. La grandeur du documentaire réside dans l’affrontement entre une Chirac, engoncée dans ses certitudes, qui se considère supérieure au reste de la population et un Lepers, qui sincèrement, intellectuellement, presque naïvement, ne comprend pas pourquoi une femme de Président peut agir en monarque absolue dans une République. Le choc des cultures est captivant.
Au-delà de ce dialogue de sourds entre les deux protagonistes, le film recèle une part d’enquête fort attrayante : on y découvre par exemple les mensonges proférés publiquement sur les quantités de pièces jaunes récoltées, les collusions entre la Chiraquie et TF1 via Anne Barrère, ancienne conseillère de la « Présidente » et épouse de Robert Namias, directeur de la rédaction de la première chaîne, les détournements de moyens publics à des fins privées, les abus de pouvoir de la première Dame de France sur ses terres corréziennes… Un vrai régal !
Rythmées par d’agréables phrases musicales de Romain Dudek, les séquences du film contiennent des perles comme cet échange entre Lepers et les policiers chargés de surveiller l’entrée du château de Bity, propriété des Chirac, ou cette discussion à bâtons rompus avec les amis Milou et Jean-Pierre, des voisins du couple présidentiel. Intéressant, séduisant, instructif : Madâme est un documentaire d’actualité réussi. A voir absolument !

Samuel Duhamel

Madâme, le film de John Paul Lepers et Jean-Sébastien Desbordes, production : 17 juin média et On y va ! média, 90 min, 2007

Pour aller plus loin : - http://www.latelelibre.fr/ (la télévision indépendante de la bande à Lepers sur Internet)
- http://blog.romaindudek.net (le blog politique et musical de Romain Dudek, le compositeur des musiques du documentaire), avec un extrait juste là.

14.6.07

Clearstream par Denis Robert

Raconter la vérité, rien que la vérité, toute la vérité sur une nébuleuse opaque de la finance internationale… Voilà la mission périlleuse que s’est donné le journaliste Denis Robert en écrivant Clearstream, l’enquête. Bien lui en a pris. Devenu l’un des sujets d’actualité les plus brûlants des derniers mois, le volet politico judiciaire de l’affaire Clearstream reste un sujet abscond pour les citoyens non-initiés aux pratiques perverses des chambres de compensation. Il fallait donc un livre pour éclaircir les zones d’ombre et rappeler, fait après fait, tenants et aboutissants du « plus improbable steeple-chase judiciaire de ces trente dernières années ».

L’objectif est largement atteint. Rien d’étonnant à cela : après deux livres (Révélation$ et La Boîte noire, éd. Les Arènes) et deux enquêtes télé (Les Dissimulateurs et L’affaire Clearstream racontée à un ouvrier de chez Daewoo, prod. The factory), Denis Robert est devenu le spécialiste des dérives de la banque des banques. Le livre répondra donc à toutes les questions qu’un citoyen en alerte est en droit de se poser sur les errements de la société luxembourgeoise et sur ses incidences hexagonales. Quelles sont les responsabilités de Villepin et Chirac ? Sarkozy est-il totalement innocent dans cette histoire ? Pourquoi Jean-Louis Gergorin, dit le corbeau, a-t-il envoyé des listes contenant de fausses transactions financières au juge Renaud Van Ruymbeke ?, Les services secrets français sont-ils utilisés à des fins personnelles par les gouvernants ?...

Précis et rythmé, le récit contient de savoureuses anecdotes sur l’inimitié entre Sarkozy et Villepin. Parmi elles, la déclaration de l’ancien Premier ministre, à la lecture des fausses listes de Gergorin, où figure le nom de l’actuel Président : « Ca y est, on le tient ! Si les journalistes font leur travail, et s’ils ont des couilles, il ne survivra pas à cette affaire-là. » La riposte de Sarkozy n’est pas mal non plus : lorsqu’il se sait complètement innocenté, il dépose une plainte avec constitution de partie civile et affirme vouloir « pendre à un croc de boucher celui qui a fait cela. » A l’autre bout de la chaîne, Chirac et Villepin doivent trembler de peur…

Un seul regret toutefois : l’ouvrage raconte parfois davantage la manière dont Denis Robert a vécu l’affaire Clearstream que l’affaire Clearstream elle-même. Les passages où l’auteur décrit ses impressions et ses sentiments sont peut-être trop nombreux eu égard à l’absence d’interviews ou de témoignages extérieurs. Un aspect négatif qu’on oublie fort vite, tant le fond du dossier est captivant.

Samuel Duhamel


Clearstream, l’enquête de Denis Robert, les Arènes, Paris, 2006, 19 € 80

Affaire Clearstream 2 : qui a fait quoi et que s’est-il passé ?

Pour les lecteurs souhaitant savoir, dans les grandes lignes, ce que contient le volet politico judiciaire de l’affaire Clearstream, voici une synthèse revenant sur les faits et les implications de chacun. Ce résumé est issu de livre de Denis Robert, Clearstream, l’enquête.

« Ma seule obsession, depuis le début de cette aventure, a été la vérité. C’est un peu con à dire. Sans doute présomptueux. Mais c’est ainsi. Soyons pragmatique… Qu’est-ce que la vérité ? Le contraire du mensonge et de la communication. L’information. »

Denis Robert

A la suite de Denis Robert, de nombreux journalistes ont pertinemment disjoint le volet financier du dossier – dit affaire Clearstream 1 – de son aspect politique – dit affaire Clearstream 2 –. Robert est un spécialiste de la chambre de compensation luxembourgeoise. Il connaît donc les deux facettes de l’intrigue sur le bout des ongles. Il a consacré deux livres[1] au premier volet de l’histoire. Ils racontent comment Clearstream, une chambre de compensation internationale, a dissimulé des transactions financières, a blanchi de l’argent sale et a noirci de l’argent propre au profit de multinationales et de riches individus. Les sommes détournées ou cachées se mesurent en dizaines de trillions d’euros (13 zéros…) dans certains cas.

L’information financière : le nerf de la guerre
L’affaire Clearstream 2, celle qui nous intéresse ici, est en quelque sorte la conséquence française des dérives révélées par Denis Robert dans ses deux premiers ouvrages sur la banque des banques luxembourgeoise. Opposé à Clearstream et à ses banques partenaires pour diffamation dans une vingtaine de procès – qu’il remportera d’ailleurs quasiment tous –, Robert est un jour contacté par Imad Lahoud, gendre d’un ancien directeur de cabinet de Chirac, François Heilbronner. A l’origine, en 2003, Lahoud déclare à Robert qu’il est impressionné par la qualité de son travail sur Clearstream et qu’il dispose d’informations pouvant l’intéresser. Informaticien, grand boursicoteur et spécialiste du hacking, Lahoud a le profil idéal pour aider Denis Robert dans ses recherches sur les procédés corrupteurs de la firme du Luxembourg. En réalité, l’ancien trader est missionné par la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) à la demande de Jean-Louis Gergorin. Ce dernier, numéro 2 du groupe EADS, principal vendeur d’armes et d’avions français, et membre du clan Chirac, a fait croire au gouvernement Villepin que son ami Lahoud a réussi à hacker le système informatif de Clearstream et qu’il y a découvert des comptes cachés aux noms de Strauss-Kahn, Chevènement, Madelin… et surtout Sarkozy. Le but de Gergorin et de Lahoud est de récolter un maximum d’informations sur Clearstream et sur les transactions réalisées par leurs adversaires politiques. L’information financière est en effet le nerf de la guerre politique car elle constitue un incroyable moyen de pression. Gergorin et Lahoud cherchent alors à obtenir des renseignements obtenus par Denis Robert après quatre ans d’enquête sur Clearstream. Séduit par les promesses de Lahoud et ses connaissances du dossier, Robert accepte de lui transmettre une liste contenant plus de 33.000 références de clients.
Le nœud de l’intrigue est alors noué. Chacun y trouve son intérêt. Lahoud et Gergorin obtiennent des informations confidentielles sur Clearstream auprès de Robert. Denis Robert se sent soutenu par un hacker de génie (Lahoud) et voit son enquête se poursuivre à l’échelon national. Villepin et Chirac sentent qu’ils peuvent décrédibiliser Nicolas Sarkozy pendant de longs mois car son nom figure sur la liste du réseau de corruption de Clearstream. Sauf que la liste est fausse. A l’époque (mi-2004), seuls Lahoud et Gergorin le savent…

Où Gergorin devient le corbeau…
Zélé autant que malhonnête, Gergorin va alors envoyer les faux listings au juge Renaud Van Ruymbeke, lui demandant de vérifier leur exactitude. Il sait qu’analyser des fichiers informatiques opaques, comme ceux de la finance internationale, réclame du temps, beaucoup de temps. Suffisamment en tout cas pour que Strauss-Kahn et Sarkozy soient plombés juridiquement et médiatiquement jusqu’à la présidentielle. C’est ainsi qu’il envoie les premiers courriers anonymes au juge qui décide d’instruire l’affaire. Ces derniers contiennent des comptes et des preuves de commissions qui auraient bénéficié à une soixante d’initiés, dont Sarkozy, Madelin, Chevènement… Le corbeau est né, l’affaire Clearstream 2 aussi.

Une manipulation savamment orchestrée
Le pari de Gergorin et Lahoud est réussi. Villepin se délecte de savoir que son meilleur ennemi Sarkozy va être inquiété par la justice. Chirac évoque en interne un troisième mandat. Bref, tout va pour le mieux en Chiraquie. Jusqu’à ce qu’un jeune auditeur de la multinationale Arthur Andersen contacte Denis Robert. Florian Bourges explique au journaliste qu’il détient de nombreuses informations sur la firme luxembourgeoise. Il a en effet participé à l’audit de la banque des banques en 2001. Durant cet audit, Bourges a repéré de nombreuses anomalies et il tient à en faire part à Denis Robert pour apporter de l’eau à son moulin. Spécialiste des procédures informatiques et désireux de voir condamner les responsables du réseau de corruption Clearstream, il prend contact avec le juge Van Ruymbeke pour l’aider dans son instruction. Ce dernier lui confie alors l’un des CD-Roms que le corbeau lui a envoyés. La surprise de Bourges est totale : les listes contenues sur le CD-Rom sont en fait la base de son travail d’audit de 2001, à laquelle des noms falsifiés ont été ajoutés. Bref, les données envoyées par le corbeau sont fausses. Sarkozy, Madelin et les autres n’ont pas touché de commissions occultes, ils n’ont rien voulu cacher dans la boîte noire de Clearstream. Tout cela n’est que dissimulation.

Haine Sarkozy – Villepin
L’affaire se termine-t-elle ici ? Pas vraiment ! Le Premier ministre Villepin est persuadé que les listes de Gergorin détiennent une part de vérité. Il ne souhaite donc pas transmettre le rapport de la Direction de la surveillance du territoire (DST) qui blanchit les politiques incriminés. Les mois passant, Van Ruymbeke se rend compte de la manipulation et finit par cesser son instruction. Comme les autres, Sarkozy est innocenté. Mais le futur Président n’a pas apprécié de voir le doute et la honte le poursuivre durant de longs mois. Villepin aurait pu le libérer du poids qui pesait sur lui de longue date. Il ne l’a pas fait. La revanche de Sarkozy sera terrible : il dépose plainte avec constitution de partie civile pour dénonciation calomnieuse. En ligne de mire directe : Lahoud, auteur des fausses listes, Gergorin, le corbeau, Villepin et Chirac qui ont voulu se débarrasser d’un rival avec une sinistre affaire judiciaire. Pour l’instant, seuls les deux premiers ont été mis en examen mais il semble que l’on ait pas fini d’entendre parler de l’affaire Clearstream…

Samuel Duhamel

[1] Révélation$ et La Boîte noire, éd. Les Arènes

25.5.07

Contre la croissance, le progrès

« Sur une planète physiquement limitée comme la nôtre, une croissance illimitée des productions matérielles est clairement impensable. » Une évidence, non ? Pas tant que çà au vu des déclarations de 95% de nos dirigeants. A droite, à gauche et au centre, on reste persuadé, après 250 ans de productivisme, que la solution de tous nos maux réside dans le toujours plus. Contre le chômage, la croissance. Contre la misère, la croissance. Contre la dette, la croissance. Contre le dérèglement climatique, la croissance…
L’ouvrage de Christian Comeliau, La croissance ou le progrès ?, renverse cette idée répandue avec brio et intelligence. Sans dogmatisme, il démonte les artefacts de l’idéologie dominante et souligne les limites du système capitaliste. Accroissement des inégalités, augmentation du nombre de miséreux, destruction de la planète…, la croissance du PIB a engendré de nombreux maux, sans apporter de solutions aux problèmes qui rongent nos sociétés.
La force du livre de Comeliau consiste à montrer que les fruits de l’accumulation des richesses profitent d’abord aux nantis. Si une minorité de privilégiés accèdent au confort et à l’abondance, c’est uniquement parce qu’une majorité de sans-grade sont contraints au dénuement. « Nous demandons à la Terre plus qu’elle ne peut nous donner », résume Comeliau, reprenant à son compte le discours de l’écologiste américain Lester Brown. Mais alors pourquoi avancer toujours plus vite si nous avons pris la mauvaise direction ? Egoïsme, mimétisme, poids des habitudes, paresse intellectuelle…, les causes de notre aveuglement sont innombrables. Le défi à relever est donc immense…
Malgré les difficultés, le livre ne sombre pas dans le catastrophisme. Il présente moult remèdes aux fléaux qui heurtent notre civilisation : adoption d’autres indicateurs de progrès social (BIP 40, ISS, IDH, empreinte écologique…), priorité accordée à la lutte contre l’indigence grâce à la régulation et la redistribution, sortie de l’économisme ambiant et recherche de l’équité, de l’autonomie et de la convivialité des relations humaines…
Si le pouvoir politique actuel ne réussit pas à construire une société juste et équilibrée, c’est qu’il utilise des moyens injustes et partiaux. En appeler à la croissance est un manque de responsabilité envers les générations futures et les peuples miséreux. Pour Comeliau, il faut imaginer un autre avenir, changer de paradigme pour pouvoir enfon vivre ensemble sur la planète. A la lecture de son livre, difficile de ne pas être d’accord avec lui !

Samuel Duhamel

La croissance ou le progrès ?, Croissance, décroissance, développement durable, Christian Comeliau, Seuil 2006, Paris, 23 €

17.5.07

Ca sent la défaite !

23 avril 2007, 19h50, au café citoyen à Lille. Tout le monde espère qu'il ne sera pas là... Malheureusement, il arrive en tête. Les réactions entre amerture et espérance...


Samuel Duhamel à l'image, à la rédaction, au montage et au mixage

Les sans-papiers en veulent à Lambersart !

Début avril 2007, la campagne présidentielle bat son plein mais des dizaines de milliers de sans-grade restent écartés des débats publics. Ce sont les sans-papiers. Pour faire face à l'indifférence, il leur reste la lutte. Reportage à Lambersart.

Sophie Sassard à la rédaction et au mixage, Samuel Duhamel à l'image et au montage

Europe : pourquoi l'indifférence ?

Au même titre que la décroissance ou les retraites, l'Europe a été laissée de côté pendant la campagne électorale. Pourtant, 70% de nos lois sont d'origine continentale. Alors, pourquoi ce snobisme ?

Laure Boutin à la rédaction et au mixage, Samuel Duhamel à l'image et au montage

Contre l'asthme... le sport

Depuis trois ans, les acteurs institutionnels de la région Nord-Pas-de-Calais se mobilisent lors de la Journée mondiale de l'asthme. Cette année, le thème de cette journée était "Asthme et activité physique". Reportage au centre hospitalier de Roubaix.

Anthony Clément à la rédaction et au mixage, Samuel Duhamel à l'image et au montage

Bomy et le vote CPNT

Bomy est un village du Nord-Pas-de-Calais ayant voté en masse pour Jean Saint-Josse en 2002. Tentatives d'explication à quelques jours du premier tour de l'élection de 2007.

Anthony Clément à la rédaction et au mixage, Samuel Duhamel à l'image et au montage

19.4.07

Sarkozy ou l'incohérence

"Je ne demanderai jamais la remise en cause des acquis sociaux mais je souhaite que l'on fasse le tri entre ce qui est acquis social et ce qui n'est que le produit d'une habitude, d'une lâcheté, d'un oubli. [...] Ce n'est pas un acquis social que de pouvoir bénéficier d'un minimum social sans être contraint en contrepartie d'avoir une activité."
Nicolas Sarkozy, 11 juin 2005, lors d'une réunion devant le millier de cadres du parti

Nicolas incohérent.mp3

Un mégalomane dangereux

"J'ai tous les patrons de presse avec moi."
Nicolas Sarkozy, cité par Le Canard Enchaîné, 18/05/05
Nicolas tout puissant.mp3

Vers une société égoiste et repliée sur elle-même

"Je suis là pour faire un travail, et mon travail, c'est de débarrasser la France des voyous, je ne vais pas me gêner. "
Nicolas Sarkozy, Paris, cité par Le Monde du 5 juin 2005

Nicolas le diviseur.mp3

Un mauvais bilan

"Les forces de police ont besoin d'être considérées, respectées, j'allais dire aimées."
Nicolas Sarkozy, Corbeil-Essonnes, mai 2002, cité par Libération du 17 mai 2002

Nicolas bilan pourri.mp3

Un programme qui aide les riches

"L'homme n'est pas une marchandise comme les autres."
Nicolas Sarkozy, discours lors de rencontres UMP à Saint Etienne, jeudi 9 novembre 2006. Cité par Canal+, samedi 11 novembre 2006.

Nicolas programme.mp3

Sarkozy est un menteur

"J'inclinerais, pour ma part, à penser qu'on naît pédophile, et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie. Il y a 1200 ou 1300 jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n'est pas parce que leurs parents s'en sont mal occupés ! Mais parce que, génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable".
Nicolas Sarkozy, 10 avril 2007, lors d'une discussion avec Michel Onfray, dansPhilosophie Magazine n°8, mars 2007.

Nicolas menteur.mp3

Non au petit caporal !



Nicolas le petit

Le devoir premier du journaliste réside dans l’impartialité avec laquelle il rapporte les informations collectées. C’est son gage d’indépendance et d’exemplarité. Critiquer les faibles lorsqu’il y a lieu de le faire, applaudir les forts quand ils le méritent font partie de sa mission, certains diront de son sacerdoce. Mais de rares situations imposent de rompre avec cette logique d’objectivité, notamment lorsqu’un homme peut faire vaciller le destin d’un pays.
Je n’ai jamais vraiment estimé Nicolas Sarkozy. Tout ou presque me différencie de lui : le corpus idéologique, l’appétit infini pour les fonctions électives ou les responsabilités partisanes[1], le regard manichéen sur le clivage gauche - droite… En un mot, le petit Nicolas dispose du parfait CV pour être un adversaire politique de l’écologiste que je suis. Mais les années passant et l’exposition médiatique du balladuro-chiraquien s’accroissant, je me suis rendu compte que Sarkozy était beaucoup plus qu’un homme politique de droite traditionnel. Ou plutôt beaucoup moins…


L'incohérence comme devise
Comme à de nombreux citoyens, Nicolas Sarkozy me fait peur. D’abord, parce que continuellement à l’écoute des idées en vogue, il change de discours avec une facilité déconcertante. Son but : séduire le plus grand nombre en se faisant l’écho de la doxa populaire. Et malheureusement, ça marche ! Qualifié de « cohérent » par ses amis comme par ses adversaires, le petit Nicolas n’est en fait qu’une girouette qui surfe sur ce qui plaît dans l’opinion. Prenons quelques exemples : Sarkozy a très longtemps défendu le concept d’ « immigration zéro », considérant qu’il y avait trop d’étrangers en France et qu’il fallait dorénavant les empêcher d’entrer au pays des Droits de l’Homme[2]. Aujourd’hui, après s’être rendu compte que l’idée était mal perçue par une majorité de Français, il change son fusil d’épaule et milite dorénavant pour une « immigration choisie ». Pour autant, il ne veut pas perdre la face : la cohérence, ça se travaille ! Alors, invité à l’émission de la troisième chaîne, France Europe Express, Nicolas assure, les yeux dans les yeux, à Christine Ockrent : « Je n’ai jamais été pour l’immigration zéro. » La classe ! Autre renversement de tendance : la double peine. Après avoir été pour, il se déclare contre et fait voter une loi[3] qui, dans les faits, ne la supprime pas[4]. Concernant les caméras de vidéosurveillance, rebelote : il est contre, puis pour. Concernant le Contrat Première Embauche, re-rebelote : il est pour (il revendique même, dans un premier temps, la copaternité du projet), puis contre. Encore plus fort, concernant le droit de vote des étrangers, re-re-rebelote : il est contre, puis pour..., pour finalement ne pas retenir l’idée dans son programme !
Un homme dangereux
Autre aspect dérangeant chez Nicolas le petit : sa mégalomanie. Du haut de ses 165 centimètres, Sarkozy cherche à dominer la France. Toute la France. Car Nicolas veut concentrer tous les pouvoirs. L’exécutif évidemment, qu’il cherche à renforcer en limitant le nombre de ministres, en diminuant le rôle du Premier ministre et en laissant l’opportunité au Président d’entrer à l’Assemblée Nationale, ce qui est interdit aujourd’hui.
Le judiciaire, en se saisissant de thématiques qui ne sont pas de sa compétence : le candidat conservateur souhaite en effet que les juges répondent de leurs actes lorsqu’ils libèrent des prisonniers qui récidivent. En juin 2005, à la suite du meurtre de Nelly Crémel par un récidiviste, l’ancien ministre déclare que le juge qui l’a libéré devait « payer pour sa faute ». Mais Nicolas a oublié une chose : il règne dans ce pays, comme dans toutes les autres démocraties aussi imparfaites soient-elles, un principe incontournable : la séparation des pouvoirs. La remettre en cause comme il le fait, c’est remettre en cause le fondement de la démocratie. Sarkozy en a cure : il est prêt à tout pour prouver qu’il existe, y compris accuser un magistrat pour complicité de meurtre. Au passage, dans l’affaire Crémel, ce n’est pas un mais trois juges qui ont décidé la mise en liberté provisoire du meurtrier. Quand on est avocat de formation comme Nicolas, c’est un peu dommage de ne pas savoir qu’en droit pénal, les tribunaux sont composés de 3 magistrats et non d’un seul…
Mais Sarkozy ne s’arrête pas là : en faisant main basse sur une bonne partie du quatrième pouvoir, celui des médias, il a montré qu’il en voulait beaucoup plus. Tout le monde s’accorde à dire qu’une presse libre et indépendante des pouvoirs financiers constitue l’une des bases de la démocratie. Nicolas Sarkozy, non ! Et il n’a aucun intérêt à ce que ça change. Le petit caporal est ami de Martin Bouygues, propriétaire de TF1 et LC1, des deux plus gros fabricants d’armes français Arnaud Lagardère (Paris Match, Elle, Le Journal du dimanche, Europe 1…) et Serge Dassault (Le Figaro) mais également de Bernard Arnault (La Tribune) et d’autres magnats de la presse. Ces affinités lui permettent par exemple d’exiger à Arnaud Lagardère la démission d’Alain Genestar (rédacteur en chef de Paris Match) quand le journaliste met en Une de son hebdomadaire la photo de Cécilia Sarkozy avec Richard Attias, son amant[5]. Virer un journaliste qui met peu ou prou en danger un responsable politique fleure bon la méthode de dictateur. Mais avec Sarkozy, les journalistes obéissent... ou paient la note. Autre privilège médiatique du président de l’UMP : pouvoir choisir, avec Jean-Pierre Elkabach, la journaliste d’Europe 1 qui va la suivre dans ses déplacements. On doute qu’il ait choisi la plus critique, la plus objective, bref la plus journaliste : une chargée de comm’ supplémentaire, ce n’est pas mal non plus[6]. Enfin, le petit Nicolas n’a aucun mal à empêcher la parution d’une biographie sur Cécilia en décembre 2005. D’après le Canard Enchaîné, Sarkozy a menacé l’éditeur du bouquin intitulé, Cécilia Sarkozy, entre le cœur et la raison, de « foudres judiciaires » si le livre paraissait. Décidément, ce petit Nicolas, c’est un modèle de démocratie participative…
Main mise sur le pouvoir exécutif, immersion dans le pouvoir judiciaire, amitiés dans le pouvoir médiatique, affinités avec le pouvoir économique par l’intermédiaire de son frère Guillaume, ancien vice-président du MEDEF[7]… Vu la faiblesse du pouvoir législatif dans ce pays, Nicolas Sarkozy ne sera pas un simple président s’il est élu le 6 mai. Avec autant d’atouts, ce sera un véritable super héros.
Vers une société malade et ayant peur d'elle-même
Mais si Nicolas Sarkozy me fait peur, c’est avant tout parce que, suivant les conseils de Machiavel, il est prêt à diviser pour mieux régner. Le petit Nicolas a une vision bipolaire de la société : d’un côté, il y a les bons, les méritants, « ceux qui se lèvent tôt », ceux qui correspondent au « modèle familial » traditionnel et qui souhaitent « travailler plus pour gagner plus », afin de « devenir propriétaires » et participer à la croissance du pays. De l’autre, il y a les mauvais, les « voyous qui ont des couteaux, des hachoirs, des armes à feu », « la racaille », « les bandes organisées », «ceux qui n’aiment pas la France », « les polygames », « ceux qui pratiquent l’excision sur leurs filles », « ceux qui égorgent le mouton dans leur appartement »[8]. Il y a aussi les sans-logis que la loi de sécurité intérieure dénigre et sanctionne honteusement de six mois d’emprisonnement et 3.750 euros d’amende, lorsqu’ils squattent dans des logements vides sans autorisation ou lorsqu’ils demandent l’aumône « de manière agressive » [9]. Et que dire des prostituées dont le « racolage passif » est désormais puni de la même peine ? Chez Sarkozy, les mauvais élèves sont également les chômeurs ou les Rmistes, toujours suspectés de profiter d’un système qui les exclut et les condamne[10].
Alors, pour remettre de l’ordre dans la maison et replacer les délinquants sur le droit chemin, Nicolas a importé des Etats-Unis un slogan vide de sens, visant à réconforter l’électorat conservateur : « la tolérance zéro ». Séduisant en apparence, ce précepte a l’inconvénient de ne pas pouvoir être concrétisé sur le terrain par manque de moyens, d’effectif ou simplement de volonté politique. La preuve dans les faits ? Nicolas Sarkozy lui-même. En tant que maire de Neuilly, il n’a pas respecté l’obligation qu’ont les communes de plus de 1.500 habitants de compter au minimum 20% de logements sociaux[11]. Et quand on lui signifie qu’un tel comportement est illégal, Nicolas botte en touche avec une mauvaise foi horripilante : « L’idée serait que des villes qui ne sont pas forcément vivables puissent le devenir et non pas que des villes qui sont agréables perdent une partie de cet agrément ».[12] Autrement dit, villes pauvres, débrouillez-vous ! Nous, les villes riches, on préfère reposer en paix, en vous laissant les miséreux…
Evidemment, ce comportement de nanti égoïste et anti-républicain peut être critiqué. D’ailleurs, la Ligue des Droits de l’Homme considère Sarkozy comme le candidat le moins humaniste en lui attribuant la note de 0,57 sur 20[13]. Nicolas, en matière de lien social, va falloir bosser…
Des bilans dramatiques
Survint alors une question dérangeante : si le petit Nicolas obtient de si mauvais résultats, pourquoi reste-t-il aussi populaire ? Dans un premier temps, je me suis dit que ses bilans ministériels devaient être de bonne qualité. Mais, j’ai rapidement déchanté. Son passage au ministère du budget en 1995 a pour conséquence d’alourdir la dette de 30% en deux ans, en dépit de nombreuses privatisations (Usinor, Pechiney, AGF…)[14]. On a déjà vu mieux en matière de maîtrise de budget. Ses quelques mois au ministère de l’Economie (mars à novembre 2004) ne sont guère plus concluants : augmentation de la dette[15], dégradation du solde de la balance commerciale[16], augmentation du chômage[17]… C’est très moyen. Circonstance atténuante, Sarkozy n’est resté qu’environ 300 jours à Bercy. Il lui était donc difficile d’enrayer une dynamique engendrée plus en amont. Concentrons-nous alors sur ses résultats en tant que ministre de l’Intérieur, rôle qu’il a tenu pendant quatre ans. Là-encore, malgré ses déclarations, la déception est de mise. Il n’est pas besoin d’être sociologue pour sentir qu’en France, le climat social n’est pas sain. Les émeutes des banlieues de l’hiver 2005, les plus importantes de l’Histoire de notre pays[18], prouvent que la violence n’a pas disparu dans l’hexagone. Nicolas Sarkozy porte une responsabilité certaine dans le déclenchement de cette révolte des sans-grade. A coup de « kärcher » et « de racaille », il a provoqué, de manière irresponsable, des milliers de jeunes dont l’avenir semble déjà bien sombre. Or, que demande-t-on à un ministre de l’Intérieur si ce n’est de pacifier les relations entre citoyens ? Nicolas a beau déclarer : « La seule chose qui m’intéresse, c’est d’éradiquer la délinquance, de lui porter les coups les plus fous, les plus forts… », son action reste inefficace. Augmentation du nombre de bavures, augmentation du nombre des violences policières et des sanctions infligées contre les policiers[19], les rapports entre les Français et les forces de l’ordre se sont considérablement tendues. Et ce d’autant plus que ces dernières n’ont pas été capables de faire baisser l’insécurité. D’après Alain Bauer, président de l’observatoire national de la délinquance, « l’indicateur de la violence a continué imperturbablement à augmenter de 1994 à 2006. » Et d’après le ministère de l’Intérieur lui-même, les violences dites « gratuites » et les agressions contre les serviteurs de l’Etat sont elles aussi en augmentation. Si Sarkozy est un vrai cow-boy, il semble qu'il tire au moins aussi mal que son ombre.
Un programme de rupture destructrice
Autre hypothèse possible expliquant l’attrait de Sarkozy dans l’opinion : son programme. Mais là encore, je ne peux me résoudre à lui concéder cet atout. Nicolas Sarkozy est issu de la mouvance économique libérale[20]. Selon lui, pour que l’économie fonctionne, les marchés doivent être dérégulés, les grandes entreprises publiques privatisées, la lutte contre le chômage subordonnée à la lutte contre l’inflation, les riches moins taxés, le travail flexibilisé… Bien que la logique libérale ait atteint ses limites avec l’explosion des inégalités et la généralisation de la précarité, Nicolas persiste et signe. Son slogan majeur durant la campagne incite ainsi les salariés à « travailler plus pour gagner plus ». Les heures supplémentaires seraient rémunérées 25% de plus que les heures normales et exonérées de charges sociales et fiscales. Cette réforme profitera certainement aux entrepreneurs mais pour les autres acteurs de la vie économique, rien n’est moins sûr. Etant donné l’état du marché de l’emploi dans bon nombre de secteurs, pléthore de salariés seront contraints d’accepter des heures de rab contre leur volonté, sous peine de prendre la porte. En outre, les salariés désireux de travailler un peu plus seront eux aussi brimés dans la mesure où les heures supplémentaires ne sont pas prises en compte pour le calcul des retraites. L’Etat est lui aussi perdant car moins de cotisations, c’est moins d’argent dans les caisses, donc moins de services publics efficaces et plus de dettes. Mais les agents économiques qui souffriront le plus de cette mesure sont les chômeurs : en retirant tout intérêt pour les employeurs à embaucher avant d’avoir saturé leur plafond d’heures supplémentaires, la réforme court-circuitera les sans emploi qui resteront coincés sur les listes d’attente. Pourtant, eux aussi aimeraient « travailler plus pour gagner plus ».
Face à la précarité, Naboléon propose la sécurité sociale professionnelle. L’idée est séduisante : il s’agit de créer un contrat de travail unique qui se substituerait à tous les contrats existants. Dans ce nouveau contrat à durée indéterminée, les patrons disposeront de plus de souplesse pour licencier et les salariés bénéficieront, comme les Danois, les Suédois ou les Finlandais, d’une « assurance salaire et retour à l’emploi » qui leur garantira de vivre convenablement, s’ils sont au chômage. Jusque là, je dis bravo ! Mais là où ça coince, c’est que Nicolas entend en même temps baisser de 4 points de PIB les prélèvements obligatoires (du jamais vu dans l’Histoire européenne récente même sous l’Angleterre thatcherierre des années 80) et instaurer un bouclier fiscal à 50% des revenus des contribuables les plus aisés. Or, lorsque l’on sait, qu’avec 4% de chômeurs, le Danemark dépense 4% de son PIB pour la flexi-sécurité, on se dit que la France, avec ses 9% de sans emploi, devra fournir de gros efforts de taxation et de redistribution des richesses pour aboutir à un système aussi performant[21]. Mais comment le financer si Sarkozy baisse les impôts des plus riches et renonce à la progressivité de l'impôt[22] ?
Je ne reviendrai pas sur les réformes en matière de sécurité et d’immigration qui ont déjà montré leurs limites. Mais pour conclure ce paragraphe, j’aimerais mettre en lumière une promesse de Sarkozy concernant un domaine que je connais bien, l’environnement. Cette promesse témoigne à elle seule de la méconnaissance, de l’orgueil et de la folie des grandeurs du candidat. Il s’agirait, tenez-vous bien, « d’engager les actions nécessaires pour que tous les problèmes écologiques de la France soient résolus d’ici une génération[23] » et que le réchauffement de la planète soit enrayé en deux générations. Plus démagogique, tu meurs, d’autant que Sarkozy ne souhaite pas mettre en application toutes les propositions – pourtant objectivement minimalistes, d’un point de vue écolo – du pacte de Nicolas Hulot. En un mot, le programme d’Iznogoud constitue bel et bien un changement avec ce qui s’est fait jusqu’à présent. Mais un changement dans le mauvais sens…
Il ment donc il est...
Quel est donc le secret de Nicolas Sarkozy ? Comment peut-il plaire à la France à ce point en étant petit, laid, bête et agressif ? Le psychiatre américain Mac Dermolt assure que : « La peur est un outil de persuasion incroyable. Les gens qui ont peur, on les fait faire ce qu’on veut. » La peur, voilà l’ennemie ! Peur du chômage, peur de l’étranger, peur de la maladie, peur de se faire agresser, peur de l’avenir... La technique est simple mais redoutable. Quand on flippe, on se replie sur soi, on exclut ceux qui sont différents, qui ne correspondent pas à la norme. Sarkozy fait cela remarquablement. Les « braves gens » chers à Brassens n’aiment pas qu’on sorte de la ligne dessinée par le chef, par celui qui commande. Ajoutez à cela une bonne dose de communication, une éloquence indéniable et des journalistes frileux et le tour est joué. Ou quasiment… Car Sarkozy a dans son sac une arme décisive : le mensonge. Le petit manie le mensonge avec une aisance et un opportunisme frôlant la performance d’acteur. Souvenons-nous : quand Sarkozy ferme le centre de Sangatte en novembre 2002, il explique que le « problème des migrants qui empoisonnait les relations franco-anglaises et la vie des habitants du Calaisis (…) est définitivement résolu ». Cinq ans plus tard, ils sont plusieurs centaines de miséreux à errer dans les rues de Calais dans l’espoir d’un avenir meilleur. Et cette fois, ils sont tellement traqués, chassés, martyrisés, affamés… qu’ils en viennent à manifester dans les rues du Calaisis pour demander plus de considération. Pas sûr que « le problème soit définitivement résolu »… Sarkozy a dit, Sarkozy a menti.
Pour légitimer son idée de création de ministère de l’immigration et de l’identité nationale, Joe Dalton explique à Poivre D’Arvor que la France est le seul pays de l’Europe des 15 à ne pas avoir créé un tel ministère[24]. Pour se donner du crédit, l’argument est imparable… sauf qu’il est faux ! Dans les faits, seul l’Angleterre dispose d’un ministère comparable[25]. Les treize autres n’ont pas de dispositif équivalent : Sarkozy a dit, Sarkozy a menti.
Quand les émeutes de banlieue éclatent en novembre 2005, le petit explique qu’elles sont le fait de « bandes organisées » et de « véritables mafias », légitimant ainsi l’intervention extrêmement musclée des CRS et la mise en place de l’état d’urgence. Toujours cette volonté de faire peur, toujours ce souhait d’apparaître comme le sauveur. Mais quelques jours plus tard, après leur enquête, les renseignements généraux tirent une conclusion diamétralement opposée : c’est la « condition sociale d’exclus de la société » des émeutiers qui est la cause des violences urbaines. Pourtant, aujourd’hui, Sarkozy défend toujours sa thèse initiale : c’est ce que l’on appelle un mensonge d’Etat. Sarkozy a dit, Sarkozy a menti.
Juste avant les émeutes, l’ancien ministre de l’Intérieur explique que les adolescents Zyed et Bouna sont morts électrocutés après « une tentative de cambriolage ». Le nabot a l’outrecuidance de rajouter qu’« ils n’étaient pas poursuivis physiquement par la police quand ils sont allés se cacher dans le transformateur. » Jeter l’opprobre sur des morts : mais jusqu’où ira-t-il ? L’enquête de l’inspection générale de la police montrera que les jeunes n’avaient rien tenté de voler et qu’ils étaient poursuivis par des policiers. Sarkozy a dit, Sarkozy a menti.
Et il y en a eu tellement d’autres : sa déclaration à l’Assemblée nationale, en tant que ministre de l’Economie, où il explique que « la France est le pays au monde qui compte le plus de chômeurs », sa déclaration sur l’absence de bavures policières au JT de TF1, un an après son arrivée place Beauvau et alors que les chiffres de dérapages policiers sont en hausse[26], sa promesse de virer de l’UMP Christian Vanneste, le député homophobe de Tourcoing, qu’il n’a jamais tenue, ses conclusions pseudo scientifiques sur le déterminisme génétique, alors même qu’aucune des 14 études mondiales menées sur le sujet ne démontre cette théorie[27]. Et la liste pourrait s’allonger davantage.
Dites-lui non !
Il y aurait encore beaucoup à dire sur Sarkozy, la fourberie de ses méthodes et l’agressivité de son discours. Mon exposé ne reprend qu’une partie des éléments qui m’incitent à penser que Sarkozy constitue un grand danger pour la France. Un danger pour les populations déjà marginalisées, un danger pour l’équilibre des pouvoirs, un danger de guerre civile larvée dans le pays. Pour ces raisons et pour beaucoup d’autres, j’appelle tous les citoyens responsables et solidaires, qu’ils soient de gauche, d’extrême gauche, du centre et même de droite modérée, à faire barrage au petit Napoléon. Il ne passera pas, il ne sera jamais mon Président.

Samuel Duhamel

[1] En 23 ans de carrière politique, il est successivement maire de Neuilly, conseiller régional d’Ile-de-France, conseiller général du canton de Neuilly-sur-Seine Nord, vice-président du conseil général des Hauts de Seine, député, secrétaire national du RPR, secrétaire général adjoint du RPR, ministre du Budget, porte-parole du gouvernement, ministre de la Communication, porte-parole du RPR, président du RPR, député européen, ministre de l’Intérieur, président du conseil général des Hauts de Seine, ministre d’Etat à l’Economie, président de l’UMP, ministre d’Etat à l’Intérieur, candidat à la présidentielle. Il va jusqu’à cumuler 4 fonctions ou hautes responsabilités entre 1986 et 1988 et entre 2004 et 2007.
[2] Il a déclaré il y a quelques années face au journaliste Paul Amar lors d’un journal télévisé : « Nous partageons certaines idées avec le Front National. Aujourd’hui, il est inutile de préciser que la France ne peut plus être une terre d’immigration. Je suis pour le quota zéro d’immigration. » En 1991, lors d’une réunion publique, il affirmait : « Il faut déclarer comme objectif le quota zéro d’immigration ! »
[3] La loi n°2003-1119 relative à la maîtrise de l’immigration, au séjour des étrangers en France et à la nationalité, dite loi MISEFN
[4] Face à la poursuite des expulsions, plusieurs associations, emmenées par la Ligue des Droits de l’Homme, sortent en mars 2006, trois ans après la loi MISEFN, le livre noir de la double peine – Constat d’un mensonge pour réclamer son arrêt effectif.
[5] Alain Genestar a affirmé sur le site du Nouvel Observateur en janvier 2007 que : « La seule raison de [son] licenciement est liée à la couverture de Paris Match de la fin août 2005 qui avait provoqué la colère du ministère de l’intérieur. »
[6] Pas le moins du monde gêné par cet acte de népotisme, Nicolas Sarkozy affirme dans le Canard Enchaîné en février 2006 : « C’est normal (…). J’ai été ministre de la Communication. Je suis çà de près, ça fait partie du travail politique (…). Si vous saviez, il n’y a pas qu’Elkabach qui fait cela (…). »
[7] Guillaume Sarkozy est l’ancien président de l’union des industries textiles. Très libéral, il a déclaré en 2002 à l’association des journalistes de presse économique et financière : « Je suis fier d’être un patron industriel qui délocalise. »
[8] Ces différentes appellations ont été utilisées à maintes reprises par Nicolas Sarkozy, notamment dans l’émission de TF1, J’ai une question à vous poser du 5 février
[9] Sanction issue de la loi sur la sécurité intérieure (LSI) proposée par Nicolas Sarkozy à son arrivée place Beauvau en mars 2003.
[10] « Ceux qui vivent de l’assistanat », discours d’investiture du 14 janvier 2007
[11] Dispositif de la loi sur le renouvellement urbain (SRU) de décembre 2000
[12] Extrait repris du DVD de Zéro et Royer, Ségo et Sarko sont dans un bateau
[13] Le 11 avril 2007, la LDH sortait un classement des candidats à la présidentielle sur la base de leur respect des droits de l’Homme. Dominique Voynet arrive en tête, devant Olivier Besancenot et Marie-George Buffet. Sarkozy est bon dernier.
[14] Source : l’enquête de Philippe Cohen, La face karchée de Sarkozy
[15] Source : comptes nationaux, Insee, tableau du 19 mai 2006
[16] Source : tableaux de l’économie française 2005-2006, Insee
[17] Source : Haussman patrimoine, 2004
[18] 500 villes touchées, des millions d’euros de dégâts, 8970 voitures incendiées, une dizaine de morts…
[19] Rapports annuels de la commission nationale de déontologie et de sécurité et de l’Inspection générale de la Police nationale 2004, 2005, 2006
[20] « Je suis un libéral au sens où je crois à la liberté », expliquait-il à un meeting à Saint-Etienne en novembre 2006
[21] Les statistiques de ce paragraphe sont tirées du numéro 28 des Hors série d’Alternatives économiques, p.111
[22] Le candidat UMP entend supprimer jusqu’à 95% des droits de donation et de succession. Mais quand on sait que 80% des transmissions directes y échappent déjà, on se rend compte qu’il s’agit d’aider ceux qui n’ont pas vraiment besoin d’un coup de pouce.
[23] Magazine de l’UMP du 10 novembre 2005
[24] JT du 20h – 12 mars 2007
[25] Voir la chronique de Maja Neskovic dans Arrêt sur images du premier avril 2005 sur Daily Motion
[26] Séquence visible dans le DVD Ségo et Sarko sont dans un bateau
[27] Cf le débat entre Bernard Golse et André Munich sur le plateau de Thomas Hugues au 18h d’Itélé, le 10 avril

19.3.07

Un beau titre, un beau livre

Il est des ouvrages qui n’attirent les lecteurs que par la majesté de leur titre. C’est le cas du dernier essai de l’avocat béninois, Adrien Houngbédji. Intitulé Il n’y a de richesse que d’Hommes, le livre ne peut laisser indifférent aucun humaniste qui se respecte. Certes, le natif d’Aplahoué (sud du Bénin) ne fait que reprendre la citation d’un magistrat français du XVIe siècle, Jean Bodin. On pourrait le taxer de plagiat, il est en fait un homme politique intègre et magnanime. Ancien président de l’Assemblée nationale, deux fois Premier ministre, Adrien Houngbédji a concentré l’essence de son être dans un titre qui fait frémir de plaisir. Quel politicard occidental aurait le culot et la bravoure de nommer un de ses essais ainsi ? Imaginer Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac ou Ségolène Royal écrire Il n’y a de richesse que d’Hommes paraît impossible… ou alors avec une bonne couche d’hypocrisie.
Certes, le livre d’Houngbédji n’a que peu d’intérêt pour le lecteur moyen européen concentré sur les résultats de la bourse, les résultats du XV de France ou la couleur de sa prochaine voiture tuning. A l’intérieur du bouquin au titre d’or, il est question du Bénin, un pays grand comme l’Angleterre mais avec le PIB du Burkina. On y découvre ses problèmes politiques, économiques et sociaux, son Histoire, les clés de son avenir… On n’y apprend quelques informations croustillantes sur l’ancien Dahomey comme le fait que la biomasse constitue 67% de sa consommation d’énergie, que 90% de son budget provient d’aides extérieures ou que les activités informelles forment 70% de sa richesse. Mais globalement, ce que l’on apprend d’Houngbédji se situe à mille lieues de nos préoccupations quotidiennes et de notre impératif d’efficacité.
Pourtant, même si l’on est déçu du livre, même s’il ne remplace pas un voyage au Bénin et la rencontre de ses habitants, on ne regrette pas d’avoir lu Houngbédji. Car, au fond, qu’on soit d’accord ou pas avec ses analyses, on sait en permanence qu’on partage avec lui une même vision du monde, qu’on croit en la même religion… celle de la libération de l’Homme.

Il n’y a de richesse que d’Hommes, d’Adrien Houngbédjy, éditions L’Archipel, Paris, 2005, 17 € 85

Samuel Duhamel

La Môme Piaf au septième ciel

Un film somptueux pour une immense artiste… Le cinquième long métrage d’Olivier Dahan (Déjà mort, La vie promise, Le petit poucet, Les Rivières pourpres 2) est un voyage magnifique au cœur du Paris des années 30 et 40, celui d’Edith Giovanna Gassion dite Piaf. Sorti le 14 février au cinéma, La Môme raconte l’inimaginable destin de la plus grande chanteuse populaire de la France du XXe siècle. Loin de tomber dans la narration bassement chronologique, Dahan construit son œuvre méthodiquement, en usant avec joie du flash-back et de l’avancée dans le temps. Résultat : même les fins connaisseurs de la vie de Piaf sont surpris par l’histoire ô combien tragique de l’enfant de Belleville.


De sa double kératite qui la rend aveugle durant l’enfance jusqu’à sa mort à 47 ans dans la souffrance la plus terrible, c’est une vie hors du commun qui défile sur l’écran. Une vie de misère d’abord : celle de prostituées qui l’éduquent suite au départ d’un père indigne et d’une mère indigente. Et puis, il y a cette voix qui résonne encore dans le cœur de tous ceux qui eurent la chance de l’entendre. Une voix profonde, assurée et révoltée qui séduit dès la première écoute. Piaf (Marion Cotillard) sait s’en servir comme un soldat se sert de son fusil. Elle ne la ménage jamais. Quand elle se produit, elle l’offre à ses spectateurs venus l’écouter dans la rue, en extase… Parmi les passants, le gérant du cabaret Le Gerny’s, Louis Leplée (Gérard Depardieu), qui la remarque et lui offre ses premiers tours de chant. Après quelques atermoiements et un court retour dans le dénuement, Piaf met le doigt dans l’engrenage à succès. Elle monte alors jusqu’au ciel, rencontrant de grands artistes (Raymond Asso, Marguerite Monnot, Jean Cocteau, Marlène Dietrich…) et devient une icône jusqu’à New York où elle triomphe dans les années 50. Si elle séduit autant, c’est sans doute parce que Piaf est toujours elle-même. Elle ne sait pas tricher. Elle ne s’adapte jamais aux autres préférant que les autres s’adaptent à elle. Sa fraîcheur et sa spontanéité s’expriment alors naturellement, ensorcelant ses détracteurs potentiels.


La prouesse d’Olivier Dahan consiste à refonder l’univers de la chanteuse jusqu’au moindre détail. Grâce à un décor ultra réaliste, des personnages magnifiquement interprétés et un maquillage stupéfiant, on ne regarde pas Piaf ; on est avec elle. On traverse, au plus proche de l’artiste, périodes de doute et de solitude et instants bénis par l’amour, le seul sentiment l’ayant réellement animée. Les amants sont nombreux (Montand, Asso, Moustaki, Sarapo…) mais c’est l’histoire avec Marcel Cerdan (Jean-Pierre Martins) qui couronne la vie de Piaf et sur laquelle Dahan s’arrête. Une romance impossible entre deux monuments de la France de l’après-guerre. Une romance dont Piaf ne se relèvera jamais… Mais qu’importe après tout. Pour les passionnés comme Piaf, qui vivent plus qu’ils ne durent, l’important est d’avoir tout donné, jusqu’à l’extrême, d’avoir aimé jusqu’à l’inéluctable rupture, d’avoir partagé son talent jusqu’au dernier souffle. Ce sont ces excès qui ont fait Piaf et qui font de La Môme un film accompli et savoureux. Construit format crescendo, il se termine dans un bouquet final magistral qu’on attendait avec envi. C’est sûr, dans le film de Dahan, non, rien de rien, non, on ne regrette rien…



La Môme Mélodrame d'Olivier Dahan. Avec Marion Cotillard, Sylvie Testud, Pascal Greggory, Emmanuelle Seigner, Jean-Paul Rouve, Gérard Depardieu, Jean-Pierre Martins, Catherine Allégret, Marc Barbe. Durée : 2 h 20.

Samuel Duhamel

Cotillard est Piaf

« J'arrivais à 5 heures du matin sur le tournage car il fallait parfois cinq heures de maquillage. Je me transformais sous les doigts du maquilleur Didier Lavergne. Il devait reconstituer la texture de la peau, des veines, des rides. Un travail d'artiste ! Je portais aussi une prothèse dentaire pour avoir des dents plus en avant et le phrasé particulier d'Édith Piaf. C'était épuisant. Mais, l'aventure en valait bien la peine ! » Personne ne viendra contredire Marion Cotillard. César du meilleur second rôle dans Un long dimanche de fiançailles, l’actrice française est éblouissante dans le dernier film d’Olivier Dahan. Comme Audrey Tautou pour Amélie Poulain ou Salma Hayek dans Frida, elle a probablement joué le rôle de sa vie. Tous les ingrédients étaient réunis : un personnage central d’envergure, une grande diversité de scènes, des sentiments profonds en pagaille, des acteurs secondaires de renom et la nécessité de se sublimer. Marion Cotillard réussit à se faire oublier et à rentrer parfaitement dans le rôle de la plus grande chanteuse française du denier siècle. Sa performance est telle qu’on se surprend à penser que certaines images sont d’époque et que c’est la vraie Piaf qui est à l’écran. Phrasé dynamique, accent parisien à couper au couteau, démarche saccadée et fragile, pendant deux heures vingt, Cotillard fait revivre Piaf. Et le rose redevient à la mode.

Samuel Duhamel

1.3.07

A França no cruzamento

Após 12 anos no palácio do Elysée, o chefe de Estado Jacques Chirac vai ceder seu lugar a um novo presidente em maio. Há semanas, a campanha oferece um espectáculo pouco habitual: a tradicional luta entre direita e centro-esquerda está sendo perturbada por dois outros candidatos que podem chegar ao segundo turno. Nunca na história da quinta República o País pareceu tão dividido politicamente.

Decididamente, os combates eleitorais franceses não respondem a nenhuma lógica política. Depois da vitória do Mitterand (PS – centro-esquerda), em 1981, quando o mundo virava à direita (Reagan nos Estados Unidos, Thatcher no Reino Unido, Kohl na Alemanha...), após a vitória do Chirac (UMP – direita), em 1995, apesar da chegada de candidatos de esquerda à frente de estados ocidentais (Clinton, Blair, Schröder, Prodi...), após o cataclismo eleitoral de 2007 com a presença do Le Pen (FN – extrema-direita) no segundo turno, a França parece reservar nova surpresa.
Dois candidatos, Nicolas Sarkozy (UMP) e Ségolène Royal (PS), lideram as pesquisas de opinião. Aliás, o atual ministro do Interior é o grande favorito das sondagens. Seu estilo popular, aliado a uma retórica perfeita e a receitas econômicas liberais, seduz muitos franceses, principalmente rurais ou do operariado. Mas este sucesso pode surpreender: a passagem do candidato conservador no governo foi um fracasso quase total com o aumento dos atos de violência, a permanência do clima de insegurança e a revolta dos subúrbios. Sarkozy, porém, é um político moderno: mesmo sendo criticado por muitos, continua atacando os adversários com entusiasmo e carisma. Os franceses parecem apreciar...
Diante da agressividade do ministro, a calma e a serenidade de Ségolène Royal podem fazer a diferença. Mulher do atual primeiro-secretário do Partido Socialista, François Hollande, e antiga protegida do presidente Mitterand, a sílfide tenta jogar o papel de mãe da nação e atrair o eleitorado de esquerda à sua trindade: liberalismo econômico, proteção social e autoritarismo moral. Mas após uma decolagem eufórica, a candidata socialista está em perda de velocidade nas sondagens – seu projeto parece incoerente, vago e oneroso.
Essa estagnação favorece a François Bayrou (UDF – centro), chamado de “terceiro homem”, em refêrencia ao filme clássico de Carol Reed. Sua posição acima dos partidos políticos (quer governar com homens de direita, de esquerda e com ambientalistas) se tornou atraente. Além disso, e apesar dos esforços do Sarkozy, Bayrou é percebido como “o candidato da ruptura”: quer criar uma sexta República, fundar uma Europa federal e reconsiderar o poder midiático que privilegia o casal Sarkozy-Royal. Este posicionamento estratégico dá-lhe quase 20% das intenções de voto, contra 25% para Royal e 32% para Sarkozy. Uma outra sondagem mostrou que ganharia no segundo turno contra ambos concorrentes.
Enfim, um quarto candidato pode esperar uma classificação na etapa final: Jean-Marie Le Pen. Com 79 anos de idade, o “frontista” ainda é um adversário duro e sem piedade. A ausência de limites em seu discurso e o radicalismo contra os estrangeiros que ele chama de “preferência nacional”, agrada a um número crescente de eleitores. O seu programa populista (“economicamente de direita, socialmente de esquerda”) encontra sucesso entre os operários, os empregados e... a grande burguesia, o que pode lhe trazer entre 14 e 20%.
Quatro favorítos, quase 85% dos votos. Os outros dez candidatos atingirão apenas 15%. A França chegou realmente a uma encruzilhada: só basta saber se os cidadãos franceses vão votar pela liberalização do seu sistema, imitando os países anglo-saxônicos, com Sarkozy ou Le Pen ou decidir preservar seu modelo social – e suas carências –, elegendo Royal ou Bayrou. Mais que uma eleição, haverá a escolha de um modelo social no dia 6 de maio.

Samuel Duhamel
Jornalista, formado em Ciências Políticas no Instituto des Estudos políticos de Lille.

La France a la croisée des chemins

Après douze ans au Palais de l’Elysée, Jacques Chirac (UMP) va céder sa place à un nouveau président en mai prochain. Le début de la campagne électorale offre un spectacle inhabituel : la traditionnelle lutte entre droite et centre-gauche est perturbée par deux autres candidats qui peuvent atteindre le second tour. Jamais dans l’histoire de la Ve République, le pays n’est apparu aussi politiquement divisé.
Décidément, les combats électoraux en France ne répondent à aucune logique politique. Après la victoire de Mitterrand (PS) en 1981 alors que le monde virait à droite (Reagan aux Etats-Unis, Thatcher au Royaume-Uni, Kohl en Allemagne…), après l’élection de Chirac en 1995 quand des chefs d’Etat de centre-gauche arrivaient au pouvoir en Occident (Clinton, Schröder, Blair, Prodi…), après le cataclysme de 2002 et la présence de Jean-Marie Le Pen (FN) au second tour de la présidentielle, la France peut réserver une nouvelle surprise électorale.
Deux candidats, Nicolas Sarkozy (UMP) et Ségolène Royal (PS), arrivent en tête dans les enquêtes d’opinion. D’ailleurs, l’actuel ministre de l’Intérieur reste le grand favori des sondages. Son style populaire, allié à un verbe affûté et à des recettes économiques libérale, séduit beaucoup de Français, principalement les ruraux et les ouvriers. Mais ce succès peut surprendre : le passage du candidat conservateur place Beauvau a été un échec quasi-total avec l’augmentation des actes de violence, la permanence d’un climat d’insécurité et la révolte des banlieues. Mais Sarkozy ne s’en laisse pas compter : même en étant critiqué, il continue d’attaquer ses adversaires avec enthousiasme et charisme. Les Français paraissent appréciés…
Devant l’agressivité du ministre, le calme et la sérénité apparente de Ségolène Royale peuvent faire la différence. Femme de l’actuel premier secrétaire du parti socialiste, François Hollande, et ancienne protégée du président Mitterrand, la sylphide tente de jouer le rôle de mère de la nation et d’attirer l’électorat de gauche à son triptyque : libéralisme économique, protection sociale et autoritarisme moral. Mais après un décollage euphorique, la candidate socialiste est en perte de vitesse : son programme paraît en effet incohérent, trop vague et trop cher.
Cette stagnation profite à François Bayrou (UDF), le troisième homme cher au réalisateur britannique Carol Reed. Sa position au-dessus des partis politiques – il souhaite gouverner avec des hommes de droite, de gauche et avec des écologistes – est devenue attractive. En outre, au grand dam de Nicolas Sarkozy, Bayrou est perçu dans l’opinion publique comme le candidat de la « rupture » : il veut créer un VIe République, fonder une Europe fédérale et reconsidérer le rôle des médias qu’il juge trop proches du couple Sarkozy – Royal. Ce positionnement stratégique lui rapporte près de 20% dans les sondages contre 25% pour Royal et 32% pour Sarkozy. Un autre sondage a montré qu’il gagnerait au second tour contre ses deux principaux adversaires.
Enfin, un quatrième candidat peut espérer se qualifier pour l’étape finale : Jean- Marie Le Pen. Agé de 79 ans, le frontiste est encore un candidat dur et sans pitié. Son absence de limites dans le discours et son radicalisme anti-étranger (« la préférence nationale ») plaisent à un nombre croissant d’électeurs. Son programme populiste (« économiquement de droite, socialement de droite ») rencontre un certain succès chez les ouvriers, les employés et… la grande bourgeoisie, ce qui pourrait lui apporter entre 14 et 20% des voix.
Quatre favoris, 85% des voix. La dizaine d’autres candidats se battra pour le reste. La France est donc vraiment arrivée à la croisée des chemins. Il ne reste plus qu’à savoir si les citoyens français vont voter pour la libéralisation de leur système, en imitant les pays anglo-saxons avec Sarkozy ou Le Pen, ou décider de préserver leur modèle social – et ses carences – en élisant Royal ou Bayrou. Plus qu’une élection, c’est donc un véritable choix de société qui va se décider le 6 mai prochain.

Samuel Duhamel

27.2.07

Bayrou, le premier homme ?

Depuis quelques semaines, le duel programmé entre Ségolène Royale et Nicolas Sarkozy est perturbé par l’envolée dans les sondages du candidat UDF (Union pour la démocratie française), François Bayrou. Même s’il est encore loin de concurrencer la belle et le Cherkar, son positionnement tactique du « ni gauche, ni droite » ou plutôt du « et gauche, et droite » convainc une grosse minorité de Français, fatigués de l’alternance entre droite républicaine et centre gauche.
Pourtant, voter pour François Bayrou, son programme à zéro euro et son catholicisme social n’engendrera pas la révolution indispensable, que les écologistes appellent de leurs vœux. L'intégrité, la sincérité et l'ouverture dudit candidat ne sont pas à remettre en doute. La carrière de François Bayrou a montré qu’il faisait partie des rares hommes politiques à agir avec honnêteté et à se soucier du sort de ses concitoyens. Certes, sa posture actuelle extrême centriste doit être appréciée à l’aune de son soutien à Edouard Balladur et de sa participation aux deux gouvernements Juppé en 1995. Pour autant, il semble difficile de ne pas croire en sa bonne foi et en sa volonté de dépasser les clivages.
Alors oui, François Bayrou a raison. Il a raison de dénigrer la Ve République. Il a raison de critiquer l'absence d'alternatives. Il a raison de dénoncer la confiscation de la démocratie. Il a raison de se battre contre le bipartisme sclérosant qui plombe le système politique français. Sa volonté de construire une Europe fédérale, de fonder une sixième République ou de rompre la loi du talion médiatique révèle le courage et la prise de risque de l’homme autant que du candidat.
Pour autant, glisser son nom dans l'urne ne changera pas forcément la donne. Si François Bayrou représente une « nouvelle France » reposant sur des valeurs plus saines et moins conflictuelles, il est loin de porter les idées qui sauveront notre planète du sombre destin que 200 ans de capitalisme productiviste ont engendré. Bayrou n’a pas de vision du monde. Il reste enfermé dans le dogme de la croissance pour la croissance. Ses propositions environnementales sont très loin de satisfaire les associations écologistes, comme vient de le prouver le dernier rapport de l’Alliance pour la planète. Comme tant d’autres, il est porteur du sempiternel discours sur le « déclin de la France », sur la déchéance du pays, sur sa relégation au classement mondial des PIB. Pourtant, économiquement parlant, la France ne se porte pas moins bien que les autres pays de l'Union Européenne : 3e pays le plus attractif du monde en termes d'investissements directs à l'étranger, une dette publique dans la moyenne des pays européens, un taux de chômage dans la moyenne haute, une balance commerciale plutôt équilibrée, le 16e rang au classement mondial du PIB par habitant (devant l'Allemagne, la Suède, l'Italie, l'Espagne, la Corée du Sud...), des services publics assez performants malgré leur démantèlement par l’actuel gouvernement, un indice de flexibilité situé dans la moyenne des pays européens (source : OCDE, excusez du peu !)... Soyons clairs, si la France va mal au niveau économique, plus de 90% des pays mondiaux ne se portent pas bien non plus.
Pourtant, il faudrait être aveugle pour ne pas voir que quelque chose ne va pas dans l’hexagone. Crise de confiance, rejet des différences, perte de convivialité, racismes anti-noirs, anti-arabes, anti-handicapés, anti-juifs, anti-jeunes, anti-vieux, anti-homos... La France va mal, oui, mais elle va mal parce qu'on a tout fait pour qu'elle aille mal. Crise du CPE, émeute des banlieues, discours sécuritaires, préjugés véhiculés à l'encontre des différentes communautés de la nation, "lepénisation des esprits", montée de l'intolérance, destruction du tissu associatif, avancée pernicieuse et sauvage du libéralisme économique, accroissement des inégalités, précarisation de la population, destruction de notre environnement... Les indicateurs du mal-être ambiant sont innombrables. Le gouvernement actuel en est incontestablement le principal responsable.
Dans le même temps, les catastrophes humanitaires et écologiques nous rappellent l'urgence de transformer le monde. Croire que l'on va pouvoir continuer à croître de manière infinie dans ce monde fini est, au mieux, de l'ignorance, au pire, du cynisme. Il est temps de changer, d'adopter d'autres logiciels de compréhension du monde. Comment faire en sorte que, demain, 35.000 personnes ne meurent pas de faim comme aujourd'hui, hier, avant-hier, avant avant-hier ? Comment réguler la mondialisation prédatrice, pollueuse, irresponsable ? Comment faire pour que les 200 millions de réfugiés climatiques puissent rester chez eux ? Comment faire pour limiter l'élévation du niveau de la mer, pour contrer les dérèglements climatiques, pour que chacun ait accès à l'eau potable, pour réduire les inégalités ? En un mot, comment créer une planète vivable ici, là-bas, aujourd'hui, demain ? Sans rupture avec le système économique actuel (le capitalisme libéral productiviste mondialisé) et sans projet politique global noble, porté de l’échelon local à l’échelon mondial, il n'y aura pas de salut.
"Et François Bayrou dans tout çà ?" Rien sur les OGM, rien sur les alternatives au nucléaire, rien sur l’agriculture nourricière, rien sur la nécessaire décroissance de l’empreinte environnementale et sur les remèdes à la précarisation accrue de la population. Alors, Bayrou, le révolutionnaire de service ? La supercherie est trop grande pour être crédible.
Il est temps de changer le monde, il est temps de sauver la planète. La vraie Révolution n’est pas celle du centre. Elle ne peut être que verte.

Samuel Duhamel

"La Terre dispose de suffisamment de ressources pour satisfaire les besoins de tous, pas pour répondre à l'avidité de chacun."
Gandhi

30.1.07

En cas de déprime...

25.1.07

De Melo jette le froid sur Nungesser




Alors que tout Nungesser pensait voir Valenciennes s'imposer après l'ouverture du score de Roudet, le Brésilien Tulio De Melo a égalisé à la dernière minute du temps réglementaire. Pas de vainqueur donc dans cette rencontre de la 21e journée.

Libellés :

14.1.07

Le virage néolibéral mène à un mur

Privatisations, baisse des impôts, déréglementations, réduction des dépenses publiques, précarité de l’emploi, ouverture des frontières, flexibilité des salaires et du temps de travail… Les recettes prodiguées par les apôtres du libéralisme sont pléthoriques mais ne poursuivent qu’un seul but : encourager le libre fonctionnement des mécanismes de marché. Qu’importe le prix payé par les couches sociales les plus fragiles et les dégâts sur l’environnement, l’Homme doit être au service de l’économie et se soustraire aux impératifs de son institution reine, le marché.

Si les fondements moraux d’une telle doctrine sont contestables, ses résultats concrets le sont également. Le libéralisme économique est en effet un formidable tremplin aux inégalités. L’exemple états-unien, parangon de l’idéologie libérale depuis l’arrivée de l’acteur Ronald Reagan à la tête du pays en 1980, l’illustre admirablement. Nation la plus « développée » (!) au monde, les Etats-Unis sont aussi le pays le plus inégalitaire d’Occident. Le 1% d’Américains le plus riche détient plus de 40% de la richesse nationale. En 1976, juste avant l’arrivée du souffle libéral sur l’économie mondiale, ce même 1% de la population disposait d’à peine 20% du patrimoine[1]. Une évolution fracassante ! Autre exemple : en 1975, les 100 plus grands patrons américains recevaient moins de 40 fois le revenu d’un salarié moyen. Aujourd’hui, ils touchent plus de 1000 fois ce montant[2]. Encore plus obscène : d’après le programmes des Nations Unies pour le développement, la richesse des 10 personnes les plus opulentes du monde est supérieure à celle des 48… pays les plus pauvres.

L’accroissement des disparités entre puissants et modestes s’accompagne d’un recul du niveau de vie de ces derniers. Pendant les années Reagan (1980-88), le salaire minimum ne fut pas relevé une seule fois, perdant 35% de sa valeur. En dollars constants, le coût des programmes de lutte contre la pauvreté fut croissant de 1945 à 1977, avant de ralentir de 77 à 80. Avec la première administration Reagan, la progression devint recul[3]. En France, la même tendance est perceptible : en quinze ans, de 1982 à 1997, la part des salaires dans le produit intérieur brut français est passée de 69% à 60% , le profit passant, lui, de 26 à 31%[4]. Plus intéressant encore, la très forte augmentation du coût de la vie a considérablement pénalisé le niveau de vie des salariés moyens : en 1970, le pouvoir d’achat d’une famille occidentale moyenne avec deux enfants était supérieur à celui d’aujourd’hui. Autrement dit, il est plus difficile de vivre en 2007 qu’en 1970… alors que la richesse des nations a plus que quadruplé dans l’intervalle.

Autre fléau intrinsèque au libéralisme économique : le chômage. D’une certaine manière, les libéraux ont intérêt à voir la courbe de l’inemploi se gonfler et donc à ne pas le combattre. En effet, plus il y a de chômeurs, moins les travailleurs pourront exercer de pression pour réclamer de nouveaux avantages et plus les profits des actionnaires et des patrons seront importants. Comme le résume Godfrey Hodgson, « au nombre des groupes qui ont avantage à une baisse de l’inflation, même au prix d’une augmentation du chômage, il y a les hommes d’affaires, les investisseurs, les actionnaires… en bref, ceux dont la position dépend de la possession de capital. Au nombre de ceux qui redoutent le chômage, plus que l’inflation, il y a ceux pour qui la seule source de revenus provient du travail. En un mot, le choix entre le chômage et l’inflation est un choix politique entre travail et capital.[5] » Pour les libéraux, le choix est vite fait. Comme le réclame l’OCDE (organisation de coopération et de développement économique), les salariés doivent avoir « le sentiment de moins grande sécurité de l’emploi »…

En outre, force est de constater que libéralisme économique et libéralisme politique ont du mal à faire bon ménage. Généralement, les défenseurs du marché refusent de donner une place importante à la participation citoyenne dans le choix des réformes. Car l’intérêt général n’est pas forcément celui du marché. Selon Philippe Seguin, président de la Cour des comptes et ancien conseiller politique de Chirac, « certaines décisions fondamentales sont prises à l’échelle européenne ou planétaire, de manière formelle ou informelle, sur un mode libéral voire ultralibéral, sans que les peuples aient voix au chapitre. » Pour s’en convaincre, lisons Claude Imbert, fondateur et éditorialiste du Point, à propos du référendum sur le traité instaurant une constitution pour l’Europe : « Un système de démocratie représentative eût été plus prudent. Vous avez un garçon qui bosse toute la journée dans une usine à Nancy. Il rentre tard le soir. J’aime autant vous dire qu’il a envie de boire une bière. Il ne va pas regarder la Constitution dans le détail. A quoi ça sert les Parlements ?[6] » Dans le même style, Philippe Devedjian, ancien ministre de l’Industrie et proche de Nicolas Sarkozy : « Il y a moins de participation aux élections aujourd’hui. Notre peuple est un peu plus sceptique sur la politique et c’est une des formes de la sagesse. » Encore plus fort, Samuel Huntington, historien conservateur états-unien : « Le fonctionnement efficace d’un système démocratique requiert en général un certain niveau d’apathie et de non-participation de la part de certains groupes et individus. » Dormez braves gens, les néolibéraux s’occupent de vous…

En revanche, l’idéologie du marché s’accouple bien avec celle de la violence et de la soumission. Comment faire en effet pour s’introduire dans des pays protectionnistes ou autarciques qui veulent protéger leur économie locale ? Il faut passer en force, évidemment ! Les négociations de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) imposent ainsi le libre-échange aux nations incapables d’affronter la concurrence internationale. Ainsi, par exemple, le coton et le riz, principales ressources du Burkina Faso, sont deux des principales matières importées… au Burkina Faso. Produits ailleurs à moindre coût, le coton et le riz burkinabé ne sont pas rentables lorsque les frontières sont ouvertes. Conséquence : une économie qui ne décolle pas malgré les efforts des agriculteurs locaux. Et pour ceux, qui ne veulent vraiment pas se faire dompter : il reste la guerre. Dans son livre The Lexus and the Olive Tree, Thomas Friedman, père fondateur du néolibéralisme avec Friedrich Hayek, explique : « L’intégration économique de la planète requiert la disposition de la puissance américaine à utiliser sa force contre ceux qui menaceraient le système de mondialisation. La main invisible du marché ne peut pas fonctionner sans un poing caché – McDonald’s ne peut prospérer sans McDonnell, qui construit les F16. Et le poing caché qui rend le monde sûr pour notre économie s’appelle l’armée, la force aérienne, la force navale et les marines US. » La classe, non !

Autre tour de force des néolibéraux : demander à la population de régler des problèmes qu’ils ont eux-mêmes engendrés. L’exemple des déficits publics est évocateur : à force de baisser les impôts (sur le revenu, sur la fortune, sur les entreprises…), de nombreux Etats se sont retrouvés avec un solde de la balance courante négatif. Conséquence : les gouvernants reprennent aux citoyens certains de leurs avantages (assurance chômage, assurance maladie…) en invoquant une nécessité absolue. Bien joué, non : côté pile, les libéraux gagnent (moins d’impôts), côté face, les libéraux gagnent (réduction des dépenses de l’Etat). Reagan, qui croyait en « la magie du marché » - moins l’Etat taxe, plus il remplie ses caisses grâce à un marché salvateur - fut le premier à utiliser ce précepte. Sous son administration, alors que l’activité redémarre, le déficit explose : 175 milliards de dollars en 1984 et 220 milliards en 1986. Georges Bush s’inspire de son maître spirituel et parvient à métamorphoser un excédent budgétaire de 127 milliards en 2001 en déficit colossal de 374 milliards en 2003, soit une détérioration de plus de 500 milliards en trois ans. La énième baisse des impôts destinée aux plus riches avait fait son office.

Enfin, à une époque où la protection de la planète devient la base fondamentale de la poursuite de la vie humaine, le libéralisme économique continue d’exercer une pression insoutenable sur notre environnement. Généralement, les marchés sont myopes (ils voient relativement bien de près mais sont quasiment aveugles quand il s’agit de regarder un peu plus loin). Autrement dit, les marchés sont incapables de penser le moyen ou long terme. L’objectif est de maximiser le profit le plus rapidement possible sans se soucier des conséquences directes que peut occasionner la mise sur le marché de nouveaux produits. D’après les libéraux, il faut donc déréglementer à tout va pour laisser ce dernier opérer son œuvre. Oui mais voilà : ce qui marche économiquement à court terme peut être dramatique au niveau environnemental. Des exemples aussi divers que l’abattage d’arbres dans la forêt amazonienne (l’équivalent d’un terrain de football par minute), le distilbène, la nutrition de bovins avec des farines animales, les OGM, le nucléaire, l’agriculture productiviste, l’amiante… sont efficaces à l’aune du libéralisme mais dramatiques à l’échelle humaine.

En un mot, le libéralisme économique débridé, tel qu’il est pratiqué aujourd’hui, est une plaie pour le développement harmonieux de la civilisation humaine. Même si la pensée du tout marché a conquis le monde, mandaté ses commissaires dans des institutions conçues pour lutter contre elle (FMI, banque mondiale, OMC…), organisé ses congrès (Davos), gravé dans le marbre son règlement intérieur (critères de convergence du système monétaire européen, pacte de stabilité dans l’Union Européenne, plans d’ajustement structurels dans le reste du monde), il ne faut pas se plier à son diktat. Si l’on veut sauver la Terre, si l’on veut redonner espoir aux populations du Nord et sortir les peuples du Sud de la misère, la page du libéralisme doit être tournée. Et plus que cela encore, c’est le système économique actuel - le « capitalisme libéral productiviste mondialisé »[7] - qui doit disparaître pour que germe un modèle où l’homme sera considéré comme une fin plutôt que comme un moyen. Tout reste à faire aujourd’hui. Mais l’heure où le durabilisme régulé qualitatif régionalisé remplacera ce système d’un autre temps n’est peut-être plus si lointaine…

Samuel Duhamel

[1] Kevin Philips, Wealth and democracy : a political history of the American rich, 2002
[2] « Even higher society, even harder to ascend », The Economist, janvier 2005
[3] David Stockman, The triumph of politics : why the Reagan revolution failed, 1986
[4] Dominique Strauss-Kahn, conférence de presse du 21 juillet 1997
[5] Godfrey Hodgson, The World turned right side up : a History of the Conservative Ascendancy in America, 1996
[6] LCI, 15 avril 2005
[7] Yves Cochet, Sauver la Terre, 2004

Le bêtisier du libéralisme économique

Votre amour vous a quitté(e)? Vous avez pris trois kilos le mois dernier ? Votre équipe favorite a perdu à domicile contre Valenciennes ? Pas de souci : si vous voulez retrouver le sourire, lisez avec attention ce bêtisier du libéralisme économique. A mourir de rire…

« Si les pauvres savent qu’il leur faut travailler pour ne pas mourir de faim, ils travaillent. Si des hommes jeunes savent qu’ils n’auront pas de secours dans leur vieillesse, ils économisent. Si des vieillards savent qu’ils auront besoin de leurs enfants, ils tâchent de s’en faire aimer. »
Nassau Senior, spécialiste de la lutte contre la pauvreté

« Plus on organise des secours publics pour prendre soin des pauvres, moins ils prennent soin d’eux-mêmes et, naturellement, plus ils deviennent misérables. »
Benjamin Franklin, philosophe (!), ancien ambassadeur des Etats-Unis en France

« Je suis gaulliste. »
Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur et de l’Aménagement du territoire, candidat à l’élection présidentielle, président de l’UMP, conseiller général du canton de Neuilly-sur-Seine Nord, président du conseil général des Hauts de Seine, un café, l’addition.
Pour info, De Gaulle avait écrit dans ses Mémoires de guerre : « L’économie doit être dirigée, d’autant qu’elle est déficiente et qu’elle ne se relèvera pas si on ne la détermine pas. Cette conception du pouvoir armé pour agir dans le domaine économique est directement liée à l’idée que je me fais de l’Etat.»

« Il n’y a pas d’alternative au libéralisme. »
Margaret Thatcher, ancien Premier ministre britannique

« Nul n’a fait davantage que Pinochet et ses conseillers pour démontrer la supériorité de l’économie de marché sur le socialisme. »
Robert Barro, professeur d’économie à Harvard

« Le fait que plus de 90% de notre peuple soient opposés à nos politiques prouve que notre modèle est le bon. »
Pablo Boraona, ancien président de la banque centrale du Chili

« C’est la soumission de l’homme aux forces impersonnelles du marché qui a rendu possible le développement de la civilisation. C’est par cette soumission quotidienne que nous contribuons à quelque chose qui est plus grand que nous ne pouvons comprendre. »
Friedrich Hayek, économiste, père du libéralisme économique

« La liberté s’arrête là où on commence le code du travail. »

Laurence Parisot, présidente du Medef

« Là où le commerce passe les armes s’arrêtent. »
Pascal Lamy, directeur général de l’OMC
Pour info, les cinq pays membres du conseil de sécurité de l’Onu (Etats-Unis, France, Chine, Russie, Grande-Bretagne) sont les cinq plus grands vendeurs d’armes au monde.

« Clinton est de gauche. »
Dominique Strauss-Kahn, ancien ministre français de l’Economie
Pour info, Bill Clinton a laissé se creuser les inégalités sociales aux Etats-Unis, a aboli l’aide fédérale aux pauvres, a supprimé la garantie fédérale d’aide à l’enfance en péril, est pour la peine de mort, a décidé un embargo sur l’Irak ayant coûté la vie à 500 000 personnes, a bombardé l’Irak, un café, l’addition.

« Je ne crois pas qu’on puisse désormais administrer l’économie. Ce n’est pas par la loi, les textes, qu’on régule l’économie. Tout le monde admet maintenant l’économie de marché, toutes les forces politiques françaises pratiquement. »
Lionel Jospin, ancien Premier ministre français

« Le droit du travail et la protection de l’environnement sont devenus excessifs dans la plupart des pays développés. Le libre-échange peut permettre de réprimer ces excès en imposant les importations des pays en voie de développement dans nos pays. »
Gary Becker, prix Nobel d’Economie

« Notre but est d’éliminer les obstacles à la flexibilité du marché du travail. »
Tony Blair, Premier ministre britannique

« Quand je suis avec Tony Blair et Gerhard Schroeder, je suis quasiment le plus à gauche. »
Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre français

Une bible pour les "nonistes" de gauche

Si les antilibéraux n’ont pas encore trouvé de candidat unitaire pour la présidentielle, ils disposent au moins d’un ouvrage de référence. Le grand bond en arrière, dernier essai de Serge Halimi, revient sur le tournant néolibéral qui a bouleversé le système économique mondial, à partir de la fin des années 70. Dans un style limpide et soutenu, les 600 pages du livre présentent les méfaits de l’économie de marché sur les pays pauvres et industrialisés ainsi que la manière dont le capitalisme libéral s’est imposé comme seul horizon économique possible, en dépit de l’opposition d’une majorité de la population mondiale.

La force du livre repose sur la quantité significative d’exemples et de cas concrets rapportés par l’auteur. Du Royaume-Uni aux Etats-Unis, en passant par la Nouvelle-Zélande, la France ou l’Allemagne, le libéralisme a conquis l’ensemble de la planète. Serge Halimi a suivi ce mouvement d’internationalisation de l’économie et explique comment le primat du marché, d’abord considéré comme inopérant entre 1930 et 1970, est rentré dans les cerveaux sans jamais y ressortir. Doucement mais sûrement, la contamination s’est développée jusqu’à atteindre des familles politiques qu’on croyait vaccinées comme les socio démocrates ou une partie des écologistes. Le journaliste du Monde diplomatique s’appuie toujours sur les faits et les dires des thuriféraires du néolibéralisme pour construire son argumentaire. Une méthode efficace qui le préserve du risque de diffamation. Mais s’il donne la parole à Camdessus, Clinton, Sarkozy et les autres, c’est pour mieux les contrer. A la lecture du livre, il apparaît évident qu’humanisme et économie dérégulée sont incompatibles. La démonstration est éclatante. Halimi ne critique pas pour le plaisir ou parce qu’il se croit supérieur à ceux qui pilotent le système économique mondial. Il le fait car, à la lumière de ses recherches, il s’est aperçu que le libéralisme conduisait à davantage d’inégalités entre riches et pauvres et pénalisait les catégories sociales les plus fragiles.

Le travail de recherche est exceptionnel. Une biographie de plus de 200 ouvrages permet de considérer à sa juste valeur la synthèse réalisée par l’auteur. Bien qu’un peu long sur certains passages, Halimi nous emmène là où il le souhaite : dans le domaine du savoir et de la réflexion. Et pour ceux qui n’y connaissent rien en économie, pas de panique : l’essayiste rappelle les fondamentaux (stagflation, politique de l’offre, désinflation compétitive (!)…) qui permettent de suivre le propos sans heurt. Un récit exigeant et détaillé, des convictions aiguisées à l’aune de la réalité, une incitation à changer le monde… Pas de doute, à côté de La grande désillusion de Joseph Stiglitz ou des Nouveaux maîtres du monde de Jean Ziegler, Le grand bond en arrière mérite une place sur le podium dans le palmarès des livres de vulgarisation économique anti-système. A distribuer de toute urgence dans les lycées… et les Parlements !

Samuel Duhamel

Le grand bond en arrière de Serge Halimi, Fayard, Paris, 2006
592 pages, 24 euros

7.1.07

Les 16e, au bout du suspense !

Menés 1 à 0 par une solidaire équipe caennaise, les Valenciennois se sont finalement qualifiés à l'ultime minute du temps réglementaire. Avec Lens, Lille et Calais, il y aura donc 4 équipes en 16e de finale de Coupe de France !

Vous pouvez réécouter les buts de Valenciennes - Caen en cliquant ci-dessous.
VAFC - SMC.mp3

26.12.06

L'hiver sera chaud

Le VAFC de Steve Savidan a dû lutter jusqu'à l'ultime seconde pour conserver son avantage et battre le Club Sportif Sedan Ardennes lors de la 19e journée du championnat de Ligue 1. Les Nordistes comptent désormais 21 points et disposent de 4 unités d'avance sur Troyes, actuel premier relégable. L'hiver sera chaud dans le Hainaut.

Pour écouter les buts du match, cliquez ci-dessous.
Valenciennes - Sedan.mp3