26.11.10

Du bleu avec du rose

Aéroport du Touquet, août 1993. Pierre Mauroy raccompagne François Mitterrand sur le tarmac où l’attend l’hélicoptère présidentiel. Les deux amis viennent de passer la journée ensemble. Une journée à rire, à refaire la France, à refaire le monde. Avant de quitter son ancien Premier ministre, Mitterrand jette un long regard au ciel de la Côte d’Opale. Puis saluant Mauroy, il lui dit avec ce mélange de poésie et de mysticisme qui le caractérise : «Et vous, continuez de mettre du bleu au ciel ! » Ce sera le dernier échange entre les deux hommes. Deux ans plus tard, l’ancien Président français mourra d’un cancer de la prostate.

« Mettre du bleu au ciel », voilà qui pourrait résumer la mission que s’est donnée Pierre Mauroy en embrassant la politique il y a plus d’un demi-siècle. C’est en tout cas ce qui ressort de ses Mémoires écrites en 2003, au soir de son impressionnante carrière de militant socialiste, d’élu local et d’homme d’Etat. En 500 pages, le natif de Cartignies, dans le Nord, revient sur son parcours, dense et linéaire : de son enfance marquée par la guerre jusqu’à son remplacement à la mairie de Lille par Martine Aubry en passant par ses nombreux succès électoraux, la création du parti socialiste et évidemment la victoire de François Mitterrand lors de la présidentielle de 1981. Mauroy, c’est la politique à l’ancienne, c’est une époque pas si lointaine où le cumul des mandats n’était un problème pour personne. Pour le nordiste, la politique, c’est d’abord un « métier ». Et comme dans tout métier, il faut d’abord se former – ce sont les années 1950-60 avec les premières responsabilités au sein de la Section Française de l’Internationale Ouvrière, ancêtre du Parti socialiste – puis se perfectionner – comme adjoint d’Augustin Laurent à Lille en 1971, ensuite comme député-maire en 1973. C’est seulement après cet apprentissage concret que l’accession à Matignon devient possible.

Pierre Mauroy restera avant tout dans les mémoires comme le premier Premier ministre de gauche de la Ve République. Dans son livre, il consacre près de 200 pages à ses trois ans à Matignon. Nous sommes en 1981. La France n’a pas connu de chef de gouvernement socialiste depuis le controversé Guy Mollet en 1956. Une éternité. Alors forcément quand Mitterrand et Mauroy arrivent, la vie des Français change. « Le bilan d’ensemble de mon passage à Matignon demeure considérable dépassant celui du Front Populaire de 1936, et le programme de la Résistance en 1944. », écrit le socialiste sans fausse modestie. Et il n’a pas forcément tort. 38 mois au gouvernement, un peu plus de 1000 jours et pourtant les avancées sont innombrables : augmentation du minimum vieillesse, des allocations familiales, du salaire minimum, de l’allocation logement, suppression de la peine de mort, suppression des tribunaux militaires, décentralisation, retraite à soixante ans, cinquième semaine de congés payés, baisse du temps de travail, légalisation des radios privées, instauration du prix unique du livre et de la fête de la musique, lancement de l’Opéra Bastille, du Grand Louvre et de la Cité de la Musique…

Aujourd’hui, Pierre Mauroy est encore sénateur. Mais sa carrière – son « métier » comme il dit – touche à sa fin. Lire les Mémoires de l’ancien Premier Ministre, c’est redécouvrir avec nostalgie la France des années 1970-80 et le goût délicieusement suranné de la politique de l’époque. Les Trente Glorieuses semblent bien loin désormais, la politique en chantant également. A l’heure où le gouvernement actuel détricote minutieusement l’héritage social de 1981, où l’on revient sur les droits des citoyens plutôt que d’en octroyer de nouveaux, où le ciel de France se couvre de lourds nuages gris, on se dit que malgré tout, Pierre Mauroy a réussi son pari : avec du rose, il a mis du bleu au ciel.

Samuel Duhamel




Mémoires de Pierre Mauroy, éditions Plon, 506 pages, 2003, 24 €

Pierre Mauroy, entre socialisme et réalités

« Depuis l’adolescence, pas un seul jour je n’ai renoncé à cette conviction d’être socialiste. »Pierre Mauroy

Ce n’était pas écrit d’avance. Lorsque le petit Pierre Mauroy vient au monde en 1928 dans un village de l’Avesnois, personne ne peut prédire le destin qui sera le sien. A la maison, le socialisme n’a pas voix au chapitre. Le papa est maître d’école et vote en faveur du parti radical, la maman reste à la maison et craint les émeutes après la victoire du Front populaire en 1936. Et puis de toute façon, l’enfance de Pierre et de ses six frères et sœurs, c’est avant tout la guerre. Une guerre qui a failli coûter la vie à toute la famille un jour de mai 1940 lorsqu’une bombe allemande détruit le cinéma d’Abbeville où les Mauroy s’étaient réfugiés.

Pour autant, Pierre ne s’est pas construit tout seul. Son idole à l’époque, c’est Léo Lagrange, le député d’Avesnes-sur-Helpe, créateur des premières auberges de jeunesse et des colonies de vacances sous le gouvernement Blum. A la Libération, pas encore dix-huit ans, Mauroy adhère aux Jeunesses socialistes dont il prendra la charge quelques années plus tard. Son objectif : « se mettre au service du progrès et du bonheur des hommes ». Sa méthode : le « socialisme démocratique » qu’il conçoit comme une idéologie de transformation sociale dans un cadre économique capitaliste figé. Naviguer entre « Socialisme et réalités » sera donc le credo de sa carrière politique et… par ailleurs le nom de la motion qu’il présentera au congrès de Metz en 1979.

Mais pour pouvoir changer la vie des gens, il faut être en position de le faire. Alors très vite, Pierre Mauroy intègre différentes organisations politiques, associatives et syndicales et va en tirer les ficelles. Les mandats et les responsabilités s’enchaînent : en 1950, il lance la Fédération Léo-Lagrange, un réseau national d’éducation populaire, puis entre au comité directeur de la SFIO (section française de l’internationale ouvrière) avant d’en devenir le secrétaire national adjoint. En 1965, il rencontre François Mitterrand avec qui il prend la tête du nouveau parti socialiste. Son ancrage local lui permet également de devenir vice-président du conseil général du Nord en 1967, puis maire de Lille et député en 1973. Avant évidemment l’entrée à Matignon en 1981. En 1988, il devient Premier secrétaire du PS, avant d’être élu sénateur, président de la Communauté urbaine de Lille puis président de la Fédération mondiale des villes jumelées. Mais la reconnaissance suprême, l’aboutissement de son parcours, c’est 1992, année durant laquelle il succède à Willy Brandt à la présidence de l’internationale socialiste.

Durant ses soixante ans de carrière, Pierre Mauroy a toujours cherché l’unité de sa famille politique. Acceptant parfois de jouer les seconds rôles au profit de son idéal [1], il symbolise un socialisme tempéré dans un monde en proie aux affres d’un capitalisme toujours plus vorace. « Je me sens proche de ces utopistes qui, à force de croire obstinément à leurs rêves, finissent par leur imposer la réalité. », dit-il encore aujourd’hui. Son bilan à la tête des différentes fonctions qu’il a occupées reste globalement positif et rares sont ceux aujourd’hui qui critiquent ses choix et son intégrité. Dans la droite ligne de Jaurès, Blum ou Salengro, Mauroy restera donc une figure tutélaire du socialisme français et international du XXe siècle. Entre socialisme et réalités, Mauroy s’est, semble-t-il, trouvé une place de choix.

Samuel Duhamel


[1] Il céda son poste de député au communiste Jean Lenoir en 1967, déclina la fonction de Premier secrétaire du PS au profit de François Mitterrand au congrès d’Epinay en 1971, démissionna du gouvernement contre l’avis de ce dernier en 1984…

Mauroy dans le texte

Sur sa conception de la gouvernance : « D’autres que moi ont déjà dit que gouverner, c’est prévoir, que gouverner, c’est choisir ou même que gouverner, c’est gérer. Pour moi, c’est avant tout vouloir apporter au peuple un supplément de bonheur. »

Sur le poids de la gauche en France : « En France, la gauche ne peut arriver au pouvoir que dans des circonstances exceptionnelles. Les réformes accomplies sont son honneur et sa raison d’être mais son maintien à la tête de l’Etat n’excède pas trois mois au XIXe siècle, douze ans et demi au XXe siècle. »

Sur la politique de rigueur : « Ce n’est ni une régression, ni un renoncement mais la condition même de la poursuite des réformes. »
« Nous nous sommes lancés avec entrain, il nous faut aujourd’hui changer de vitesse, rétrograder pour atteindre le sommet. Nous ne changeons ni de route, ni de conduite. Nous nous adaptons simplement au terrain.

Sur la troisième de Tony Blair : « J’ai rappelé à Tony Blair que je ne connaissais qu’une seule troisième voie, celle qui entre le capitalisme et le communisme, s’appelle le socialisme démocratique avec toutes les valeurs dont il est porteur. »

Sur sa passion pour Lille : « Partout où je vais, j’emmène Lille avec moi ! »

Sur Martine Aubry : « C’est une véritable femme de pouvoir qui cherche à s’imposer partout où elle est, et veut donner son avis sur tout parfois de manière un peu expéditive. »

Sur Alain Juppé : « Il a un vrai talent pour se rendre impopulaire. »

28.10.10

Les migrants toujours présents à Calais



Il y a un peu plus d'un an, Eric Besson, le ministre de l'immigration et de l'identité nationale, a fermé la jungle de Calais à grands renforts de CRS et de caméras de télévision.
Depuis, les migrants sont beaucoup moins nombreux dans les rues du Calaisis. Environ deux mille il y a douze mois, ils seraient cinq cents aujourd'hui.
Pour autant, le problème lié à cet afflux d'étrangers en situation irrégulière sur les côtes nord de l'hexagone est loin d'être réglé.
Certes Natacha Bouchard, la maire UMP de Calais, affirme que sa ville est désormais plus calme, certes les associations ont moins de repas à préparer chaque midi et chaque soir mais un peu partout dans le Calaisis, de petits campements essaiment.
A l'intérieur de ces petites jungles, plusieurs dizaines de miséreux en provenance d'Iran, d'Afghanistan ou du Viêt-Nam vivent dans des conditions inacceptables.
La grande jungle a disparu mais les migrants eux sont toujours là. Bienvenue chez les chtis !
Samuel Duhamel

24.10.10

Lens se relance

Cinq mois ! Il aura fallu attendre cinq mois pour voir le Racing Club de Lens s'imposer de nouveau sur sa pelouse de Bollaert. Hier soir, pour le compte de la dixième journée du championnat de Ligue 1, les Sang et Or ont battu Nice (1-0) au bout du suspense suite à un but d'Issam Jemaa bien servi par David Pollet.
Malgré ce succès, Lens reste relégable à la différence de buts. Nice est toujours dans le ventre mou à la 13e position.

Revivez les trois dernières minutes de la rencontre en cliquant ci-dessous.
Lens_Nice_Samuel Duhamel.mp3

Déclarations d'après match :
Jean-Guy Wallemme, entraîneur de Lens :"C'est une belle satisfaction, on est soulagés même si cela a été long à se dessiner. On a essayé de contourner le bloc adverse en première mi-temps, on a cherché à se mettre en position de frappe mais on a été inefficaces trop longtemps. En deuxième mi-temps, c'était moins bien mais on a été récompensés de notre obstination. On a validé notre nul contre Rennes. La première mi-temps a été bonne même si on n'a pas réussi à finaliser. En deuxième période, on a été moins patients, on a trop balancé devant même si Pollet est bon pour garder le ballon. Nos défenseurs ont été vigilants, ils ont su contrer les attaquants de Nice qui sont des attaquants de valeur. On revient dans le coup au classement, c'est bien, le championnat est ouvert. David Pollet ? Il est décisif de nouveau après notre victoire à Arles mais il a encore beaucoup à apprendre. Il n'est pas forcément prêt à entrer dans un match de haut niveau mais c'est vrai que ce soir, il marque des points en étant décisif."

Eric Roy, entraîneur de Nice :"On prend ce but en fin de match, c'est difficile à encaisser. On doit en faire plus pour obtenir des résultats à l'extérieur. On a pêché dans pas mal de domaines. On n'a pas été en grand danger non plus mais notre prestation était largement insuffisante pour espérer quelque chose. On fait trop d'erreurs pour jouer le haut de tableau. Ce but, on ne doit pas le prendre. On est à notre place ce soir : à savoir dans le ventre mou du championnat. Lens revient à quatre points de nous, c'est embêtant."

Propos recueillis par Samuel Duhamel

22.10.10

Précieux succès du Losc en Ligue Europa

Le Losc s'est complètement relancé dans la course à la qualification pour les seizièmes de finale de la Ligue Europa hier soir.
Au terme d'une rencontre globalement maîtrisée, les Dogues l'ont en effet emporté face au Levski Sofia (1-0, but de Chedjou à la 50e minute).
Victoire étriquée, victoire méritée mais surtout victoire précieuse pour Lille qui ravit la deuxième place à leur hôte bulgare et peut désormais envisager la suite de la compétition avec sérénité.

Lille_Sofia_Samuel Duhamel.mp3

Echos et déclarations d'après matchs :

Yasen Petrov, entraîneur du Levski Sofia :"J'aimerais souligner la bonne ambiance dans les tribunes ce soir, j'ai été surpris par le nombre de supporters du Levski ce soir. On a réussi à résister longtemps face à Lille mais on a encaissé un but suite à une erreur collective. Les vingt dernières minutes, on a bien réagi, on aurait pu égaliser. On a globalement fait un bon match. Il n'y a pas de honte à avoir de cette défaite. On a encore de réelles chances de qualification. Pour le match retour, notre stade sera plein et j'espère qu'avec le soutien de nos fans, on obtiendra un meilleur résultat."

Rudy Garcia, entraîneur du Losc :"On savait que c'était difficile. Je pense qu'on aurait pu prendre l'avantage plus rapidement dans ce match et s'éviter les frayeurs de la fin de match. Le Sporting Portugal est l'éventail du groupe, ils étaient favoris du groupe, ils le confirment, on va se battre avec les deux autres équipes pour la deuxième place. Tout reste serré, on veut garder cette deuxième place jusque la fin. On a fait tourner notre effectif, tout le groupe est concerné, nos remplaçants sont en forme, il était normal que je leur fasse confiance ce soir et je suis satisfait de leur prestation. On va savourer cette victoire maintenant et dès demain se reconcentrer sur le championnat et ce match de dimanche face à l'OM. En fin de match, on a souffert physiquement, on a aussi fait de mauvais choix, on a manqué de lucidité parce qu'on était carbonisés."
Propos recueillis par Samuel Duhamel

4.10.10

Sow assure le show !

Lille a facilement dominé Montpellier (3 buts à 1) hier soir au stadium Nord pour le compte de la huitième journée du championnat de Ligue 1.
Moussa Sow a réalisé un match plein avec deux buts marqués (20e, 32e) et une activité incessante sur le front de l'attaque nordiste. Gervinho a inscrit le troisième but en fin de rencontre (81e).
Entre temps le buteur pailladin Olivier Giroud avait égalisé sur pénalty (22e). Avec ce précieux succès, les Lillois montent pour la première fois de la saison sur le podium du championnat à seulement quatre longueurs du leader rennais.

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Déclaration d'après match de Rudy Garcia, l'entraîneur lillois :"On a démontré sur le terrain ce soir qu'on était capables de hausser notre niveau de jeu malgré la fatigue. On a été très bons dans la gestion de cette baisse physique. On a su faire les efforts puis marquer ce 3e but qui nous permet de l'emporter largement. On voulait faire ce match, on l'a réussi : c'est très satisfaisant ! Maintenant, il faut récupérer, j'espère que les blessés vont revenir. La victoire nous fait du bien au niveau du classement aussi. On est sur une série positive. J'ai fait passer un message à mon équipe vendredi, mes joueurs l'ont compris : leur réponse me convient ce soir !"

Propos recueillis par Samuel Duhamel

27.9.10

Paris dans le bon wagon

Le Paris-Saint-Germain s'est facilement imposé hier soir sur la pelouse du stade Bollaert face à Lens (2 buts à 0). Les buts ont été inscrits par Yahia contre son camp puis par Nenê en toute fin de rencontre. Cette victoire à l'extérieur (la première en 2010 pour le PSG) permet aux joueurs d'Antoine Kombouaré de faire leur apparition dans le top 5 du championnat. Les Lensois, eux, restent relégables à la 19e et avant-dernière position.
Echos et réactions d'après-match :
Yahia, héros malheureux. Le défenseur lensois fêtait son 29e anniversaire ce soir. Il aurait souhaité remporter ce Lens-Paris en inscrivant pourquoi pas le but de la victoire... C'est le contraire qui s'est produit. L'international tunisien a inscrit le premier but parisien au terme d'une séquence digne du vidéo gag. Un anniversaire cauchemardesque...

Antoine Kombouaré, entraîneur du PSG :"Ce sont trois très bons points ce soir acquis dans la difficulté. On a fait une première mi-temps très décevante, Lens a bien commencé mais ensuite, on est montés en puissance. Et je pense que la victoire est méritée. On s'est procurés beaucoup d'occasions en seconde période. Mes joueurs ont bien réagi avec beaucoup de disponibilité. C'est notre première victoire à l'extérieur en championnat depuis décembre 2009 (déjà dans le Pas-de-Calais à Boulogne-sur-Mer 5-2). Il faut continuer cette série désormais. Je reste sur mes gardes toutefois. Nous somme dans le bon wagon au classement mais d'autres batailles sont à venir très prochainement. On est dans une période positive, ce n'est pas le cas à Lens, on le savait. On a su profiter d'une petite faute de la défense lensoise pour se détacher et notre discipline collective a fait le reste."

Alaeddine Yahia, défenseur du RC Lens :"On traverse une période noire, il faut continuer à travailler. On a bien commencé mais on n'a pas marqué ce soir. Il y a eu ce but malheureux mais il ne faut pas s'accabler sur notre sort. Ca fait sept matchs qu'on est en réaction. On ne marque jamais en première mi-temps. On est en Ligue 1 pas en division de district. On veut en faire trop. Il faut se défoncer maintenant. ll faut se prendre en main maintenant ou jamais. Il faut se donner un coup de pied au cul. On est inquiets. L'année dernière, on était aussi en grande difficulté. Quand tu joues le maintien et que tu ne gagnes pas à domicile, ça coince, ça pose problème. Par rapport à mon anniversaire, je m'en fous. On a cinq points après sept journées... comme Lyon. Je ne suis pas inquiet pour Lyon, pour nous oui. Il faut faire les efforts toute la rencontre. Il faut qu'on continue à se battre. Personne ne nous fait des cadeaux. On traverse une période noire."

Jean-Guy Wallemme, entraîneur de Lens :"Ca se complique ! On a été bons plutôt bons en première mi-temps. Mais notre début de deuxième mi-temps est très compliquée. Derrière, on a joué par à coups avec de longs ballons. On n'a pas su rivaliser avec les attaquants parisiens. On a eu quelques opportunités. On a pris des risques de manière désorganisée. Il y avait peut-être la place pour prendre un point ce soir. Il faut continuer à bosser, c'est la clé. Il y a un manque de confiance évident dans notre équipe. Il faut que cela change. Ce soir, on s'est mis en danger tout seuls. On n'a pas encore marqué en première mi-temps. On ne réussit pas à progresser, il est plus que temps d'avancer. On a les nerfs à vif, on le sait. On manque de lucidité. Il faut retrouver de la confiance au plus vite."
Propos recueillis par Samuel Duhamel

12.9.10

Les damnés de la terre agricole

Ils s'appellent Mohamed, Guilhermino, Naïma, Hassan ou Salah Abdel. Comme tant d'autres, ces ouvriers horticoles traversent chaque printemps la mer Méditerranée pour offrir leur force de travail à de riches exploitants agricoles occidentaux. Pendant cinq ou six mois, ils répètent sans cesse les mêmes mouvements pénibles pour que nous puissions consommer fraises, oranges et tomates à longueur d'année. Ces saisonniers sont invisibles. On ne les entend jamais dans les médias. Pourtant, très souvent, leur quotidien ressemble un enfer. Cadences infernales, heures supplémentaires non rémunérées, exposition permanente aux pesticides, licenciements abusifs... Leurs vies sont conditionnées aux profits de l'industrie qui les emploie. On pourrait les appeler les damnés de la terre agricole. Dans son livre, Patrick Herman les surnomme Les nouveaux esclaves du capitalisme.

En cinq chapitres, l'auteur décrit les conditions de travail de ces salariés précaires, presqu'exclusivement étrangers, dans différentes régions du bassin méditerranéen. Et cela fait peur ! Car la « modernisation de l'agriculture » est peu regardante de la dignité humaine ou de la préservation de l'environnement. Avant, travailler dans un verger ou dans un champ, c'était extraire le meilleur de la terre nourricière pour le vendre à un prix juste sur les marchés locaux. Depuis cinquante ans, cela veut dire produire plus, plus vite et moins cher pour gagner des marchés, accroître continuellement la dose d'insecticides et ne plus respecter les rythmes biologiques. Bienvenue dans le monde de l'agribusiness où les fermes ont perdu leur visage humain !

En se rendant sur les lieux de production, en interviewant les saisonniers, Herman constate que cette exploitation est encouragée par les Etats eux-mêmes. Plus personne en Europe n'accepterait de travailler dans des serres pour ses salaires ridicules, dans des conditions pénibles et avec des cadences élevées ? Alors, il faut aller chercher ailleurs. Chaque année, plusieurs dizaines de milliers de Maghrébins, d'Ukrainiens ou de Sénégalais s'épuisent donc dans les champs espagnols ou français. L'agriculture figure en effet au premier rang des secteurs économiques gourmands en main-d'œuvre étrangère. Herman l'assure : « Ce ne sont pas les régularisations massives des sans-papiers qui créent l'appel d'air pour de nouvelles migrations, mais bien l'offre de travail permanente que proposent certains secteurs de l'économie. » En un sens, la venue des salariés agricoles étrangers sur nos territoires et la servitude dont ils ont victimes dans nos serres ne sont donc que les conséquences des impératifs de production de l'agriculture intensive.

Même si la démonstration d'Herman ne concerne que le secteur agricole, elle permettra peut être de réveiller les naïfs quant aux conséquences désastreuses du capitalisme libéral productiviste. A conseiller donc aux endormis mais aussi à tous ceux qui se sentent l'âme révolutionnaire sans trop savoir pourquoi !

Samuel Duhamel

Les nouveaux esclaves du capitalisme. Agriculture intensive et régression sociale : l'enquête de Patrick Herman, éditions au diable Vauvert, 407 pages, 2010, 23 euros

30.8.10

Nouveau nul pour le LOSC !

Sixième rencontre officielle et cinquième match nul pour le LOSC en ce début de saison. Hier, les dogues ont dû se contenter d'un tout petit point face à l'OGC Nice (1-1). Les aiglons ont ouvert le score à la 34e minute sur un pénalty d'Emerse Faé. Les Nordistes ont égalisé à la 69e minute grâce à Eden Hazard. Dominateurs mais inefficaces, les loscistes ne sont pour l'instant qu'une pâle copie du rouleau compresseur qu'ils formaient l'année dernière. Avec 4 points pris en 4 rencontres, ils sont pour le moment 11e du championnat, deux points derrière leurs hôtes qui occupent le 8e rang.
Echos et déclarations :

Dominer n'est pas gagner : les Lillois l'ont de nouveau appris à leurs dépens ce soir. Largement supérieurs dans le jeu, ils n'ont pas réussi à l'emporter. Mais les statistiques plaident en leur faveur : 18 corners à 3, 18 tirs à 6, 59% de possession de ballon et surtout 51 centres à 10...
Emerse Faé, milieu de terrain de Nice :"Nous sommes frustrés ce soir. Nous menons au score et nous nous faisons rattraper comme l'année dernière. Mais bon, prendre un point ici, c'est une bonne affaire. Avant le match, on aurait signé pour un nul contre Lille, l'une des meilleures équipes du championnat. Cette année, on est solides, je savais que même après l'égalisation, on allait tenir le score. Je marque mon deuxième but en deux matchs mais c'est anecdotique, j'espère que je ne serai pas le meilleur buteur de mon équipe en fin de saison... Je me sens bien dans cette équipe, j'ai beaucoup de repères désormais et c'est pour cela que je suis décisif."
Rudy Garcia, entraîneur de Lille :"Nous restons invaincus ce soir. C'est un point positif. On a fait deux mi-temps bien différentes. Moyen en première mi-temps. Très bien en deuxième, je pense que c'est la meilleure qu'on ait faite depuis le début de saison. On n'a pas été mis en danger de la partie. Ils ont beaucoup cassé le jeu au milieu. On a manqué de rythme notamment dans nos accélérations. On cadre trop peu de tirs, 4 seulement sur 18. Ce soir, toutes les équipes européennes ont réalisé des performances moyennes ou médiocres. Ce n'est pas un hasard. Le nul dans ce contexte est un moindre mal. Notre équipe a poussé mais cela n'a pas suffi. Aujourd'hui, je suis assez satisfait. Notre premier mois de compétition est moyen, solide mais moyen. Gervinho et Hazard ont été décisifs ce soir, ils sont en progression. Je pense que c'est prometteur."

Eric Roy, entraîneur de Nice :"Ce scénario m'embête mais il est logique. Nos premières 45 minutes étaient encourageantes mais après on a trop subi, il est normal que ça craque. Les Lillois étaient fatigués mais ils ont bien fini. Ils sont allés chercher ce point avec leurs tripes. Mais notre deuxième mi-temps n'a pas été bonne. On l'a payé cash. J'espère une signature d'attaquant d'ici la fin de la semaine. On a perdu 7 joueurs dont 4 majeurs (Modeste, Rémy, Apam, Echouafni) pour une seule recrue. L'année dernière, on a fini 15e. Cette saison, on semble moins bien pourvus donc ça va être très dur mais je reste confiant."

Propos recueillis par Samuel Duhamel


22.8.10

Lens revient de l'enfer

Menés 0-2 contre le court du jeu à vingt minutes de la fin, les Artésiens ont trouvé les ressources morales nécessaires pour obtenir le point du match nul (2-2) hier soir contre Monaco. Les buts monégasques ont été inscrits par Niculae et Aubameyang. Lens a répondu grâce à Eduardo, avec la complicité involontaire d'Adriano, et Roudet.
Beaucoup d'émotion, de passion et de buts mais au final les deux équipes stagnent au classement. Ce matin, les Nordistes sont huitièmes. Les joueurs de Guy Lacombe occupent, eux, la quinzième place.

Résumé audio de la rencontre : cliquez ici !

Echos et réactions :

Guy Lacombe, entraîneur de Monaco :"On a eu peur de perdre ce match en fin de rencontre. On a baissé de pied au fil des minutes. Il faut dire qu'on avait joué mardi. On était fatigués. Quand on mène 2-0, on doit être capables de prendre 3 points. Après, il ne faut pas oublier que ce score de 2-0 était très sévère pour Lens. Lens a un banc de touche. Wallemme a su s'en servir. Maintenant les buts qu'on prend, je pense qu'on peut les éviter. Je suis satisfait du comportement de mes joueurs car il y avait de la fatigue. Tout le monde a su répondre présent. Les joueurs sortis du banc de Lens ont été très bons. Je pense que dans un mois, on prendra trois points, on saura garder le score mais ce soir, on était trop juste physiquement. Je félicite le public lensois aussi, il a joué un grand rôle dans le score de ce soir."

Sébastien Roudet, milieu de terrain de Lens :"On a bien réagi. Mais on a bien joué aussi au début. Nos adversaires ont su marquer sur leur peu d'occasions. Ca va nous servir de leçon, je pense. On est revenus au score, ça prouve que mentalement, on est bien. On aurait pu l'emporter. On aurait dû l'emporter, ça n'aurait pas été volé. On a eu plein d'occasions franches. Après le but de Niculae, on était un peu perdus, on avait l'impression de bien jouer et d'être menés contre le court du jeu. On a su ensuite redoublé d'efforts pour revenir au score. Monaco a au final très peu d'occasions mais ils ont été très efficaces. C'est de bon augure pour la suite. On va se battre toute la saison. On sait qu'on doit se défoncer. On est dans une logique de combat, on n'a pas le droit de se relâcher. On doit se battre pour ce public, on a tout donné. C'est le minimum. Il faut continuer à être irréprochables. Physiquement, on est bien. C'est notre force cette saison. A la fin, on les a écrasés. Il s'en est fallu d'un rien pour qu'on gagne."

Deux partout au final entre Lens et Monaco mais le score ne reflète pas forcément la physionomie du match. Lens a dominé Monaco de la tête et des épaules en fin de match mais n'a pas su forcer la décision. Les statistiques sont éloquentes : 11 occasions à 3, 25 tirs à 6, 7 tirs cadrés à 2, 7 corners à 0...

Jean-Guy Wallemme, entraîneur de Lens :"Monaco a su faire preuve de réalisme. Nous, on a eu une dizaine d'occasions franches. A la mi-temps, je leur ai dit :"Ne changez rien, soyez juste plus efficaces." On a pris ce deuxième but évitable. Aubameyang a un peu de chance en plus. Mais ce qui est intéressant, c'est qu'on s'est relévés. J'ai fait rentrer 3 attaquants pour arracher la décision. Mais on aurait pu perdre aussi sur le fil. Il faut aussi se satisfaire d'un match nul parfois. On a beaucoup de jeunes dans notre équipe, on apprend aussi à chaque match. C'était un match intéressant et vivant. Pour les spectateurs, c'est bien. Pour nous, ça reste un peu décevant. Monaco a fait 18 fautes, nous 4. Je l'ai fait savoir à monsieur Duhamel. J'étais comme mes joueurs ce soir : dans la passion et l'énergie. Faut pas oublier que cet arbitre a des antécédents avec nous (cf. finale coupe de la Ligue 2008) mais bon, je ne lui en ai pas parlé."
Propos recueillis par Samuel Duhamel

28.7.10

Mon étoile noire

C’est probablement le plus grand défenseur de l’histoire de l’équipe de France. Pendant dix-sept ans, Lilian Thuram a connu une fantastique carrière de footballeur professionnel. Avec les Bleus, il a tout gagné : la Coupe du monde 98 (qui a oublié son incroyable doublé en demi-finale contre la Croatie ?), l’Euro 2000 puis la Coupe des Confédérations en 2003. Il reste encore aujourd’hui le détenteur du record de sélections en équipe de France masculine avec 142 caps. Thuram, c’est aussi une remarquable carrière en club avec de grandes réussites dans trois championnats majeurs : en France avec Monaco, en Italie à Parme et à Turin, puis en Espagne avec Barcelone.

Mais si Thuram gagne à être connu, ce n’est pas forcément pour ses performances sur le terrain. Avant d’être une légende de son sport, le natif de Pointe-à-Pitre est un humaniste convaincu. La noblesse de son cœur le définit bien davantage que les miracles qu’il a accomplis avec ses jambes. C’est en tout cas ce que l’on ressent à la lecture de son livre, Mes étoiles noires (éditions Philippe Rey). En 400 pages, Thuram évoque le destin d’une cinquantaine de philosophes, inventeurs, poètes, sportifs ou politiques noirs. Son projet est noble : rappeler à ses lecteurs que l’intelligence n’a pas de couleur. « Pas besoin de dépenser 18 euros pour savoir cela ! », me direz-vous ! Et bien si en fait : les messages les plus simples nécessitent qu’on les répète.

De Lucy, notre grand-mère africaine, au premier président métis étatsunien Barack Obama, en passant par des figures illustres comme Aimé Césaire, Rosa Parks ou Martin Luther King ou d’autres inconnues (le polytechnicien Camille Mortenol, le résistant Addi Bâ…), les modèles de Thuram nous racontent tous quelque chose sur nos préjugés ou sur ceux de notre époque. Et sincèrement, cela fait du bien ! La lutte contre le racisme est un combat de tous les instants qui doit s’appuyer sur l’éducation et l’accès à la culture. Alors Thuram nous donne certaines clés pour que nous restions éveillés : page 11 – «Nous sommes tous des Africains d’origine, nés il y a trois millions d’années, et cela devrait nous inciter à la fraternité » ; page 14 –« Quelle que soit sa couleur, l’être humain aura toujours 639 muscles, 5 litres de sang et sera génétiquement semblable aux autres à 99,9% » ; page 32 –« La première déclaration des droits de l’Homme date de 1222, elle est l’œuvre de chasseurs de l’Empire du Mali » ; page 34, 57, 141 et 321 – Le racisme peut venir de partout même des esprits a priori éclairés comme ceux de Victor Hugo, Voltaire, Kant ou Pierre de Coubertin.

En parlant de ses modèles, Lilian Thuram évoque en filigrane son parcours personnel : celui d’un Guadeloupéen, arrivé en métropole sans repère à seulement neuf ans. Il s’est construit grâce au sport évidemment, mais surtout dans la confrontation, dans l’acceptation de sa différence et la prise de conscience qu’elle n’était, en aucun cas, une tare ou une punition. Même si la classification chronologique de ses étoiles est parfois imprécise, le livre de Thuram fait tomber les clichés et grandir les âmes. Thuram, l’humaniste ! Thuram, le penseur ! Thuram, le philosophe ! Thuram, le footballeur ? Il jouait où déjà ?

Samuel Duhamel

Mes étoiles noires de Lilian Thuram, éditions Philippe Rey, 400 pages, 2010, 18 euros

9.6.10

Petit concentré d’intelligence à destination des rédacteurs en chef

« Bourrez les gens de données incombustibles, gorgez-les de ‘faits’, qu’ils se sentent gavés, mais absolument ‘brillants’, côté information. […] Ne les engagez pas sur des terrains glissants comme la philosophie ou la sociologie pour relier les choses entre elles. C’est la porte ouverte à la mélancolie. »
Ray Bradbury, Fahrenheit 451, 1953

Désinformation, ragots, rumeurs, infotainment, surinformation… Depuis une vingtaine d’années, les journalistes et leur travail sont en proie à la critique d’une partie du public. Critiqués pour leurs choix éditoriaux, critiqués surtout pour être en inadéquation avec leur mission première : décrire le monde tel qu’il est et expliquer ce par quoi il est régi. Très souvent dans les médias, l’anecdotique, s’il est spectaculaire, et l’émotionnel, même s’il ne dit rien - ou si peu - de la société dans laquelle nous vivons, relèguent l’essentiel à la portion congrue. C’est ce que le sociologue belge François Heinderyckx appelle la « malinformation », c’est-à-dire une information non-conforme à ce que le public est en droit d’attendre d’une presse libre et citoyenne.

Dans son ouvrage, La malinformation. Plaidoyer pour une refondation de l’information, l’auteur porte la plume dans la plaie béante dont souffre le journalisme contemporain. Avec un constat simple : jamais les moyens techniques pour transmettre de l’information n’ont été aussi importants et jamais le monde n’a semblé aussi complexe, obtus, difficile à appréhender. L’explication ? Les médias industriels ont tendance à noyer leur public dans des données sans importance, juxtaposant faits divers sordides et événements éphémères.

Or, l’information qui compte, c’est celle qui a du sens, celle qui donne lieu à l’analyse, celle qui permet de comprendre un processus ou une tendance sociétale. Avant de rendre les cerveaux disponibles pour la publicité [1], l’information doit permettre à chacun de se construire, d’avoir les clés de compréhension du monde. Seulement problème : l’information est une donnée marchande comme les autres. En cela, elle doit permettre à ses tenants de gagner de l’argent.

Avant de délivrer un message citoyen, les journaux cherchent donc à plaire. Il faut faire bref, privilégier le factuel à l’analyse, donner aux gens ce qu’ils veulent savoir plutôt que ce qu’ils doivent comprendre… En un mot, livrer des données qui permettent un rassasiement agréable et efficace. L’analogie dressée par l’auteur entre malinformation et malbouffe est en cela éloquente. Dans les deux cas, ce qui marche, c’est le rapide, le facile et le sucré pour ne pas dire l’insipide. Heinderyckx file la métaphore : « le divertissement et l’émotion sont à l’information ce que les glucides et les lipides sont à l’alimentation : utiles et même indispensables à doses raisonnables, ils deviennent nocifs et pathogènes lorsqu’ils sont consommés en excès. » Mais alors que faire ? L’auteur dresse quelques pistes pour rendre à l’information la mission qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’avoir. La clé ? Ce sont les citoyens qui l’ont. En se détournant de l’absurde et du stérile, les consommateurs d’info obligeront ses créateurs à repenser leurs schémas consuméristes. L’éducation au sens et au rôle de l’information est donc un premier pas pour que la malinformation disparaisse de nos journaux et de nos écrans.

En à peine 93 pages et dans un style clair et didactique, le livre de François Heinderyckx nous éclaire sur les dérives contemporaines du monde médiatique. A sa lecture, la refondation de l’information qu’il appelle de ses vœux semble d’une urgence impérieuse. Une autre info est possible ? Non elle est indispensable !

Samuel Duhamel

[1] Patrick Le Lay, ancien PDG de TF1, affirmait en 2004 que les émissions de la première chaîne avaient « pour vocation de rendre le cerveau du téléspectateur disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer aux messages publicitaires. »

La malinformation. Plaidoyer pour une refondation de l’information de François Heinderyckx, éditions Labor, 93 pages, 2003, 9 €

9.5.10

Le champion avant la Ligue ?

Le Lille Olympique Sporting Club a réalisé une magnifique performance hier soir en battant le champion de France marseillais au terme d'une rencontre haletante (3-2).
Les Nordistes étaient pourtant menés 0-1 puis 1-2 avec les buts de Niang et d'Hilton. Mais grâce à un nouveau pénalty de Cabaye et une fin de match époustouflante (De Melo à la 80e et Debuchy à la 95e), les Lillois ont finalement remporté la victoire. Dans le même temps, Auxerre et Lyon ont été freinés par les voisins nordistes Valenciennes et Lens (respectivement 0-0 et 2-2). Autrement dit, un nul à Lorient lors du dernier match assurerait aux dogues une place dans les trois premiers. Chapeau !
Réactions d'après-match :
Didier Deschamps, entraîneur de l'OM :"On a joué le jeu, je suis fier de mes joueurs. Il y avait beaucoup de coeur et de générosité. On perd dans les arrêts de jeu mais on a joué très longtemps à dix. Mes joueurs ont eu un comportement exemplaire. On a vu un grand champion ce soir. On a fait ce qu'il fallait, on n'a pas fait de cadeaux. L'expulsion de Mandanda ? Je ne vais rien dire, je n'ai pas envie d'aller au conseil de l'éthique. La règle est claire : si la trajectoire du ballon va vers le but, c'est rouge. Vers l'extérieur, ce n'est que jaune... A vous de juger.
On a eu une semaine formidable. La récupération a été courte mais on va préparer sérieusement le dernier match. Contre Grenoble, on va faire en sorte que la fête soit belle. Lille est une belle équipe qui marque énormément de buts. Je les félicite. Il y a du coeur, il y a tout ce qu'il faut pour le haut niveau. Je pense qu'ils vont accrocher la Ligue des Champions. Maintenant, je pense à Grenoble et... aux vacances. J'ai parlé à Rami, c'est vrai mais c'était une discussion informelle. Modesto ? Oui, j'ai appris qu'il avait signé (rires). Heureusement que la presse est là sinon je ne l'aurais pas su (rires)."

Rudy Garcia, entraîneur du LOSC :"On a été poussifs en première période mais on a eu les ressources pour aller chercher la victoire. Rien n'est acquis. On fera au pire quatrièmes mais on veut terminer deuxièmes ou troisièmes. Ca va ête compliqué de gagner à Lorient. L'OM nous a fait une "Inter" à 10 contre 11. Les rentrées de Ludo et de Tulio nous font un grand bien. On va savourer ! Debuchy s'est démis l'épaule sur son but, c'est une luxation. Mentalement, on est toujours au top. On a fait une très, très belle deuxième période. On a joué comme une équipe de handball. Le match des Marseillais rehausse notre performance. On a battu un beau champion, c'est bien. Avec un point à Lorient, on sera troisièmes minimum mais on veut la deuxième place maintenant. Les Marseillais marquent deux buts sur leurs deux seules occasions ou presque. On a du talent et une animation offensive réfléchie et de qualité, bravo à tous les gars ! Andrade a fait de beaux arrêts mais mes joueurs ne se sont pas découragés !"
Propos recueillis par Samuel Duhamel

22.4.10

Nicolas Hulot, l'étoile filante

« Je suis désolé de perturber le cours normal de la vie politique. »
Nicolas Hulot, 7 novembre 2006

Il est connu par 99% de ses compatriotes[1], apprécié par 92% d’entre eux[2], fait partie des quinze personnalités préférées des Français depuis plus de cinq ans[3], a été crédité de 15% d’intention de vote à la présidentielle de 2007 sans même avoir été candidat [4] et est considéré comme le principal défenseur de l’environnement dans l’hexagone. Nicolas Hulot est une icône, un symbole, une marque. Pendant six mois, d’août 2006 à janvier 2007, il a réussi à faire de l’écologie le thème central de la campagne présidentielle en traînant dans son sillage la quasi-intégralité des candidats. Comment ? En menaçant de se présenter.

C’est ce tour de force qu’analysent Malik Larabi et Xavier Marc dans leur ouvrage Le moment Hulot. Le livre revient sur la manière dont l’animateur d’Ushuaïa a confisqué la campagne électorale de 2007 pour promouvoir l’environnement. « Confisquer », le mot n’est pas trop fort. Car en cette fin d’année 2006, Hulot est partout. A la une des journaux lors de la parution du classement des Français préférés des Français, aux universités d’été des Verts, de l’UDF et de Cap 21, lors de l’avant-première parisienne du film Une vérité qui dérange de David Guggenheim, dans les librairies pour la sortie de son livre Pour un pacte écologique… Résultat : début 2007, 52% des Français estiment que la priorité du futur président devra être la protection de l’environnement[5]. Jamais les problématiques ayant trait au développement durable n’ont été autant discutées. Jamais l’écologie n’a semblé faire consensus à ce point dans l’opinion. Pour Hulot, le pari est gagné. Alors après mûre réflexion, il renonce à la présidentielle, convaincu que les candidats qui ont signé son pacte vont poursuivre sur sa lancée. Erreur. Avec son retrait, les questions liées à l’environnement disparaissent de l’agenda politique et médiatique. Lors du premier tour, les candidats écologistes Dominique Voynet et José Bové n’obtiendront à eux deux que 2,89%...

Dès lors, que penser de ce moment Hulot ? L’animateur a-t-il vraiment atteint son but ? Sa stratégie a-t-elle été efficace ? Clairement, la réponse est non. Comme tous les écologistes, Hulot appelle à une modification radicale des politiques publiques et des comportements. Comme tous les écologistes, il rêve d’un monde où les richesses seraient mieux réparties, où le long terme serait systématiquement pris en compte dans le vote des lois, où les activités polluantes seraient interdites ou fortement taxées, où le commerce serait relocalisé, l’agriculture toujours biologique et l’opinion constamment sensibilisée. Et au final, qu’a obtenu Nicolas Hulot avec sa logique transpartisane et suprapolitique ? Rien si ce n’est un Grenelle de l’environnement vidé de son essence [6] et l’instrumentalisation de son nom par des dirigeants machiavéliques[7]. Si Hulot a su entrouvrir une brèche verte lors de la campagne présidentielle de 2007, ses objectifs politiques n’ont donc pas été atteints.

Didactique, clair et objectif, Le moment Hulot est un ouvrage à conseiller à tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin au débat public et à l’écologie. Loin d’être un livre d’opinion, il donne de la perspective au combat mené par Nicolas Hulot depuis près de vingt ans. S’arrêtant longuement sur la campagne de 2007, les auteurs rappellent le caractère unique de la percée électorale de l’animateur télé sans pour autant négliger l’après élection. L’étoile filante Hulot étant passée, il est désormais temps d’en tirer les leçons.

Samuel Duhamel

[1] Etude de LH2 sur l’image de Nicolas Hulot auprès de Français, été 2006
[2] ibid.
[3] Etudes de l’IFOP pour le JDD (août 2005 à décembre 2009)
[4] Sondage BVA du 5 décembre 2007
[5] Sondage LH2, hiver 2007
[6] Après le rejet de la taxe carbone par le gouvernement, la Fondation Nicolas Hulot a suspendu sa participation au Grenelle de l’environnement le 29 mars dernier.
[7] Ainsi Nicolas Sarkozy, de la signature du Pacte écologique au printemps 2007 – à propos de la taxe carbone (10 septembre 2009) : « Je l’ai signée, je le fais. C’est une question d’honnêteté » – à la fameuse phrase prononcée au salon de l’agriculture en mars 2010 : « L’environnement, ça commence à bien faire ! »
Le moment Hulot, Un candidat jamais candidat, de Malik Larabi et Xavier Marc, éd. Armand Colin, 2008, 187 pages, 18 € 50

19.4.10

Lille de retour dans le top 5 !

Au terme d'une rencontre maîtrisée dans son intégralité, le Lille Olympique Sporting Club a aisément battu l'Association Sportive de Monaco hier soir (4 buts à 0). L'homme du match est incontestablement Yohan Cabaye, auteur de deux buts et d'une passe décisive. Les autres réalisations lilloises sont l'oeuvre d'Aurélien Chedjou et de Tulio De Melo. Avec ce succès, les Dogues gagnent une place et se retrouvent cinquièmes à un petit point d'une qualification pour le tour préliminaire de la Ligue des Champions. Prochaine étape pour le LOSC en championnat : samedi prochain à Léon-Bollée face au Mans.

Déclarations d'après-match :

Rudy Garcia, entraîneur du LOSC :"On voulait gagner. On savait qu'en gagnant, on réintégrerait le top 5, c'est donc chose faite. On a été très efficaces, très solides. Notre troisième but est magnifique. Je suis satisfait de ce qu'ont fait les joueurs. Je reconnais qu'on a quand même réalisé des matchs de meilleure qualité mais tactiquement on a été bons. On est dans les cinq premiers, il faudra y rester. On a été solides défensivement, on a pu attaquer dans les meilleures conditions. Avec Marseille et Auxerre, on a fait la bonne opération du week-end mais il reste encore cinq matchs. C'est beaucoup ! Notre troisième but est symbolique, il y a beaucoup de jeu en une touche, on s'est régalés. De Melo revient avec nous, il marque, c'est bien, c'est une grosse satisfaction. Nos remplaçants (De Melo, Obraniak, Dumont) ont été très bons ce soir. C'est très bien !"
Guy Lacombe, entraîneur de l'ASM :"J'étais colère à la 44e minute parce que je savais qu'avec le deuxième but, mon équipe était mal embarquée. On a fait dix heures de route pour ça. C'est vraiment dommage. C'est dur d'en prendre quatre, je pense que c'est immérité. Notre équipe n'avait rien à perdre, elle a perdu. Ma colère n'était pas contre le corps arbitral mais contre moi-même. Même si à mon avis, il n'y avait pas pénalty. Il y a encore cinq matchs, on va essayer de les jouer du mieux possible. Ce qui m'agace un peu, c'est ce qui dégage du match : le pénalty immérité, la simulation des joueurs lillois... C'est dommage. Le LOSC n'a pas besoin de ça. Evidemment, la finale est dans toutes les têtes. J'ai dû protéger pas mal de joueurs. Mais malgré tout mon équipe était cohérente. On a fait une partie sérieuse mais on perd 4-0. Je vais essayer d'en tirer les enseignements."
Stéphane Ruffier :"L'arbitre (Laurent Duhamel) a été très mauvais ce soir. Ca m'énerve vraiment. Il nous a pourris tout le match mais bon c'est vrai ils marquent quatre fois ce soir. Leur troisième but est génial. Duhamel siffle le pénalty, il nous met le moral à zéro. En prendre quatre ce soir, ça fait mal car ce n'est pas mérité !"
Propos recueillis par Samuel Duhamel

4.4.10

Entretien avec un homme blessé

On le connaissait froid, dur et inflexible. C'est un homme meurtri, triste et chaleureux qui a répondu à nos questions cette semaine. Il y a à peine deux mois, Vahid Halilhodzic, l'ancien entraîneur du LOSC et du PSG, a été écarté de son poste de sélectionneur de la Côte d'Ivoire après avoir pourtant brillamment qualifié les Eléphants pour la Coupe du monde sud-africaine. Toujours sonné par son licenciement, coach Vahid s'est confié généreusement pendant plus d'une demi-heure. On le sent profondément atteint, blessé presque choqué. Son rêve de mondial est passé et Vahid a toujours du mal à se réveiller.

Vahid, dans quel état d'esprit êtes-vous après votre éviction du poste de sélectionneur de la Côte d'Ivoire ?
Je suis tellement déçu... Et en colère aussi évidemment ! J'ai passé 22 mois à la tête de la sélection ivoirienne. J'ai réussi à qualifier l'équipe facilement pour la Coupe du monde. Nous avons même réussi les meilleurs résultats de l'histoire de la Côte d'Ivoire lors d'une phase de qualification pour un mondial et même les meilleurs résultats de toutes les équipes africaines lors de ces qualifs. Je me suis tellement impliqué. J'avais choisi le mode de préparation, j'avais choisi les terrains d'entraînement, j'avais tout choisi pour le bien-être de l'équipe... Mais les dirigeants du football ivoirien ont décidé que je n'irai pas au mondial.

Comment expliquez-vous ce licenciement ?
C'est une décision politique, évidemment ! Je pense que ce ne se serait pas produit ailleurs qu'en Afrique. Imaginez, nous avons disputé 23 matchs sans connaître la moindre défaite et après le 24e match que nous perdons dans des circonstances bizarres (élimination en quart de finale de la Coupe d'Afrique des Nations contre l'Algérie 2 buts à 3 alors que la Côte d'Ivoire menait 2-1 à la 92e minute...), je suis licencié. Je pense que ça n'a jamais dû se produire avant. Ca doit être une première dans l'histoire du football. C'est incroyable...

Avant ce quart de finale contre l'Algérie, vous imaginiez pouvoir être remercié en cas d'élimination ?
Bien-sûr que non ! Tous les joueurs m'appréciaient ! La semaine dernière encore, Didier Drogba m'a appelé pour m'apporter son soutien et me dire qu'il ne comprenait pas la décision de la Fédération. Quasiment tous les joueurs m'ont appelé d'ailleurs... Je pense que je suis victime du contexte politique actuel en Côte d'Ivoire. Les dirigeants du pays et ceux de la Fédération ivoirenne de football voulaient que l'on gagne la CAN pour apporter un peu de bonheur et de calme aux Ivoiriens. En ce moment, la crise couve en Côte d'Ivoire. Il y a un climat d'insurrection permanent. Alors, les responsables du pays ont misé sur le football pour rétablir un peu de sérénité. Mais malheureusement, avec notre élimination en quart de finale de la CAN, leur plan a échoué. Ca s'est joué à rien... Contre l'Algérie, on était à une minute de la qualification et je rappelle que l'arbitre nous a refusé un but parfaitement valable. J'ai fait un boulot énorme avec les Eléphants. On avait instauré un système de fonctionnement très efficace, digne des meilleures équipes de la planète. Il y avait beaucoup d'implication et de rigueur... Et tout cela s'est envolé !

Vous semblez profondément meurtri...Je le suis. Vous savez, mes relations avec le groupe étaient très saines. Mais j'ai dû tout construire avec cette sélection. Au début, ça n'a pas été si simple. Je me souviens, lors du premier rassemblement, seuls six joueurs sont venus s'entraîner. Alors, j'ai dû organiser une grande réunion avec tout le monde où je leur ai dit :"Les gars ! L'amateurisme maintenant, c'est terminé !" Et ça a été l'acte fondateur des succès de cette équipe. Certaines fois, il y avait même quelques joueurs qui me reprochaient de n'être pas assez dur avec eux. Tout fonctionnait idéalement : on avait les résultats, on travaillait bien à l'entraînement, il y avait un respect mutuel... Je pense qu'on est (phrase prononcée au présent) capables de faire une grande Coupe du monde. A la CAN, le contexte était particulier : l'attentat sur le bus togolais, la pression du résultat, le fait d'être considéré comme le favori de l'épreuve... Certains de mes joueurs ne voulaient même pas disputer la CAN. Ils ne se sentaient pas prêts à cause de l'attentat. Ils avaient peur. Et au final, c'est moi qui paie la note. Je suis triste parce qu'on ne m'a pas laissé terminer mon travail. Nous sommes pourtant tous motivés (encore au présent)...

Que pensez-vous de votre successeur Sven-Goran Eriksson ?
Je ne le connais pas très bien. Ca fait très longtemps qu'il n'a pas entraîné une équipe professionnelle. Préparer une Coupe du monde, ce n'est pas une chose facile, ça prend du temps. Il doit connaître l'équipe et le contexte politique sur le bout des doigts pour avoir de bons résultats. Au pays, il y a des problèmes politiques... mais dans l'équipe aussi. Comme dans tout groupe, certains joueurs ne s'apprécient pas trop et ça, il va devoir le gérer. Moi, je savais comment faire pour que tout se passe bien. Lui non ! J'étais le bon entraîneur pour rendre cette équipe meilleure. En plus, il paraît qu'il ne parle même pas Français... C'est vraiment surprenant !

Pensez-vous qu'Eriksson aura assez de temps pour imprégner son style à cette équipe et en faire un outsider du Mondial ?Non ! Il aura 20 jours pour préparer son groupe. Comment voulez-vous que l'équipe se sente en confiance ?

Quels sont les points forts et les points faibles de la sélection ivoirienne aujourd'hui ?Je dirais que l'équipe de la Côte d'Ivoire est composée de grands joueurs mais que ce n'est pas encore une grande équipe. Construire une grande équipe réclame du temps et de la patience. C'était le travail que j'avais commencé. Le fait que cette génération dorée n'ait encore rien gagné révèle les manques collectifs de l'équipe. Certains des meilleurs joueurs ne veulent pas jouer ensemble. C'est un grand problème. Il y a à l'intérieur du groupe plusieurs petits groupes. Mon travail, c'était de surmonter cela, de faire en sorte que tout se passe bien, qu'il y ait un esprit d'équipe. Mais parfois, ce n'est pas possible. Je me souviens d'Aymé Jacquet qui n'avait pas pris Ginola pour le mondial 98 mais au final, la France avait gagné. Est-ce que cela veut dire qu'il faut laisser de grands joueurs sur le flanc ? C'est possible ! Je pense que la défaite contre l'Algérie aurait pu servir le groupe parce qu'elle a révélé certaines fractures internes. En trois ou quatre mois, j'aurais eu le temps de réparer ces fractures. Avec le nouvel entraîneur, ce ne sera pas le cas...

Est-ce que vous aviez déjà prévu les rencontres de la Coupe du monde, notamment celle opposant la Côte d'Ivoire au Brésil ?
Bien-sûr ! Depuis fort longtemps ! L'objectif, c'était de vaincre le Portugal, faire match nul contre le Brésil et gagner contre la Corée du Nord avec le plus de buts possibles. Ainsi, nous aurions terminé premiers du groupe et nous aurions évité l'Espagne en huitièmes de finale. Tout était prêt ! Une Coupe du monde ne se prépare pas en deux jours mais en six mois. Contre le Brésil, je pense qu'il est possible de gagner. Avec un peu de chance, c'est possible. Avec un but à la 92e par exemple. C'est ce qui est arrivé à l'Algérie face à nous. A la 91e minute de ce match, j'étais le meilleur entraîneur de l'histoire du football ivoirien. A la 92e minute, le pire... La clé pour battre le Brésil, c'est d'annihiler l'influence des offensifs. Le Brésil est une équipe brillante individuellement mais collectivement elle a des failles. J'avais donc élaboré une stratégie pour profiter de ces faiblesses. Malheureusement, ça ne servira à rien !

Quelles ont été les réactions de vos joueurs quand ils ont appris qu'ils allaient affronter le Brésil, le Portugal et la Corée du Nord lors de la première phase de cette Coupe du monde ?
Nous n'en avons pas beaucoup parlé parce que nous étions concentrés sur la CAN. A la CAN, nous étions favoris et les joueurs n'aimaient pas ce statut. En Afrique du Sud, ça aurait été différent. On n'aurait eu rien à perdre et tout à gagner. C'est complètement différent, c'était notre chance ! Ce statut d'outsider nous allait comme un gant, c'est pour ça que je pense qu'on aurait pu faire une grande Coupe du monde.

Pensez-vous que le fait de jouer cette Coupe du monde en Afrique constitue un avantage pour la Côte d'Ivoire ?
Oui ! Mes joueurs étaient très motivés par le fait d'évoluer en Afrique du Sud. Mais je préfère arrêter de parler du mondial. Ca me fait trop mal. Evoquer la Côte d'Ivoire, pour moi, c'est parler d'une utopie. Et je n'aime pas parler d'utopie... (très ému)

Ok ! Revenons sur votre carrière ! Hormis à Lille, vous n'êtes jamais resté très longtemps dans les clubs où vous avez entraîné. Pourquoi ?A Rennes, c'était prévu ! L'équipe était à deux doigts de descendre. J'ai été embaûché pour maintenir l'équipe en Ligue 1 et c'est ce que j'ai fait. Ca a été très compliqué mais nous avons réussi. A Paris, c'est différent. Je voulais rester quatre ans : c'est un cycle footbalistique. La première année a été exceptionnelle (vice-champion et vainqueur de la Coupe de France) et la deuxième moyenne avec une dixième place à la clé. Et là, surprise, on me licencie ! Sur le coup, je n'ai même pas compris pouquoi. Depuis mon éviction, aucun entraîneur parisien ne s'est approché des résultats que j'ai obtenus là-bas. Sincèrement, je pense que si j'étais resté, on aurait été champion. Et même plusieurs fois ! Je suis venu pour construire et on ne m'a pas laissé le temps. Et maintenant bis repetita avec la Côte d'Ivoire. Ce sont deux déceptions énormes. Dans les deux cas, j'avais le soutien des joueurs et des supporters. Dans les deux cas, j'aurais pu faire de grandes choses. Si vous regardez les statistiques, je suis le troisième meilleur entraîneur du PSG en termes de points marqués par saison. Les dirigeants m'ont menti, ils m'ont dit qu'ils allaient me laisser le temps de construire et lors de notre première mauvaise série, je suis licencié...

Vahid, à votre avis, qui va gagner la Coupe du monde ?
Difficile à dire. Aujourd'hui, la meilleure équipe, c'est l'Espagne. La deuxième meilleure équipe, c'est le Brésil. Mais sur un match, tout peut arriver. Il suffit de savoir garder le 0-0 longtemps et ensuite, les surprises sont possibles. Vous savez, il est plus difficile de savoir bien défendre que de savoir bien attaquer. L'Espagne et le Brésil sont favoris mais ça ne veut pas dire qu'une de ces équipes va gagner. L'Espagne a une grande équipe avec de grands joueurs qui se complètent à merveille. Ils ont un super collectif, beaucoup d'application, de générosité, et l'ambiance dans le groupe est, paraît-il, excellente. Faire ce qu'ils font est difficile. Avoir de grands joueurs ne suffit pas pour avoir une grande équipe, il suffit de voir jouer l'équipe de France pour s'en convaincre.

Vous allez regarder la Coupe du monde malgré tout ?
Je ne sais pas ! Ca me fait mal, vous savez ! Je me souviens de ces 22 mois de travail, des 160 000 Km que j'ai parcourus pour l'équipe. J'ai voyagé, j'ai beaucoup travaillé, j'ai gagné beaucoup de matchs et à la première défaite, on me vire. C'est un traumatisme pour moi. Donc je ne sais même pas si j'aurai le courage de regarder la Coupe du monde. Je soutiendrai la Côte d'Ivoire quoiqu'il arrive. Je reçois tant de messages de sympathie de la part des joueurs que je ne peux que les encourager. Une chose est sûre : ce licenciement restera pour moi comme une immense souffrance pour toujours.

Propos recueillis par Samuel Duhamel

31.3.10

Et si le LOSC allait au bout ?

Dimanche soir, les Lillois ont atomisé Montpellier 4 buts à 1 comme ils avaient atomisé Valenciennes (4-0), Monaco (4-0), Le Mans (3-0), Nancy (4-0) et bien d'autres...
Après cette trentième journée, ils comptent 54 points (deux de moins que le leader bordelais), disposent de la meilleure attaque, de la meilleure différence de buts et peuvent compter sur le troisième meilleur buteur (Gervinho) et probablement le meilleur joueur de Ligue 1 cette saison (Eden Hazard).
Il reste huit matchs aux Lillois pour tenter de décrocher le Graal. La partie s'annonce serrée et les adversaires de qualité ne manquent pas : les champions bordelais, les Marseillais regonflés à bloc après leur victoire en Coupe de la Ligue, les Lyonnais qui veulent reconquérir leur bien...
Mais Lille paraît aujourd'hui suffisamment solide pour se mêler jusqu'au bout à la course au titre. Alors pourquoi pas ?

Lille Montpellier Samuel Duhamel.mp3

21.2.10

Lens enchaîne !

Le Racing Club de Lens a étrillé l'Association Sportive de Monaco hier soir au stade Félix-Bollaert (3-0). Les buts ont été inscrits par Jemaa (32e), Roudet (42e) et Bédimo (52e) sur un pénalty imaginaire. C'est le neuvième succès à domicile sur les onze derniers matchs joués à Bollaert par les Lensois qui font un pas de plus vers le maintien. Les Monégasques, eux, encaissent leur troisième défaite de rang et vont devoir se réveiller s'ils veulent accrocher l'Europe via le championnat.

Lens_Monaco_Samuel Duhamel.mp3

Echos et déclarations :

Yohan Demont a fait savoir cette semaine en conférence de presse qu'il ne s'appelait pas Yohan Demont mais bien Yohan Démont. L'erreur provient de l'absence d'accent sur les feuilles de match (les noms sont inscrits en majuscule). Le plus cocasse dans cette histoire est que le latéral lensois a appelé sa fille... Ange ! Et ce n'est pas une blague. Nul doute qu'avec un joueur portant un nom pareil dans leur effectif, les Lensois devraient faire connaître l'enfer à leurs adversaires d'ici la fin de saison.

Guy Lacombe, entraîneur de Monaco :"Sur la première mi-temps, ce n'est pas logique qu'on soit menés 2-0. Les Lensois ont eu deu occasions, ils ont mis deux buts. On doit rentrer sur le terrain ensemble, unis pour quelque chose. Et ce n'était pas le cas ce soir. L'arbitrage n'a pas franchement été à notre avantage ce soir mais ce n'est pas l'arbitre qui met les buts contre nous. Il y a peut-être pénalty pour nous, pas pour eux, effectivement mais ce n'est pas l'essentiel. Tout le monde doit se remettre en question. On n'a jamais été étincelants dans ce championnat. Il faut qu'on joue l'un pour l'autre pour faire des résultats. En même temps, j'estime qu'on doit mener à la mi-temps, on a produit plus de jeu que le Racing en première mi-temps : il faut ouvrir les yeux ! Le terrain n'était pas bon. Dans mon équipe, certains joueurs n'ont pas fait attention à cela."

Jean-Guy Wallemme, entraîneur de Lens :"J'étais surpris que mes joueurs tiennent le rythme, on va pouvoir préparer la suite avec sérénité. On va maintenant rencontrer des équipes qui ne nous ont pas réussi au match aller. On s'est procurés des occasions et puis on a été efficaces, c'est bien. Concernant le terrain, c'est sûr qu'il nous fatigue davantage mais Monaco avait plus de fraîcheur que nous. On avait juste contre Brest mercredi avec des prolongations mais on a quand même été bons physiquement. J'avais banni le mot "fatigue" de la causerie, pour moi, c'était avant tout mental. Le contenu est intéressant depuis cinq-six matchs. On a tenu le cap ! C'est un pas de plus pour le maintien, on avait gagné en coupe ces derniers temps, il fallait rééditer nos performances en championnat. On va maintenant pouvoir travailler davantage à l'entraînement. Il nous manque encore 7 points à prendre en 14 matchs. Ne comptez pas sur moi pour dire qu'on sera en vacances en avant. Il faut maintenant tenter de grapiller des places au classement. Notre maître mot doit rester : humilité !"
Propos recueillis par Samuel Duhamel

18.2.10

Lens à deux pas du Stade de France

Le Racing Club de Lens s'est qualifié hier soir pour les quarts de finale de la Coupe de France en battant Brest deux buts à un après prolongation. Ce sont les Sang et Or qui sont les mieux entrés dans la rencontre avec un but à la demi-heure de jeu signé Adil Hermach. Mais après avoir raté de nombreuses occasions, les Lensois se sont fait surprendre à la 56e minute par la vitesse de Nola Roux. Dans la première mi-temps de la prolongation, Marco Ramos, au terme d'un rush dans la surface de réparation, a marqué le but de la victoire d'une frappe puissante du gauche. Un but contestable car le ballon n'a pas semblé entrer entièrement dans la cage de Simon Pontdemé. Lens est malgré tout qualifié et affrontera Saint-Etienne dans un mois en quarts de finale au stade Bollaert.

Déclarations d'après match :
Alex Dupont, entraîneur de Brest :"Est-ce que je vais devant le conseil d'éthique ou pas ? C'est impossible (3 fois) que le ballon puisse rentrer sur la frappe de Ramos. Les deux équipes ont fait un super match mais les deux arbitres ont tout salopé. Je sais pas ce qu'ils apprennent, je ne connais pas leur formation. Il y a un vrai problème d'arbitrage dans ce pays. Toutes le semaines, on le dit avec les collègues. Je voulais qu'on se qualifie. Je suis frustré pour l'équipe. L'erreur est humaine. En tout cas, une aussi grande erreur à ce moment du match, c'est dommage ! L'arbitre doit être fort en géométrie. Mais je parle des arbitres alors qu'ils ne le méritent pas. Les Lensois, eux, ont fait un match sérieux. On a eu des occasions. Y compris à 1-1. Il y a beaucoup de qualité dans le jeu de mon équipe en ce moment, mes joueurs ont fait le match que j'attendais d'eux. C'est un match qui rassure en tout cas sur notre niveau. Mes joueurs étaient révoltés dans le vestiaire. Ce qui est agaçant, c'est que clairement on perd le match là-dessus. C'est une décision prise à l'aveugle. On n'était pas dominés pour autant. Je félicite mes gars mais on n'est pas abattus pour autant."
Jean-Guy Wallemme, entraîneur de Lens :"C'est impossible à voir s'il y a but de Ramos ou pas. Ce que je retiens c'est qu'on ait pas pu tuer le match bien avant. On aurait dû plier le match bien plus tôt. Brest est une bonne équipe, ils sont en pleine réussite, moins ce soir ! On ne s'attendait pas à un match facile. C'était un match piège mais bon, on a été bons. Ma priorité, c'est de récupérer maintenant. Samedi, Monaco vient ici. Fallait du caractère, on en a eu. Kasraoui a joué ce soir, Vedran a une petite douleur à la fesse. C'est donc Hamdi qui l'a remplacé. D'ici samedi, j'espère récupérer un ou deux joueurs. C'est plus facile de récupérer avec une qualif. On va jouer un quart de finale à la maison. On va pouvoir souffler un peu maintenant avec un calendrier moins chargé. On a eu beaucoup d'occasions ce soir, c'est bien maintenant, il faut apprendre à les concrétiser. Dans mon équipe, il manque un peu de lucidité, un peu de confiance et un peu de talent offensif."
Propos recueillis par Samuel Duhamel

13.2.10

Lens en Ligue 2 : un naufrage annoncé

Le 9 mai 1998, au terme d’une saison remarquable, le Racing Club de Lens devînt champion de France de première division. Logique ! Depuis quelques années, le club se structurait et terminait régulièrement dans le haut de tableau. L’arrivée de Daniel Leclercq au poste d’entraîneur donna un supplément d’âme à l’équipe et lui permit de gravir les quelques marches qui la séparait du Graal. Pourtant, dix ans plus tard, quasiment jour pour jour, le Racing était relégué en deuxième division. Aux mannettes de l’équipe, ce même Daniel Leclercq, le Druide, celui qui apporta au club ses deux seuls titres majeurs. Que s’est-il donc passé pour que ce monument du football français sombre à ce point ? Comment un club aussi populaire et ambitieux a-t-il pu descendre en Ligue 2 ? C’est à ces questions que répond Benoît Dequevauviller dans son enquête, 2 saisons en enfer.

De la démission de Francis Gillot en mai 2007 jusqu’au titre de champion de Ligue 2 deux ans plus tard, le livre retrace le parcours sinueux du club sang et or. Avec un constat clair : le Racing s’est perdu en chemin. L’arrivée du caporal bourguignon Guy Roux, sa démission quatre mois plus tard, son remplacement par l’étoile filante Jean-Pierre Papin, le retour du Druide à la maison, l’inimitié Leclercq-JPP, la banderole anti chti, la finale de la Coupe de la Ligue perdue puis la relégation… Tous les épisodes de la saison 2007-2008 sont passés au crible. Les anecdotes sont croustillantes[1] et révèlent à quel point le club s’est éloigné des valeurs d’humilité et de solidarité qui ont construit ses succès.

La partie la plus intéressante de l’ouvrage concerne Daniel Leclercq, l’entraîneur emblématique du Racing à la fin des années 90. Adoré par les supporters, considéré comme l’un des meilleurs techniciens français, Leclercq se fait refaire le portrait dans l’ouvrage. Il serait le contraire de l’image qu’il renvoie, à savoir celle d'un fin connaisseur du ballon rond mais surtout d'un homme simple, proche des gens simples. D’après les faits rapportés par Dequevauviller, le Druide s’est comporté en despote lorsqu’il a été rappelé par Gervais Martel. Reléguant sur le banc des joueurs performants dont il n’appréciait pas le comportement en dehors du terrain (Aruna, Carrière, Monterrubio…), humiliant son adjoint de luxe Jean-Pierre Pain, accusant la presse de faire son travail critique, absent lors d’entraînements importants ou accusant Maoulida d’ « injecter du venin dans les veines » de sa femme gravement malade, le grand blond n’a pas été exemplaire durant sa présence sur le banc, réussissant la performance incroyable de fédérer la grande majorité des joueurs contre lui en seulement quelques mois. Simplement désastreux.

L’enquête de Benoît Dequevauviller éclaire donc bien des aspects cachés des deux saisons infernales qu’a traversées le Racing. C’est un livre très fouillé, écrit au plus proche du vestiaire par un grand connaisseur du club. Mais cette introspection au cœur du RC Lens paraît un peu déséquilibrée. Dénonçant les clans qui se sont constitués au sein du club (les pro-Collado contre les pro-Doré, les pro-Papin contre les pro-Leclercq…), l’auteur semble lui aussi prendre partie en faveur des premiers. Les piètres résultats obtenus par JPP, les exercices parfois humiliants organisés par ce dernier à l’entraînement (le joueur le moins adroit de l’entraînement devait porter une chasuble spéciale lui permettant d’être identifié par les autres) ou la relative indifférence avec laquelle il apprit les problèmes de santé du Druide ne sont par exemple pas évoqués. Malgré ces quelques manques et deux ou trois imprécisions[2], 2 saisons en enfer est un livre qui passionnera les amoureux du Racing mais aussi les simples amateurs de football.

Samuel Duhamel

2 saisons en enfer de Benoît Dequevauviller, édition Les Lumières de Lille, juin 2009, 188 pages, 20 €

[1] On retiendra par exemple la fête improvisée dans le bus par certains joueurs après le match… perdu à Troyes (3-0) qui privait le Racing de Ligue des Champions ou la demande insistante de Guy Roux pour que Gervais Martel appelle le président du Mali afin d’empêcher le transfert de Seydou Keita au FC Séville.
[2] Contrairement à ce qui est écrit, Hilton a bien participé à la dernière rencontre du Racing lors de la saison 2007-2008, Fanni s’écrit « Fanni » et non « Fanny » et les saisons précédentes et actuelles montrent que Chelle, Roudet, Monnet-Paquet ont bien le niveau Ligue 1 malgré les doutes de l’auteur.

8.2.10

Faut-il croire July, Kahn et Plenel ?

« Un journaliste est là pour déranger. Se déranger lui-même d’abord en découvrant des réalités qui le bousculent. Déranger le public en le faisant sortir de ses confortables certitudes. Et déranger les pouvoirs bien sûr car c’est en en se confrontant à l’espace public qu’ils sont amenés à rendre des comptes […]. »
Edwy Plenel

61% des Français estiment que les journalistes ne sont pas indépendants face aux pressions du pouvoir. 6 sur 10 mettent en doute la liberté des médias vis-à-vis de l’argent. 63% des journalistes jugent que leur métier a évolué négativement lors des dernières années … Le journalisme français se porterait-il donc si mal ? Les journalistes sont-ils responsables de la crise qui frappe leur secteur ? Peut-on au final croire ce que l’on lit dans la presse ou que l’on entend dans les journaux radios et à la télévision ?

Ces questions, Philippe Gavi les a posées à trois monstres sacrés du journalisme contemporain. Dans son livre d’entretiens Faut-il croire les journalistes ?, il donne la parole à Serge July, Jean-François Kahn et Edwy Plenel. Chacun leur tour, ces grands noms de la presse donnent leur opinion et expliquent ce qu’est le journalisme aujourd’hui et ce qu’il devrait être. Répercussions de l’arrivée d’Internet sur les médias traditionnels, rôle des éditorialistes dans les choix du public, poids du sarkozysme… Les principales questions que se pose le citoyen engagé sur l’évolution de la presse trouvent ici des réponses pertinentes et argumentées.

Si les propos de Serge July et de Jean-François Kahn sont intéressants, ceux d’Edwy Plenel sont plus que passionnants. Répondant le dernier aux interrogations de Gavi, il fait mouche à chaque réponse. Lire Plenel, c’est prendre une leçon de journalisme. Ses enquêtes incisives sur la présidence Mitterrand, son indépendance vis-à-vis des pouvoirs politique et économique et sa conception exigeante du métier font de lui un exemple de journaliste engagé. Dans le livre, Plenel rappelle les bases du métier, à savoir la recherche obstinée des faits tels qu’ils se sont passés, « ces petites vérités à la fois concrètes et momentanées, précises et circonscrites, pertinentes et éclairantes ». Ce sont ces faits qui dérangent nos certitudes et nous permettent d’y voir un peu plus clair jour après jour. Et pour découvrir ces faits, des règles doivent respecter : savoir dire non à la flatterie, connaître les motivations des sources, se soucier du contexte des révélations, mettre en perspective, avoir la mémoire des événements et des déclarations… Difficile mais indispensable. Plenel ranime la flamme du journaliste qui sommeille et invite à l’excellence. Il rappelle au citoyen le haut degré d’exigence qu’il est en droit d’attendre de la presse aujourd’hui. C’est en cela que son discours est salutaire.

S’appuyant sur un casting bien senti, Faut-il croire les journalistes ? est un ouvrage simple et pédagogique. Truffé d’anecdotes croustillantes, il met en perspective l’évolution du métier et la régression sont il est victime depuis la capitalisation des grands titres par des industriels proches du pouvoir et l’arrivée de Sarkozy au sommet de l’Etat. A lire pour rester debout, les yeux ouverts.

Samuel Duhamel

Faut-il croire les journalistes ? de Philippe Gavi, éditions Mordicus, Paris, 2009, 173 pages, 13€50

July, Kahn, Plenel : trois journalistes à la page

Serge July, 68 ans. Après des études d’histoire et de sociologie, il crée Libération en 1973 aux côtés de Jean-Paul Sartre et Philippe Gavi. Il dirige le quotidien jusqu’en 2006 à la suite d’un conflit avec Edouard de Rotschild, devenu actionnaire principal. Depuis lors, il est éditorialiste sur RTL et réalise des documentaires pour la télévision.

Jean-François Kahn, 72 ans. Ancien journaliste de Paris Presse, L’Express, Europe 1, Le Monde et les Nouvelles Littéraires, il crée L’Evénement du jeudi en 1984. Après dix ans de succès, la diffusion baisse et le journal doit déposer le bilan en 1994. Trois ans plus tard, Kahn rebondit avec un nouvel hebdomadaire, Marianne qu’il lance dans l’idée de pourfendre la pensée unique. Après avoir pris ses distances avec l’hebdo, il s’est lancé en politique lors des élections européennes de 2009 sous les couleurs du Modem de François Bayrou.

Edwy Plenel, 58 ans. Trotskiste dans sa jeunesse, Plenel écrit ses premiers papiers dans Rouge, le journal de la Ligue Communiste Révolutionnaire. En 1980, il entre au Monde où ses enquêtes minutieuses feront de lui la bête noire de François Mitterrand pour qui il admet avoir voté. Devenu rédacteur en chef en 1994, Plenel annonce sa démission dix ans plus tard à la suite de la parution d’un ouvrage critique sur le fonctionnement du journal (La face cachée du Monde de Pierre Péan et Philippe Cohen). En 2008, Plenel lance Mediapart, un journal sur Internet, foncièrement indépendant et ayant déjà déniché de nombreux scoops malgré une rédaction réduite.




Faut-il croire les journalistes ? (2/3)
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Lens enfonce Le Mans !

Samedi soir, le Racing Club de Lens a dominé Le Mans (2-1) pour le compte de la 23e journée du championnat de France de Ligue 1. Les buts ont été inscrits par Monnet-Paquet (30e) et Eduardo (50e) pour Lens et Maïga pour Le Mans (82e). Avec ce succès, le Racing gagne une place et se retrouve quatorzièmes. Les Sarthois, eux, restent engoncés dans le bas de tableau à la dix-huitième position et comptent désormais sept points de retard sur Nice, premier non relégable.


Lens_Le Mans_Samuel Duhamel.mp3

Déclarations d'après match :

Arnaud Cormier, entraîneur du Mans : "Lens a montré plus d'agressivité et a mérité sa victoire. On a pêché dans l'envie, on n'a pas été à la hauteur de l'événement, on n'a pas été assez agressifs dans les zones de finition, on n'a pas été tous à notre meilleur niveau. C'est dommage ! Ce n'est pas le moment de tirer sur les joueurs, on est tous conscients de la situation mais les Lensois ont été supérieurs à nous, au moins dans l'impact. Quand Lens a attaqué, on a été rapidement en difficulté. Ce deuxième but lensois nous a fait très mal. Mes joueurs sont touchés par notre situation mais il n'y a pas de syndrôme extérieur pour autant, malgré nos 11 défaites en 11 matchs loin de nos bases. Ce qui est pénible, c'est que mes joueurs sont pleinement impliqués, ils ne sont pas forcément en difficulté mais la défaite est toujours là. Je pense que Lens se sauve ce soir, on ne pourra plus les rattraper. Mais il y a d'autres adversaires à portée de fusil donc tout reste jouable."



Jean-Guy Wallemme, entraîneur de Lens : "C'était un match très important, on devait le gagner. C'est ce qu'on a fait ! On aurait dû être soulagés plus tôt mais l'essentiel est là, on a fait le boulot ! On aurait pu éviter le but sarthois, on est quatre devant le ballon, c'est dommage ! Du coup, on a eu un peu peur. On a mis deux buts, ce qui est rare pour nous ! C'est un motif de satisfaction. Mes joueurs ont bien entamé le match mais on a été en difficulté dans le domaine athlétique. C'est une étape supplémentaire. Maintenant, on va jouer Marseille un peu plus dans la sérénité, après il y aura Lyon. Bref, ca va être difficile. Le maintien va se jouer autour de 40 points. Il en reste dix à prendre. Bédimo a fait un bon match, on avait une carence à gauche, il la remplit. Il est venu dans mes bras après le but. C'était sympa. C'est un garçon attachant ! Il va nous faire du bien !"


Propos recueillis par Samuel Duhamel